L’icône de la révolution soudanaise rêve de bâtir des écoles dans son pays

AfriqueSix mois après le début de la transition vers la démocratie, Alaa Salah a repris ses études d’architecture. Mais lutte toujours pour protéger la révolution.

À 22 ans, Alaa Salah étudie l’architecture.

À 22 ans, Alaa Salah étudie l’architecture. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«J’étais en tête de cortège dès les premières manifestations», précise d’emblée Alaa Salah, attablée à la terrasse d’un café en bordure du Nil Bleu, à Khartoum. Près de six mois après l’accord entre l’opposition civile et les militaires, initiant la transition démocratique en cours, la capitale soudanaise a retrouvé son calme. Le 6 avril 2019, elle est parmi les milliers de manifestants qui convergent vers les grilles du QG de l’armée pour exiger le départ du dictateur Omar el-Bechir, après cinq mois de rassemblements durement réprimés. «Nous étions une foule infinie», s’enthousiasme la jeune femme, une étincelle dans le regard. Son courage incarne alors celui de tout un peuple: grâce à une photo, elle devient l’icône mondiale de la révolution soudanaise.

Ce jour-là, juchée sur une voiture, le doigt pointé vers le ciel, Alaa Salah clame, au centre d’une foule compacte équipée de smartphones, un poème révolutionnaire. Drapée de blanc, une large boucle dorée à son oreille, son profil fait le tour des réseaux sociaux, partagé des dizaines de milliers de fois. «Le monde a commencé à s’intéresser à notre révolution grâce à cette photo, mais je ne me souviens même pas quand elle a été prise, car j’ai chanté à une dizaine d’endroits différents», sourit Alaa Salah. Mais loin de se défiler face à cette «responsabilité immense» qui s’abat sur ses épaules, à 22 ans, elle se dit «prête».

Alaa Salah sur le toit d’une voiture à Khartoum en avril 2019, chantant un poème révolutionnaire contre Omar el-Bechir.

«La révolution a changé le pays tout entier», poursuit-elle, retrouvant la fougue à l’origine de sa notoriété, elle qui n’avait connu que la dictature d’El-Bechir, arrivé au pouvoir en 1989. « Nous ne pouvions ni faire valoir nos droits ni exprimer notre opinion sous peine d’être arrêtés. Aujourd’hui, nos voix se font entendre depuis chaque recoin du Soudan.» Et la sienne compte désormais. Entre avril et juin dernier, son profil s’étale sur un gigantesque panneau publicitaire et domine le lieu du sit-in des manifestants: un hommage aux «kandakat» – le surnom des femmes soudanaises – qui ont comme elle mené cette révolution.

Les femmes au 1er plan

Arwa al Rabia, une célèbre défenseure des droits humains, a pris part à plusieurs mouvements de protestation populaire. «Les femmes ont toujours participé à la vie politique au Soudan», confirme cette militante qui a lutté en secret sous la dictature. «Mais elles sont devenues majoritaires au cours de cette dernière révolution. Alaa est un modèle pour cette jeune génération de femmes. C’est un moment charnière de sa vie, elle pourrait devenir une activiste et aider son pays.»

Pour cela, Alaa Salah compte mettre à profit sa formation d’architecte. «J’ai choisi l’architecture pour bâtir le pays», dit-elle. Depuis deux ans, l’étudiante rêve de rénover des écoles dans les régions périphériques du Soudan, négligées par l’ancien régime. Au cours des deux dernières années de son règne, Omar el-Bechir a dépensé pour la sécurité près de vingt fois plus que pour l’éducation et la santé réunies. Grâce à sa récente notoriété, Alaa Salah est en contact avec des ONG pour financer son projet. «La génération à venir doit avoir accès à l’éducation, c’est ainsi que le changement sera réel», insiste-t-elle.

Première victoire pour les Soudanaises, le nouveau gouvernement civil a annulé en novembre une loi héritée du régime islamiste d’El-Bechir restreignant les libertés des femmes. «Les pauvres étaient les plus harcelées, et cela a cessé du jour au lendemain», souligne Alaa Salah. Mais les défis demeurent nombreux: les pénuries de pain et d’essence fragilisent la transition, et les partisans d’El-Bechir restent présents dans l’économie et l’administration. «La révolution continue», tranche Alaa Salah, prête à reprendre le combat. «Plus d’une fois, elle a failli nous être volée. Nous continuerons de la protéger.»

Créé: 31.01.2020, 22h01

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les PV diminuent depuis que les policiers doivent y écrire leur nom
Plus...