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Les Algériens rêvent d’un avenir sans Bouteflika

Inattendues, les récentes manifestations bousculent la reconduction du président à un 5e mandat.

Des avocats algériens se sont mêlés aux manifestations contre un nouveau mandat du président.
Des avocats algériens se sont mêlés aux manifestations contre un nouveau mandat du président.
Keystone

«Nous sommes fiers d’avoir envoyé au monde l’image d’un peuple capable de manifester pacifiquement. À Alger, on a vu des gens offrir des fleurs aux policiers! Et dans certaines villes, les manifestants ont même nettoyé les rues après les marches.» Sarah, 38 ans, enseignante en biologie à l’université d’Alger, n’en revient toujours pas. Jamais elle n’aurait imaginé qu’un appel anonyme sur Facebook puisse attirer autant de monde dans la rue.

Du jamais vu depuis plus de vingt ans: vendredi 22 février, après la traditionnelle prière de la mi-journée, 800 000 personnes ont manifesté dans tout le pays (selon les associations algériennes de défense des droits de l’homme), dont 100 000 (chiffres de la police) à Alger, où les marches sont pourtant interdites depuis 1992. Ce qui les a fédérées: le rejet d’un cinquième mandat acquis d’avance pour Abdelaziz Bouteflika, bientôt 82 ans, dont l’état de santé l’a une nouvelle fois conduit dimanche à Genève pour se faire soigner.

Faute de consensus entre les différents décideurs sur le nom d’un successeur, mais aussi parce que le chef de l’État ne conçoit pas de mourir autrement qu’en président, à l’image de son mentor Houari Boumédiène, la candidature d’Abdelaziz Bouteflika a été officialisée le 10 février.

«Dans un pays où la moindre réunion d’association dans un lieu public est soumise à une autorisation, où le carcan bureaucratique et sécuritaire étouffe la société civile, une mobilisation d’une telle ampleur est historique», souligne Tarek, 43 ans, chef d’entreprise algérois.

Inattendu

Historique et inattendue. Car cette Algérie que les observateurs disaient tétanisée par les violences de la guerre civile des années 1990, paralysée par la rente pétrolière transformée en transferts sociaux, fait partie des rares pays à ne pas avoir basculé lors du Printemps arabe de 2011.

«Mais le sentiment d’humiliation est trop fort. On ne veut plus que le monde entier se moque de l’Algérie!» clame Yasmina. «Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial», rappelle Saïd Sadi, ex-président du Rassemblement pour la culture et de la démocratie (RCD, opposition).

Dans un pays où la moindre réunion d’association dans un lieu public est soumise à une autorisation, une mobilisation d’une telle ampleur est historique.Tarek, Chef d'entreprise

L’opposition politique – qui n’a jamais réussi à faire descendre massivement les Algériens dans la rue – a d’abord été sonnée par la mobilisation avant de saluer les manifestants. Le mouvement Mouwatana a appelé dimanche à une nouvelle marche, suivie par un millier de manifestants, que la police a eu toutes les difficultés à disperser. Abderrazak Makri, le leader du MSP (islamistes, tendance Frères musulmans) a appelé les autorités à «saisir le message» des Algériens.

Du côté de Zéralda, la résidence médicalisée du chef de l’État, le cercle présidentiel, prévenu de l’imminence de rassemblements massifs par les services de renseignements, chercherait selon nos sources à ne pas envenimer la situation. «La candidature d’Abdelaziz Bouteflika ne peut être remise en question par une manifestation de rue», prévient un proche du sérail. «Car les gens ne sont pas contre le président, ils sont contre tous ceux qui le représentent.» Comprendre: ministres, patrons et représentants de la société civile au mieux zélés, au pire corrompus.

Ce lundi, le premier ministre Ahmed Ouyahia a affirmé qu’une fois réélu, le président organiserait «une conférence nationale de consensus sans précédent dans l’histoire de l’Algérie». «Ce sera une porte ouverte à tous, politiques, organisations sociales ou économiques ainsi que les représentants des jeunes pour apporter leurs propositions de changement, même un changement radical de la Constitution», a-t-il promis.

Les Algériens, invités par un nouvel appel anonyme sur les réseaux sociaux à manifester vendredi 1er mars, diront s’ils sont prêts ou pas au dialogue.

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