Une Genevoise défend les homos au Cameroun

JusticeMe Saskia Ditisheim défend deux jeunes gens condamnés à 5 ans de prison parce qu’ils sont homosexuels

Me Saskia Ditisheim au tribunal de Yaoundé aux côtés de Me Alice Nkom. Au premier plan, Jonas et Franky.

Me Saskia Ditisheim au tribunal de Yaoundé aux côtés de Me Alice Nkom. Au premier plan, Jonas et Franky. Image: DR

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Jonas Singa Kumie et Franky Djome, âgés de 19 et 20 ans, ont été condamnés à 5 ans de prison ferme et à une amende de 300 euros pour «fait d’homosexualité». Le procès ne s’est pas déroulé à Genève mais devant la Cour d’Ekonou (Yaoundé) au Cameroun. Aux côtés des avocats locaux, Mes Alice Nkom et Michel Togué, une pénaliste du barreau genevois, Saskia Ditisheim, qui pour la première fois dans sa vie a plaidé sous les huées d’une salle comble: 200 personnes dont bon nombre de confrères camerounais. «Le public applaudissait lorsque le procureur prenait la parole et moi, on me huait», indique-t-elle. Le représentant du Ministère public a souligné qu’on ne peut tolérer que les hommes s’affichent ouvertement avec des hommes et les femmes avec des femmes. Une «malédiction» selon lui. Il a également dénoncé le fait qu’une «étrangère» veuille «imposer son concept de la dignité humaine». Le verdict est tombé: 5 ans de prison. La peine maximale pour ce genre de pratique. Car au Cameroun, comme dans bon nombre de pays africains, l’homosexualité est un délit. Mais Saskia Ditisheim, présidente d’Avocats sans frontières Suisse (ASF), et ses deux collègues camerounais ne se sont pas découragés. Cet été, ils ont plaidé en appel l’acquittement des deux prisonniers. Le jugement devait être rendu hier. Mais la justice camerounaise vient de décider de renvoyer la date de l’audience au 21 décembre et d’ouvrir à nouveau les débats… «Les juges ne savent plus que faire, ils sont sous pression et face à un dilemme, analyse l’avocate genevoise. D’un côté, il y a l’opinion publique qui n’acceptera jamais un acquittement. De l’autre, la pression diplomatique et internationale qui trouve scandaleuses les condamnations pour homosexualité.» Quelle que soit la décision, elle risque de faire du bruit.

Messages haineux

Comment l’avocate genevoise s’est-elle retrouvée dans cette affaire? Depuis 2010, elle est présidente d’ASF Suisse. En mars de cette année-là, elle voit un film dans le cadre du festival des droits humains. Il s’intitule: Sortir du Nkuta. Autrement dit, faire son coming out. Le film suit les activités de l’avocate camerounaise Alice Nkom. Après la projection, un débat avec Robert Badinter et Alice Nkom. «Nous avons échangé nos cartes de visite avec Alice. Elle préside l’Association des homosexuels camerounais. Avocats sans frontière Suisse a conclu un partenariat avec eux. Chaque fois qu’un homosexuel est renvoyé en jugement, un membre d’ASF va plaider là-bas.» Cette initiative a contribué à mettre la situation sous les feux des projecteurs. En juillet, Le Monde consacre un long article à l’affaire: Le calvaire de deux jeunes homosexuels au Cameroun. Puis, les choses se précipitent. L’ambassadeur britannique assiste aux audiences. Ces regards étrangers ne sont pas forcément les bienvenus. Mes Alice Nkom et Michel Togue viennent de recevoir des messages haineux: «Bonsoir Kom la pute qui défend les pédés, on va traiter ta famille et celle du pédé togué, continuez et vous verrez. Un accident est vite arrivé.» Saskia Ditisheim qui, dans sa démarche, est soutenue à fond par l’Ordre des avocats genevois, a-t-elle peur? «Le combat est nécessaire mais les conditions vont devenir de plus en plus difficiles. Je ne sais pas jusqu’où je pourrai aller.» Des craintes? Non. «Mais il faut se montrer prudent.» Elle veut continuer à plaider pour la dépénalisation de l’homosexualité, le respect du droit et des conventions internationales. Elle veut aller jusqu’à la Cour africaine des droits de l’homme s’il le faut. Le combat pour Jonas et Franky ne fait que commencer.

Créé: 20.10.2012, 11h42

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