«Laïque, cette nouvelle Constitution tunisienne? Mais quelle hypocrisie!»

InterviewJetée en prison pour avoir posé seins nus et tagué le mur d’un cimetière en Tunisie, Amina Sboui se méfie de ce virage «démocratique».

Amina Sboui à Paris. La jeune Tunisienne passera son bac en France grâce à une bourse d’Amnesty International.

Amina Sboui à Paris. La jeune Tunisienne passera son bac en France grâce à une bourse d’Amnesty International. Image: Ester Paredes

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A Paris depuis la rentrée scolaire, Amina Sboui passe son bac grâce à une bourse d’Amnesty International. Le 22 février, la rebelle tunisienne sort un livre chez Plon retraçant son enfance et son combat qui l’a menée derrière les barreaux l’été dernier, pour avoir posé seins nus avec le slogan «Mon corps m’appartient». Malgré la prison et les menaces, la jeune femme a gardé une fougue et une énergie portées par les convictions de ses 19 ans. Ce qui ne la prive pas d’une lucidité certaine. Interview.

La nouvelle Constitution tunisienne vient d’être votée. La voyez-vous aussi progressiste et démocratique qu’annoncé?

C’est de la poudre aux yeux! Comment peut-on imaginer appliquer une liberté de conscience avec une Constitution qui commence par «Au nom de Dieu» et se termine par «La grâce de Dieu». Comment accepter un texte qui prive encore les femmes de libertés, condamne toujours la sodomie ou l’adultère, sur la simple parole du mari ou du frère?

En mars, vous avez posté sur Facebook une photo de vous seins nus avec le slogan «Mon corps m’appartient et n’est l’honneur de personne» et «Fuck your morals». Vous imaginiez ce qui suivrait? Ça fait beaucoup de responsabilités à 19 ans?

J’étais dans la rage après cette révolution qui devait nous apporter la liberté et qui nous enfermait toujours, nous les femmes. Je voulais choquer, faire réagir. Je suis fière de ce que j’ai fait. Je reçois des soutiens du monde entier et je sais que beaucoup de femmes en Tunisie comptent sur moi. On ne peut pas continuer à accepter que les femmes soient humiliées et considérées comme la moitié d’un homme. Regardez, une femme qui couche avec un garçon avant le mariage est répudiée par sa famille et mise au ban de la société. Aucun garçon ne sera inquiété pour le même comportement. L’égalité, ça commence par là. Avoir le droit de choisir sa vie, son partenaire, ses études. Je veux qu’un jour toutes les Tunisiennes puissent choisir de porter une chemise transparente ou se maquiller comme moi en ce moment, qu’elles se sentent à l’aise en compagnie d’hommes sans devoir cacher leur visage, osent boire, fumer, rire, sortir seules, simplement faire tout ce qu’un garçon a le droit de faire.

Vous avez passé une partie de votre enfance en Arabie saoudite. Etait-ce déterminant?

Oui, j’étais gamine, enfermée sous une burqa. C’était horrible, j’avais chaud et je ne comprenais pas pourquoi mon frère pouvait aller à la piscine et moi je devais le regarder sous ce machin ou cachée à la maison, dans la voiture. Je ne réalisais pas encore tout ce que ça signifiait, mais c’est la première fois que j’étais confrontée à l’injustice.

Pourquoi avoir rompu avec Femen, le groupe féministe ukrainien spécialisé dans les actions seins nus dont vous vous revendiquiez?

Leur combat pour la liberté, la démocratie et la chute des régimes totalitaires est juste. Et choquer les morales patriarcales et religieuses en utilisant notre corps pour revendiquer indépendance et égalité est efficace. Mais je ne peux pas faire partie d’une organisation qui s’attaque aux croyants. Les gens sont libres de faire partie d’une communauté. Je respecte les religions et les lieux de culte, pas les religieux qui imposent la soumission et l’aliénation des femmes. Si je ne suis pas d’accord avec le pape, je m’en prends à lui, je ne vais pas pisser dans une église.

Lisez l’interview intégrale dans nos éditions payantes du lundi 3 février

Créé: 02.02.2014, 19h46

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