Les gardiens de la charia promettent de punir l'homosexualité

NigeriaLe président du Nigeria a approuvé lundi une loi punissant l'homosexualité. Les gardiens de la charia de la ville de Kano ont promis de «travailler sans relâche» à son application.

Goodluck Jonathan, a approuvé une loi réprimant l'homosexualité.

Goodluck Jonathan, a approuvé une loi réprimant l'homosexualité. Image: Keystone

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Pour les gardiens de la loi islamique à Kano, la plus grande ville du nord du Nigeria, la nouvelle loi approuvée lundi par le président Goodluck Jonathan, qui punit l'homosexualité, est «une évolution bienvenue». Ils promettent de «travailler sans relâche» à son application.

«Dorénavant, nous irons dans chaque recoin de l'Etat de Kano pour contrôler que l'interdiction de la prostitution, des mariages de même sexe et la consommation d'alcool (...) est pleinement appliquée», a affirmé le chef adjoint de la Hisbah (police islamique des mœurs) de l'Etat de Kano, Usman Nabahani.

Comme bon nombre de pays africains - 38 sur 54 en juin 2013, selon Amnesty International -, le Nigeria bénéficiait déjà d'une législation réprimant l'homosexualité.

Mais la nouvelle loi promulguée lundi, qui prévoit une peine de 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel et 10 ans d'emprisonnement pour les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation, risque d'encourager une répression encore plus sévère envers les homosexuels, notamment dans le Nord musulman.

Peine de mort

Dans la plupart des Etats de cette région, où la charia - la loi islamique - est appliquée en parallèle du système judiciaire fédéral, les relations entre personnes de même sexe sont passibles de la peine de mort, même si cette sanction est rarement, voire jamais, appliquée.

«Nous allons travailler sans relâche à l'application de cette loi, avec la bénédiction de Dieu», a déclaré M. Nabahani. La Hisbah, ces derniers mois, a réprimé la prostitution et la consommation de drogue à Kano, ville à majorité musulmane.

«Bien entendu, nous ferons des campagnes semblables à l'encontre des homosexuels et des lesbiennes à Kano», a ajouté M. Nabahani. Il a juré de travailler «main dans la main» avec les agences gouvernementales pour appliquer la législation fédérale.

«Nous disposons de plus de pouvoir, nous avons plus de soutien maintenant pour nous attaquer à ces questions sérieuses», a-t-il poursuivi.

Sodomie interdite par la charia

Dans l'Etat de Bauchi, également situé dans le Nord, cinq hommes ont été arrêtés pour avoir créé un club homosexuel et sont maintenus en détention provisoire jusqu'à leur prochaine audition devant la justice, prévue le 23 janvier. Ces hommes sont jugés selon la loi de la charia qui interdit la sodomie.

Selon le chef de la commission de la charia de Bauchi, au moins 12 personnes ont été arrêtées pour avoir enfreint cette loi depuis le début de l'année.

«Tous les accusés ont été appréhendés par des membres de la communauté, qui est contre l'homosexualité, et ils nous les ont amenés», a-t-il expliqué.

Selon Dorothy Aken'ova, responsable au Nigeria d'un centre de santé reproductive et de défense des droits sexuels, la police à Bauchi détient une liste de 160 personnes qu'elle a prévu d'arrêter dans ce contexte.

Condamnations internationales

Dans le Sud également, la répression bat son plein. 24 personnes y ont déjà été arrêtées depuis que la loi a été signée, a souligné Mme Aken'ova: 12 dans la ville d'Ibadan (Etat d'Oyo, sud-ouest), six à Owerri (Etat d'Imo, sud-est) et six à Awka (Etat d'Anambra, sud-est).

La plupart de ces personnes avaient déjà été arrêtées auparavant et sont détenues à nouveau depuis l'annonce de la nouvelle loi, a-t-elle précisé.

La loi signée lundi par le président Goodluck Jonathan a été vivement condamnée à l'étranger, provoquant notamment la «profonde inquiétude» du Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay.

Pour les militants homosexuels nigérians, le nouveau texte légitime la violence homophobe et accroît les risques de persécutions.

La loi stipule également que «toute personne qui fait fonctionner ou participe à clubs gays ou des organisations pour homosexuels encourt une peine de 10 années d'emprisonnement», ce qui laisse craindre que des associations de lutte contre le sida, notamment, qui accueillaient jusqu'ici des homosexuels, soient menacées. (ats/nxp)

Créé: 18.01.2014, 09h11

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