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L’adieu à l’Amérique et à l’insouciance

En géopolitique aussi, il est difficile de se défaire de ses habitudes. Il faut dire qu’à force de voir en Donald Trump un fou et de le dire inconstant, on en est presque devenu aveugle aux évolutions qu’il incarne. Les Européens devront en faire leur deuil: les États-Unis qu’ils ont connus ne sont plus. Les preuves de cette révolution sont légion. Et elles ne datent pas toutes de l’entrée à la Maison-Blanche du magnat de l’immobilier. L’Amérique n’est plus aussi bienveillante que par le passé à l’égard de ses alliés européens. Depuis le président Obama, elle tient le Vieux-Continent comme négligeable, quand l’Asie se profile comme le centre d’un nouveau monde.

Chacun chez soi et chacun pour soi, voilà le monde trumpien

Ces dernières années, la puissance américaine a imposé sa loi aux entreprises, à commencer par les banques suisses. Désormais, elle menace aussi d’amplifier ses sanctions contre ceux qui voudraient commercer avec l’Iran. Une simple transaction en dollars suffira aux rétorsions, avec de lourds enjeux économiques à la clé.

Les États-Unis ne sont plus non plus les défenseurs d’un libéralisme sans entraves. Les voilà qui taxent l’acier et l’aluminium étrangers et veulent s’attaquer aux importations de voitures allemandes. Il faudra s’y faire, les États-Unis version Trump (pour combien de temps?) vont tout faire pour rétablir l’équilibre de leurs échanges, quitte à déclencher une guerre commerciale avec le reste du monde. Pourtant, nul doute que cette politique nuira à tous. Parrains de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève, les Américains trouvent maintenant que la mondialisation ne leur profite pas assez et ils veulent revoir le fonctionnement de l’OMC. Le président français s’y est déjà résigné, proposant une réforme de l’institution. La première puissance mondiale, qui finançait bon gré mal gré les institutions du multilatéralisme, renâcle à sortir le portefeuille. Avec des dollars en moins, l’ONU est elle aussi pressée de se réformer.

L’Oncle Sam qui mobilisait hier ses GI pour défendre l’Europe n’est plus qu’un souvenir. Comme l’exclamation «Ich bin ein Berliner» du président Kennedy à quelques encablures du mur. L’Allemagne sait maintenant que sa sécurité passe par la construction d’une défense européenne commune.

Washington n’est plus ce pourfendeur du communisme, un ennemi quasiment disparu dans les poubelles de l’histoire, puisque Donald Trump a offert une reconnaissance inédite au Nord-Coréen Kim Jong-un, un des derniers dirigeants se réclamant de l’héritage stalinien. Au grand dam de Séoul ou Tokyo, alliés des États-Unis dans une région dominée par la Chine postcommuniste. Entourloupés par les Russes lors de leurs élections, les Étasuniens se rapprochent néanmoins de Moscou, rassuré de se retrouver avec l’autre grand d’après-guerre.

Au fond, c’est à notre insouciance européenne que Trump fait offense. Nous avons trop compté sur l’Amérique. Maintenant que Trump décline son slogan «America first» devant son électorat, nous voilà mal pris. Que de temps perdu, d’orgueil ravalé et de soumission béate. Dans une Europe qui paraît bien faible et plus divisée que jamais, il sera difficile de rattraper le temps perdu.

«Chacun chez soi» et «chacun pour soi», voilà le monde trumpien. Si la Suisse et l’Europe devaient s’y résigner, elles auraient gros à perdre. À commencer par les valeurs qu’elles portent historiquement.

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