«En accusant Facebook, on dédouane le comportement humain»

Drame de ChristchurchLa critique des réseaux sociaux qui n’ont pas su empêcher la diffusion de la vidéo s’amplifie. Mais les internautes ont aussi une grande part de responsabilité.

Pour Stéphane Koch, «on peut critiquer les réseaux sociaux, mais les gens qui regardent passivement ces images, ou pire, qui les partagent, ont une grande part de responsabilité.»

Pour Stéphane Koch, «on peut critiquer les réseaux sociaux, mais les gens qui regardent passivement ces images, ou pire, qui les partagent, ont une grande part de responsabilité.» Image: GETTY IMAGES

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Facebook dit avoir retiré 1,5 million de vidéos du carnage perpétré dans les mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande, mais les critiques des réseaux sociaux qui n’ont pas su en empêcher la diffusion s’amplifient à travers le monde. Pour Stéphane Koch, conseiller en stratégie numérique à Genève, le problème vient aussi des internautes qui partagent ce type de contenu au lieu de les signaler.

Les plus grandes plateformes internet avaient promis d’endiguer le partage d’images violentes. Visiblement, ça ne fonctionne pas…

On ne peut pas dire que ça, mais Facebook a encore de nombreux efforts à faire pour améliorer son système de filtrage. Près de 1,5 million de vidéos ont été retirées et ce n’est pas Facebook qui les a publiées, ce sont les internautes. Ces images ont été vues en live par 200 personnes et aucune d’entre elles ne les a signalées. Ce n’est pas si simple pour les algorithmes et les modérateurs de détecter ce type de contenu dans la masse d’informations qui circule. Il faut un certain laps de temps pour reconnaître qu’il y a une arme, qu’il ne s’agit pas d’un jeu ou d’un film. En revanche, il est inconcevable que des gens puissent n’avoir aucune considération pour les victimes. En accusant systématiquement les réseaux sociaux, on dédouane le comportement humain. En France, ce type de comportement est un délit. Relayer des contenus de haine ou de violence sur la Toile est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Ce type de pénalité devrait exister au niveau européen, y compris en Suisse.

Facebook a mis dix-sept minutes pour supprimer le live de la tuerie. Peut mieux faire?

Oui, si des internautes avaient signalé la vidéo. Le premier signalement est arrivé vingt-neuf minutes après le début de la vidéo, soit douze minutes après la fin du live. On peut critiquer les réseaux sociaux, mais les gens qui regardent passivement ces images, ou pire, qui les partagent, ont une grande part de responsabilité. Tout comme ceux qui font des captures d’écran pour contourner le filtre Facebook. Certains utilisateurs ont déployé beaucoup d’énergie pour que cette vidéo ne soit pas censurée. Près de 800 versions différentes ont été diffusées, ce qui rend la détection beaucoup plus difficile.

Facebook a embauché 20 000 modérateurs, mais les critiques estiment qu’ils n’en font pas assez.

Quand ils ont annoncé qu’ils allaient investir plus dans la modération des contenus, le titre de l’action a chuté en Bourse… Les investisseurs sont dans la même logique que ceux qui ont partagé la vidéo au départ. Il faut aussi remettre en cause ceux qui tiennent les cordons de la bourse de façon à ce qu’ils fassent leur autocritique.

Les images ont aussitôt été partagées sur d’autres réseaux sociaux comme WhatsApp ou Twitter, comment les stopper?

Facebook a la même politique pour toutes ses plateformes, comme Instagram par exemple, néanmoins l’entreprise ne peut pas intervenir sur les contenus partagés sur WhatsApp ou Messenger, ceux-ci étant protégés par du chiffrement, mais ce n’est pas un problème propre à Facebook, il en va de même pour les messageries concurrentes, telles que Telegram ou Threema.

Est-ce que les réseaux sociaux encouragent le passage à l’acte des radicalisés de tous bords?

D’une certaine manière oui, puisqu’ils sont encouragés par certains utilisateurs qui partagent ces contenus. Nous sommes dans une société qui s’est transformée numériquement et dans la majorité des cas, tous ces outils sont utilisés à bon escient, mais ils sont parfois détournés de leur fonction première pour en faire des éléments traumatisants. Il faut continuer à investir dans les technologies, mais il faut qu’un effort d’autant plus conséquent soit fait en termes d’éducation pour changer les comportements, et il faut aussi adapter le cadre juridique à ce type de problème. ()

Créé: 19.03.2019, 21h21

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