Passer au contenu principal

L’affaire russe de Donald Trump rebondit en Suisse

Un enquêteur suisse a rencontré l’avocate russe au cœur de l’enquête sur Trump. Il est soupçonné d’abus de pouvoir et de corruption.

L'avocate russe Natalia Veselnitskaya.
L'avocate russe Natalia Veselnitskaya.
AFP

Le 27 décembre 2016, Victor K. (nom modifié) se rend à Moscou. Ce n’est pas la première fois pour ce spécialiste de la Russie à la police judiciaire fédérale (PJF). Mais cette fois-ci, son supérieur le lui a interdit, en raison d’un nombre excessif d’heures supplémentaires. Ce que le policier ne respecte pas.

Le quinquagénaire ne reste que deux nuits à Moscou, mais sera licencié. Il fait l’objet d’une procédure pénale du Ministère public de la Confédération (MPC) pour abus de pouvoir, violation du secret professionnel et corruption. K. fait recours contre son licenciement. Mais le 18 janvier 2018, le Tribunal administratif fédéral (TAF) rejette ce recours.

Dans le jugement que nous avons pu consulter, la PJF reproche à K. de constituer un risque pour sa sécurité et sa réputation. C’est d’autant plus explosif que K. a eu des entretiens sur des enquêtes qui dépassent la Suisse et pèsent sur les relations de la Russie avec l’Europe et les États-Unis. K. en parle avec une avocate alors inconnue, Natalia Veselnitskaya.

En été 2017, le New York Times révèle que durant la campagne présidentielle de 2016, elle a rencontré le fils aîné de Donald Trump, le gendre du futur président, Jared Kushner, et son chef de campagne, Paul Manafort. Ils espéraient recevoir des infos contre Hillary Clinton. L’avocate russe affirme n’avoir jamais rien promis de tel. Mais ce repas d’affaires est considéré comme une preuve des contacts de l’équipe Trump avec la Russie.

Réseau criminel

Robert Mueller, ancien directeur du FBI, enquête sur la nature de ces contacts et le rôle de Natalia Veselnitskaya. Aux États-Unis, on ne croit pas que l’avocate ait agi de son propre chef. Les participants confirment avoir discuté de la «loi Magnitski», soit les sanctions américaines contre la Russie liées à un cas particulièrement grave d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. Natalia Veselnitskaya est l’avocate d’une entreprise suspecte. En décembre 2016, elle évoque aussi le cas Magnitski avec Viktor K.

Sergeï Magnitski était l’avocat de l’investisseur anglo-américain William Browder. Un réseau criminel a utilisé ses sociétés russes pour une fraude fiscale de 230 millions de dollars. Sergeï Magnitski a dénoncé la fraude, a été arrêté et maltraité dans une prison moscovite où il est mort en novembre 2009. Par la suite, William Browder a obtenu que le parlement américain édicte des sanctions contre le réseau.

Une grande partie des 230 millions de la fraude fiscale se trouveraient en Suisse. D’où l’implication du Ministère public de la Confédération. Il reçoit des informations du Russe Alexander Perepilichny, un ancien conseiller financier du réseau. Ce dernier décède près de Londres quelques semaines avant son audition à Lausanne. Son estomac contenait du poison.

Comptes en Suisse bloqués

Les comptes en Suisse restent bloqués. Natalia Veselnitskaya voulait-elle que le policier suisse l’informe sur l’avancement de l’enquête ou obtenir le déblocage des comptes? Elle n’a pas répondu à nos questions.

Les ennuis de K. commencent peu avant Noël 2016 par un appel de Saak Albertovitch Karapetyan, le procureur général suppléant, qui lui demande de venir à Moscou parce qu’il a des informations confidentielles sur le cas de corruption d’une ancienne ministre de l’Agriculture. Le MPC et K. enquêtent depuis des années sur cette proche de Vladimir Poutine. Et attendent l’entraide judiciaire de Moscou.

K. fait peu de cas du refus de son chef. Il dit vouloir sauver l’enquête sur l’ancienne ministre. Le policier admettra par la suite que l’utilisation de son passeport diplomatique était une erreur.

Son séjour à Moscou commence par une déception. Il apprend que les documents promis ne sont pas encore disponibles. Mais le Ministère public russe s’intéresse à d’autres cas. Il offre à K. deux nuits dans un hôtel de luxe. K. affirme avoir payé le reste lui-même. K. s’entretient avec des avocats d’Aeroflot sur un cas dans lequel des millions sont encore bloqués en Suisse. Et il rencontre Natalia Veselnitskaya. Cette réunion est également arrangée par le Ministère public.

K. travaille à la fois pour la PJF et le MPC. Il est souvent présenté comme conseiller du procureur fédéral. La PJF lui reproche maintenant d’avoir échangé des informations avec le MPC. Et le MPC ouvre une procédure pénale contre lui. Le policier, qui enquête depuis vingt ans sur des mafieux russes et des ministres, ne comprend pas ces reproches. A-t-il abusé de sa marge de manœuvre et de ses prérogatives? Le verdict du TAF fait état de nombreuses rencontres non autorisées. K. aurait rencontré le procureur général suppléant sans mandat. Son avocat rétorque que sa façon de travailler était connue depuis des années.

Le TAF considère toutefois que ces pratiques sont inadmissibles. Cela attenterait à la confiance du public dans l’intégrité de la PJF et donnerait l’impression qu’elle ne contrôle pas ses collaborateurs et prend un risque sécuritaire. K. peut recourir contre le verdict. Son avocat, Dominic Nellen, indique qu’il va examiner cette option.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.