Devant ses juges marocains, Kevin Z. nie en bloc être un terroriste

MarocLors de sa première prise de parole jeudi, le Genevois a dit avoir coupé les ponts avec les autres prévenus.

Ci-dessus, la cérémonie qui avait été rendue aux victimes, devant la cathédrale Rabat.

Ci-dessus, la cérémonie qui avait été rendue aux victimes, devant la cathédrale Rabat. Image: Keystone

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«Avant de répondre à vos questions, j’aimerais vous faire un résumé de ma conversion à l’islam depuis la Suisse jusqu’à aujourd’hui, c’est important pour moi pour que les choses soient plus claires», a demandé Kevin Z. Le Genevois était appelé à s’expliquer à la barre ce jeudi, devant la Chambre antiterroriste du Tribunal de première instance de Salé. La justice marocaine instruit le procès de la cellule djihadiste responsable de l’assassinat de deux jeunes touristes scandinaves à Imlil, près de Marrakech.

Remises à plus tard par le juge, ces précisions ne seront finalement jamais données. Une entrée en matière à l’image d’une audience où le prévenu n’aura eu de cesse de chercher à s’expliquer et le juge de lui couper la parole, estimant qu’il répondait avec trop de détails et de lenteur.

Pour Kevin Z., cette audience devait être l’occasion de donner sa version des faits dans un procès où les faits se résument aux déclarations et accusations de chacun des prévenus. Seuls quatre d’entre eux sont poursuivis pour avoir directement participé ou préparé les meurtres des deux jeunes Scandinaves.

Cette audience a au moins permis au Genevois de contester toutes les accusations portées contre lui par les autres prévenus. Après avoir été accusé par Abdessamad El Joud, le cerveau de la cellule djihadiste, de vouloir se rendre auprès d’une branche de Daech aux Philippines, puis par Abdelghani Chaabti, un autre prévenu, d’être obsédé par le djihad, lors des audiences précédentes, il lance: «Ce n’est que des mensonges. Je suis marié avec la fille d’un militaire, je ne sais pas d’où sortent ces histoires.» «Je suis un consommateur de haschisch, je joue au billard, quand j’ai rencontré ma femme elle n’était même pas voilée, c’est un extrémiste ça? Il faut être sérieux!» ajoute-t-il. Accusé par Abdelghani Chaabti d’avoir pourtant bien évoqué l’idée d’attaquer des barrages de police au Maroc, il dément, ambigu: «J’ai posé des questions, mais je n’ai pas parlé de ça.»

Pour Kevin, ce n’est donc pas lui, mais Abdessamad et les autres qui tenaient des propos «extrémistes». «Devant le juge d’instruction, vous avez affirmé qu’Abdessamad El Joud vous avait demandé la route de Boko Haram. Vous confirmez?» demande le juge qui, pendant toute l’audience, n’aura de cesse d’égrener les questions pour confirmer les accusations. «C’est exact, parce qu’il a appris que j’avais des amis noirs, et pour moi c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’en avais marre d’écouter ce genre de choses, c’est pour ça que j’ai coupé complètement les ponts», répond-il avant d’ajouter, un peu plus tard: «J’ai changé d’appartement et de numéro de téléphone pour rompre avec ce groupe.»

Quand le juge lui demande – comme il l’a fait pour tous les prévenus – quelle a été sa réaction lorsqu’il a visionné la vidéo du double assassinat diffusé sur les réseaux sociaux, il n’hésite pas à détailler: «J’étais dans un café, je regardais un match de football. Quand j’ai reçu la vidéo transmise par ma femme, choqué, j’ai fait une baisse de tension, j’ai dû aller m’allonger sur le trottoir à l’extérieur!» Et pour cause, au-delà de l’horreur, sur la vidéo apparaît Abdessamad El Joud, qu’il connaissait.

À l’issue de l’audience, Fatima, son épouse, s’estime satisfaite. «Avec ce procès, Kevin a pu montrer qu’il était aussi une victime de ces gens-là car quand il est arrivé au Maroc, il était comme une page blanche en islam. Ces gens ont essayé de l’influencer, Abdessamad El Joud et Abdelghani Chaabti ont bien dit que Kevin était venu avant tout avec des questions», explique-t-elle. Un sentiment de satisfaction partagé par son avocat marocain, Sâad Sahli, mais pas par Saskia Ditisheim, avocate genevoise. «J’ai été très surprise par le fait que l’on n’ait pas vraiment laissé le temps à Kevin de s’exprimer. Les questions fusaient comme un tir de mitraillette, alors que lorsque l’on risque 30 ans de prison, on doit prendre son temps, regrette-t-elle. Ce n’est qu’une faille parmi d’autres. Kevin n’a pas eu droit à un procès équitable.»

Créé: 20.06.2019, 21h56

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