Le président Sissi s’offre une réforme sur mesure

ÉgypteLe chef de l’État égyptien souhaite rester au pouvoir jusqu’en 2030. Les citoyens devront se prononcer par référendum.

Si les Égyptiens approuvent la réforme de la Constitution, Abdel Fattah al-Sissi pourrait se maintenir au pouvoir jusqu’en 2030.

Si les Égyptiens approuvent la réforme de la Constitution, Abdel Fattah al-Sissi pourrait se maintenir au pouvoir jusqu’en 2030. Image: LEGNAN KOULA

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L’emblématique place Tahrir, au Caire, point névralgique de la révolution de janvier 2011, s’est drapée d’immenses bannières. L’écrasante majorité d’entre elles arborent le portrait du président Abdel Fattah al-Sissi. Toutes exhortent les Égyptiens à voter oui au référendum portant sur la réforme de la Constitution. Les députés ont adopté mardi par 531 voix pour, 22 contre et une abstention ce texte soumis au scrutin populaire du 20 au 22 avril.

Parmi les principaux amendements, l’article 140 allonge non seulement le mandat du président de la République de quatre à six ans, mais il autorise également par dérogation spéciale Abdel Fattah al-Sissi à se présenter à un troisième mandat consécutif. L’un des legs les plus symboliques de la révolution, la limite à deux mandats pour le chef de l’État, est révoqué. L’ancien maréchal Al-Sissi ne disposerait donc plus d’aucun obstacle pour se maintenir au pouvoir jusqu’en 2030. Cette réforme lui accorde aussi le droit de nommer le procureur général et le président de la Cour suprême et entérine les pouvoirs exceptionnels déjà attribués à l’armée, désormais reconnue «garante de la démocratie et de la Constitution».

Par deux fois, le raïs s’était engagé à respecter cette limite de deux mandats. Pourtant, cette réforme a été préparée entre la présidence et les services de renseignement, relate Mada Masr, l’un des derniers sites d’information indépendants égyptiens. Elle marque ainsi «l’institutionnalisation d’une forme dure d’autocratie», dénonçait mardi la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme.

«La vie politique est morte»

Mais ces voix portent difficilement à l’intérieur du pays. Près de 34 000 sites internet, notamment ceux d’ONG, ont été bloqués par les autorités pour empêcher la diffusion d’une pétition d’opposants à la réforme, révélait lundi l’ONG NetBlocks. La faible opposition parlementaire est quant à elle bâillonnée. «La vie politique est morte en Égypte», déplore Mohamed Anouar el-Sadate, neveu du président assassiné en 1981 et chef du parti d’opposition Réforme et Développement. «Nous ne pouvons pas organiser de grands rassemblements comme les partis proches du régime, détaille-t-il. Clubs sportifs ou théâtres, tout est réservé aux partisans du oui.»

«Al-Sissi, c’est la stabilité»

La régression en matière de démocratie et de droits humains est en effet sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir d’Al-Sissi en 2013, selon les ONG de défense des droits de l’homme. Elles avancent le chiffre de plus de 60 000 prisonniers politiques et celui, en hausse, des condamnations à mort. Mais pour une partie considérable de l’opinion publique égyptienne, l’homme fort du Caire rassure. «Al-Sissi, c’est la stabilité», affirme Ahmed, un enseignant et père de famille de 38 ans, inquiet du marasme économique qui a suivi la révolution. «Nos conditions de vie sont très dures et nous forcent à penser au quotidien avant de nous occuper de politique.»

Le régime tente de limiter la portée du référendum à la seule approbation de la politique menée par le président Al-Sissi. Et pourtant, «les amendements constitutionnels auront des implications à long terme, pas seulement pour la présidence mais pour l’ensemble du paysage politique et légal en Égypte», souligne Timothy Deedy, chercheur à l’Institut Tahrir, un centre d’étude sur les politiques au Moyen-Orient basé à Washington. «Malgré la stratégie généralisée des forces de sécurité pour museler l’opposition, les citoyens ont la possibilité de voter contre, continue-t-il. Cela constituerait un coup dur pour les autorités qui tentent de consolider davantage leur pouvoir.»

Deux réelles options

Contrairement à l’élection présidentielle de 2018, où les opposants au président avaient été emprisonnés ou menacés, au point de réduire l’enjeu du scrutin au seul taux de participation, les Égyptiens ont donc cette fois-ci deux réelles options. Encore faudrait-il qu’ils puissent se mobiliser. Le régime a pour cela choisi de les prendre de court, en annonçant les dates du scrutin mercredi, quatre jours avant sa tenue.

Créé: 17.04.2019, 21h07

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