En Afrique du Sud, l'ANC tente de présenter un visage vertueux aux électeurs

ScrutinLes Sud-Africains sont appelés aux urnes ce mercredi, un quart de siècle après les premières élections multiraciales de 1994.

Des partisans de l'ANC et du président Ramaphosa collent des affiches mardi dans la région du Cap.

Des partisans de l'ANC et du président Ramaphosa collent des affiches mardi dans la région du Cap. Image: EPA/NIC BOTHMA

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«C’est un moment décisif de notre histoire. Il est temps de choisir entre le passé et l’avenir», lance le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, dans le stade d’Ellis Park à Johannesburg, devant une foule vêtue des couleurs jaune, noir et vert du Congrès national Africain (ANC). Ce dernier grand meeting de campagne, dans la capitale économique du pays, dimanche, était une opportunité pour le chef de l’État de réaffirmer sa volonté d’incarner une nouvelle image du parti au pouvoir depuis 1994.

Les scandales de corruption qui ont émaillé les deux mandats de l’ex-président Jacob Zuma ont profondément endommagé l’ancien mouvement de la lutte anti-apartheid. Lors des élections locales d’août 2016, le parti hégémonique a essuyé un revers cinglant - 54%, son score le plus bas - et a perdu le contrôle d’une série de municipalités emblématiques, comme Johannesburg et Pretoria, au profit de l’opposition.

Selon les sondages, malgré les critiques, l’ANC est presque certain de sortir vainqueur du scrutin national du 8 mai et de conserver sa majorité au Parlement. Cyril Ramaphosa, qui tient son mandat des députés, sera alors assuré d’être reconduit à la tête de l’État. Le parti profite d’une machine électorale bien rodée, d’un soutien important auprès des chefs traditionnels dans les campagnes, et d’une opposition qui peine encore à convaincre massivement. Privé de son argument majeur avec le départ de Jacob Zuma, le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA, 22% des votes en 2014), risque de voir sa position s’effriter. Julius Malema et son Parti radical, les Combattants pour la Liberté Économique (EFF), séduit parmi les jeunes et les laissés-pour-compte. Il pourrait franchir la barre des 10% et s’imposer comme la force montante de la scène politique sud-africaine, mais sa rhétorique populiste effraie aussi une partie de l’électorat.

«Le nouvel ANC»

«Les électeurs qui voteront pour l’ANC voteront surtout pour Ramaphosa, estime la politologue Susan Booysen, professeure à l’Université Witwatersrand de Johannesburg. C’est un des arguments majeurs de sa campagne: le nouvel ANC vertueux, un parti transformé qui mérite à nouveau la confiance de la population». Parmi les militants venus à Ellis Park, beaucoup voulaient encore croire à la possibilité d’une nouvelle ère. «Il va faire revenir les investisseurs, redresser l’économie, créer des emplois, dit Ntando Mugabane, un électricien vêtu d’un t-shirt à l’effigie du président. Je reste fidèle à l’ANC car nous avons besoin de stabilité. Mais il faut corriger les erreurs qui ont été faites».

Le discours de Cyril Ramaphosa est à la fois une promesse et un «mea culpa» au nom de son organisation. «Nous acceptons les critiques, dit-il. Nous admettons que certains ont délaissé l’intérêt du peuple pour se remplir les poches. Nous n’abandonnerons pas notre liberté à la corruption». L’ancien leader syndical devenu homme d’affaires, élu à la tête de l’ANC en décembre 2017, était celui que Nelson Mandela aurait aimé voir lui succéder. Deux décennies plus tard, la responsabilité qui pèse sur ses épaules est lourde. Depuis son entrée en fonction, en février dernier 2018, le président a limogé un certain nombre de ministres, remplacé des dirigeants d’entreprises publiques mal gérées et obtenu des engagements pour de nouveaux investissements.

Nombreux écueils

Mais le chef de l’État a de la peine à relancer une économie mal en point, à réduire le taux de chômage - qui plafonne officiellement à 27% - et les profondes inégalités qui minent la société sud-africaine. Le parti reste aussi profondément divisé. Plusieurs alliés de Jacob Zuma, impliqués dans des affaires de corruption, continuent d’occuper des postes à responsabilités. Leur influence limite la marge de manœuvre de Cyril Ramaphosa pour imposer des réformes. «Le président a très certainement de bonnes intentions, dit l’analyste politique Ebrahim Fakir. Mais la pourriture est tellement ancrée, à tous les niveaux, jusque dans les municipalités à travers le pays, qu’il est impossible de faire place nette rapidement».

À l’issue de cette élection, c’est au sein de l’ANC qu’un nouveau rapport de force se jouera entre les partisans d’un statu quo dont ils profitent, et ceux qui suivent le chef de l’État dans ses efforts pour prouver que le parti n’a pas totalement perdu ses idéaux.

Créé: 07.05.2019, 17h14

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