Affaibli, Bouteflika est «sous menace vitale permanente»

GenèveSoigné aux HUG, le président algérien souffre de problèmes neurologiques et respiratoires, selon nos informations.

Abdelaziz Bouteflika, photographié à Alger, le 9 avril 2018.

Abdelaziz Bouteflika, photographié à Alger, le 9 avril 2018. Image: Reuters

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Il est toujours là, au huitième étage des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), mais pourrait quitter l’établissement sous peu. Dans quel état de santé est vraiment Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, président de l'Algérie et candidat à sa propre succession à l'élection du 18 avril?

Les rumeurs les plus folles ont couru dans son pays. On l’a dit très amaigri, menacé par un cancer ou sous assistance respiratoire permanente. En réalité, selon les informations de la «Tribune de Genève», le chef de l’État se trouve «sous menace vitale permanente» en raison de la dégradation de ses réflexes neurologiques. Il ne souffre d’aucun mal mortel à court terme, mais c’est un vieux monsieur qui peine à se remettre des conséquences de son attaque cérébrale de 2013. Car c’est bien en raison des compétences des HUG en matière de neurologie qu’Abdelaziz Bouteflika y séjourne depuis le 24 février.

Sa santé s'est dégradée

En 2016, le président algérien avait subi un examen assez invasif du côlon, nécessitant une anesthésie générale. Cette année, c’est un examen des voies respiratoires qui était au programme. Cette bronchoscopie a permis de faire un bilan de santé approfondi du patient Bouteflika. Et en trois ans, sa situation s’est dégradée de manière perceptible. D’un état de fragilité mais permettant une vie à peu près normale, il s’est transformé en patient dont l’état est très précaire et nécessite des soins constants.

Selon nos informations, Abdelaziz Bouteflika est sous «menace vitale permanente» en raison d’une atteinte systémique à ses réflexes corporels. Son problème principal: il présente de hauts risques de faire des fausses routes, c’est-à-dire que des aliments peuvent être dirigés vers ses voies respiratoires, ce qui peut entraîner une infection pulmonaire grave. En langage médical, on parle de «broncho-aspiration».

Ce trouble est un résultat de l’âge, mais aussi de son attaque cérébrale qui a dégradé ses fonctions neurologiques. Dont celle qui permet au corps d’empêcher l’ingestion d’aliments ou de liquides dans les poumons. Pour se protéger des infections pulmonaires - une cause majeure de mortalité chez les personnes âgées - Abdelaziz Bouteflika subit des cures d’antibiotiques régulières. Il reçoit aussi des soins de physiothérapie respiratoire.

Moins grave, mais tout de même préoccupant dans l’exercice de ses fonctions politiques, le président algérien est atteint d’aphasie, soit de perte partielle du langage. Il semble réceptif à ce qu’on lui dit, mais on le comprend à peine. Il faut pratiquement lire sur ses lèvres. Son imposante équipe médicale - quatre médecins algériens, dont un cardiologue, un anesthésiste et un interniste - lui sert d’interprète avec le monde extérieur et parle souvent à sa place.

Ce constat d’aphasie coïncide avec le diagnostic posé à distance par un médecin algérien que nous avons contacté, Horacine Bouraoui. Il dit s’être basé sur les images d’Abdelaziz Bouteflika vue dans les médias, suffisamment éloquentes à ses yeux. Ce spécialiste en neurologie fait le constat «de l'impotence fonctionnelle effective et définitive, des troubles intellectuels, aphasiques et articulatoires» du président et déclare que son état de santé ne lui «permet pas l'exercice des hautes fonctions inhérentes à la magistrature suprême».

Aux HUG, la présence de ce patient hors du commun suscite une mobilisation inhabituelle. Abdelaziz Bouteflika est au 8e étage, au sein du Service de médecine interne générale. Plusieurs chambres ont été réservées au bout du couloir, gardé par la police. L'entrée de la division privée de l’hôpital est gardée par un vigile armé. L'extrémité du couloir où se trouve le président est inaccessible et placée elle aussi sous bonne garde.

Hier après midi et soir, une dizaine de manifestants algériens étaient devant les HUG. À 15h, ils ont vu un chauffeur d'une de ces limousines noires près de l’hôpital sortir avec un fauteuil roulant et des costumes repassés.

Quant à l'équipe médicale algérienne et aux médecins suisses qui s'occupent du président, une personne qui se trouve sur place décrit leur fonctionnement comme étant «en vase clos». Les Algériens sont extrêmement discrets et ne se montrent pas dans le couloir.

Dimanche soir, la présidence algérienne a officialisé la candidature d'Abedalziz Bouteflika à sa propre succession. Dans une lettre, un porte-parole a annoncé que le président s’engagerait, s'il devait être réélu, à rapidement quitter le pouvoir. Un communiqué laconique de la présidence algérienne avait annoncé le 21 février que le président se rendrait à Genève trois jours plus tard «pour un court séjour afin d'y effectuer des contrôles médicaux périodiques». Un Gulfstream immatriculé en Algérie a atterri à Cointrin le 24 février pour vraisemblablement déposer le patient et ses proches. L'avion n'a pas été revu depuis et il n'a pas annoncé son retour. Mais le président algérien pourrait quitter le territoire suisse très prochainement.


Le DFAE ne s'exprime pas

La Suisse officielle ne se prononce pas, ni sur les événements en Algérie ni sur la visite médicale de son président-candidat à Genève. «Le DFAE (ndlr: Département fédéral des affaires étrangères) ne souhaite pas s’exprimer sur la situation actuelle», nous écrit par e-mail sa porte-parole, Noémie Charton. «Le DFAE ne souhaite pas s’exprimer sur la situation actuelle.»

Sur son site, le DFAE indique que «les relations entre l'Algérie et la Suisse sont bonnes» et précise qu'elles remontent à l'époque de la guerre d'indépendance. La Suisse avait alors joué un rôle dans les négociations menées à Évian entre le gouvernement provisoire algérien et la France coloniale.

Les rencontres entre les deux pays sont régulières. En novembre dernier, Alain Berset (alors président de la Confédération) a rencontré Ahmed Ouyahia, le premier ministre algérien, en marge d'une conférence sur la Libye à Palerme. Quelques mois plus tôt, le conseiller fédéral Ignazio Cassis échangeait avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, dans le cadre de l’Assemblée générale de l’ONU. En mars 2018, la conseillère nationale Isabelle Moret s'est rendue à Alger pour la Conférence internationale sur la participation politique des femmes. En 2015, la Suisse a inauguré une ambassade à Alger.

Les échanges commerciaux sont stables. Les entreprises helvétiques ont exporté pour plus de 400 millions de francs en Algérie, selon les Douanes. Les importations de pétrole algérien, importantes jusqu'en 2014, ont depuis diminué. À la fin de 2017, 4247 Algériens vivaient en Suisse, selon l'Office fédéral de la statistique, un chiffre stable.

Créé: 06.03.2019, 11h33

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