Qui est Abdelkader Bensalah, le successeur de Bouteflika?

AlgérieTrop proche de l'ancien président selon ses opposants, l'homme a été désigné ce mardi comme chef de l'État par intérim.

Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ce mardi matin, entouré par ses gardes du corps, l’homme paraît pressé. Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation (Sénat), vient d'être désigné par les parlementaires comme chef d’État par intérim suite à la démission il y a une semaine d'Abdelaziz Bouteflika. Bensalah distribue sourires aux caméras et poignées de mains, il veut faire oublier surtout ses mois d’absence pour cause de maladie qui l’ont éloigné de son poste. Mais aujourd’hui, à 77 ans, et après dix-sept ans passés à la tête du Sénat algérien, Bensalah se montre prêt pour de nouvelles missions.

Combattant, diplomate, journaliste

Natif de l’ouest algérien, sa biographie officielle indique qu’il a participé à la guerre d’indépendance à l’âge de 18 ans où il commence comme simple soldat avant de devenir, grâce au fait qu’il maniait aussi bien l’arabe classique que le français, un «commissaire politique» chargé de la «conscientisation» des jeunes recrues de l’Armée de libération nationale de l’époque. Dès l’indépendance en 1962, le jeune homme quitte l’armée et se passionne pour le journalisme. Il bourlingue jusqu’en Syrie et au Liban comme correspondant des médias publics algériens de l’époque. Parfait arabophone, il finit par diriger le Centre algérien de l’information et de la culture à Beyrouth de 1970 à 1974 avant de rentrer au pays et de prendre la tête du quotidien arabophone et étatique «Echaâb» («Le Peuple») de 1974 à 1977.

Sous les couleurs du parti unique de l’époque, le FLN, Bensalah devient député de sa ville, Tlemcen (ouest du pays), en 1977 et pour quinze ans, avant d'entamer une carrière diplomatique. On le retrouve ambassadeur en Arabie saoudite puis au sein de l’Organisation de la conférence islamique jusqu’en 1993. Les bouleversements de l’Algérie en ce début des années 1990, où le pays plonge dans la guerre civile, le rattrapent alors qu’il est porte-parole du Ministère des affaires étrangères.

L'homme des transitions

Après la démission du président Chadli Bendjedid, la dissolution du parlement et l’assassinat du chef de l’État Mohamed Boudiaf en 1992, les décideurs militaires tentent de renouer avec la légalité. Ils font appel à ce serviteur de l’État sans charisme et sans ambitions politiques particulières pour présider le «Conseil national de transition», sorte de parlement non élu, désigné par le pouvoir de l’époque regroupant des «représentants de la société civile».

Il est également porte-parole d’une conférence de «dialogue nationale» au début de 1994, qui installe le général Liamine Zeroual, jusqu'alors ministre de la Défense, comme président de l’État. Bensalah assume le rôle de président d’un parlement bis jusqu’en 1997, date à laquelle des législatives sont organisées. Celles-ci sont marquées par une fraude généralisée qui fait du Rassemblement national démocratique (RND), le parti majoritaire… six mois après sa création. Il en est un des fondateurs et devient une des figures centrales du régime des années 1990.

Figure du régime Bouteflika

«Élu» président du nouveau parlement jusqu’en 2002 avant de siéger à la tête du Conseil de la nation (Sénat) durant dix-sept ans, Bensalah se retrouve sous le règne de Bouteflika deuxième personnage de l’État. Durant les deux derniers mandats du président déchu, il est souvent désigné «représentant personnel du président de la République» lors des forums internationaux. C’est lui aussi qui reçoit les chefs d’État en visite à Alger. En juillet dernier, il fait voter une mention au Sénat appelant Bouteflika à briguer un cinquième mandat avant de s’en tenir, des mois durant, à un long mutisme et à une prudence qui l’a toujours caractérisée. Aujourd’hui, il se retrouve encore une fois à gérer une période de transition délicate alors que les manifestants le rejettent, étant une illustre figure du régime Bouteflika.

Créé: 09.04.2019, 12h29

Articles en relation

L’armée algérienne veut séduire la rue à tout prix

Algérie Après avoir poussé Bouteflika à la démission, les militaires tentent d’écarter ses fidèles. Mais le temps presse et il leur faut convaincre avant la grande manifestation de vendredi Plus...

La présidence annonce un départ anticipé du président Bouteflika

Algérie La démission du chef de l’État interviendra avant l’expiration de son mandat, le 28 avril. Le pays retient son souffle. Plus...

Bouteflika déclaré inapte par le chef d’état-major

Algérie Le général Gaïd Salah propose d’appliquer l’article de la Constitution sur l’empêchement du président pour cause de maladie grave. Plus...

À Alger, le chef de l’armée tient le sort de Bouteflika entre ses mains

Afrique Pris en étau entre le clan présidentiel et la rue, Ahmed Gaïd Salah joue à l’équilibriste. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Jocelyne Haller refuse son élection
Plus...