Abus sexuels et harcèlement minent la politique américaine

Etats-UnisDes élus doivent démissionner. Mais un conservateur accusé d’agressions sexuelles sur des mineures a le soutien de Trump.

L'ancien juge républicain, Roy Moore

L'ancien juge républicain, Roy Moore Image: Keystone

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Les électeurs de l’Alabama décideront dans vingt-quatre heures s’ils envoient Roy Moore au Sénat. L’ancien juge républicain qui est accusé d’agression sexuelle sur des adolescentes, est opposé à Doug Jones, un ex-procureur qui a notamment fait condamner deux membres du Ku Klux Klan pour le meurtre de quatre jeunes filles noires.

Dans ce duel serré qui captive l’Amérique, Donald Trump a fait son choix. Le président des États-Unis a appelé vendredi à voter Roy Moore, un homme qui rejette en bloc les accusations de neuf femmes. Le calcul du président est simple à l’heure actuelle, les républicains ne contrôlent que 52 des 100 sièges au Sénat. «Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ce siège pour l’avenir de notre pays», a-t-il affirmé vendredi soir à Pensacola, une ville de Floride voisine de l’Alabama. «Alors mobilisez-vous et allez voter pour Roy Moore.»

Flot de dénonciations

Donald Trump, qui avait lui-même été accusé de harcèlement l’an dernier, a été accueilli vendredi en Floride par des manifestants conduisant un camion sur lequel avaient été affichés les propos d’Ivanka Trump sur Roy Moore. «Il y a un endroit spécial en enfer pour les prédateurs qui s’attaquent aux enfants», avait affirmé la fille du président le mois dernier à l’agence AP. «Je n’ai aucune raison de douter du témoignage des victimes.»

Le président a choisi d’aller à contre-courant dans des États-Unis où un flot ininterrompu de dénonciations a emporté des politiciens, des réalisateurs, des acteurs et des journalistes depuis que l’affaire Harvey Weinstein a éclaté en octobre. En novembre, RAINN, la principale organisation de défense des victimes de harcèlement sexuel, a d’ailleurs enregistré une hausse des dénonciations de 26% par rapport au mois précédent: «Cela peut souvent être difficile pour des victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement de se manifester, surtout si l’agresseur est en position de force», souligne Jodi Omear, la responsable de la communication de RAINN. «Les nombreux témoignages courageux ont aidé les victimes à sentir qu’elles ne sont pas seules.»

Le magazine Time a désigné la semaine dernière comme personnalité de l’année toutes celles et ceux qui ont brisé le silence. Dans des États-Unis profondément divisés, le harcèlement sexuel est néanmoins devenu une affaire politique. Selon un sondage réalisé par ce même journal, 93% des électeurs démocrates croient les femmes victimes de harcèlement, contre 78% des républicains. Et seuls 54% des conservateurs exigent la démission d’un élu de leur propre parti visé par des accusations de harcèlement sexuel. Les démocrates sont beaucoup plus intransigeants, selon un sondage de l’Université Quinnipiac.

Ces enquêtes d’opinion reflètent l’attitude des deux grands partis politiques américains face au harcèlement sexuel à Washington, une capitale minée par les accusations visant des parlementaires. Dans un camp républicain mal à l’aise à cause de Roy Moore, Trent Franks a démissionné vendredi. L’élu de l’Arizona est accusé d’avoir proposé 5 millions de dollars à l’une des membres de son staff pour porter son bébé. Blake Farenthold, un parlementaire texan, s’accroche, lui, à son poste après avoir versé de l’argent public à une femme pour clore une affaire de harcèlement sexuel.

Ménage démocrate

Les démocrates veulent clairement se démarquer des républicains en matière de mœurs à l’approche des élections législatives de 2018. L’opposition s’est rangée du côté des victimes et a poussé à la démission deux de ses élus visés par des accusations de harcèlement sexuel. John Conyers, un représentant afro-américain de 88 ans, a pris sa retraite avec effet immédiat mardi dernier. Et le sénateur progressiste Al Franken a annoncé sa démission deux jours plus tard. «Al Franken a le droit à une enquête de la commission d’éthique», avait affirmé Kirsten Gillibrand, la sénatrice de l’État de New York, peu avant le départ de son collègue de parti. «Mais je crois qu’il serait meilleur pour notre pays qu’il démissionne et envoie un message clair, selon lequel l’abus des femmes ne sera pas toléré dans notre société.»

Créé: 10.12.2017, 21h39

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