À Lima, des potagers urbains fleurissent au cœur d’un bidonville

AgroécologieDans l’un des districts les plus défavorisés de la capitale péruvienne, des femmes ont pris leur destin en main avec le soutien de SeCoDév.

Le jardin familial est situé dans l’un des districts sud de Lima. Gregoria Flores et d’autres femmes y font pousser arbres fruitiers, légumes et herbes aromatiques.

Le jardin familial est situé dans l’un des districts sud de Lima. Gregoria Flores et d’autres femmes y font pousser arbres fruitiers, légumes et herbes aromatiques. Image: CATHERINE DUBOULOZ CHANTRE

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On l’appelle le «cône sud» de Lima. À perte de vue, dès que l’on quitte les routes principales, des maisons basses d’un ou deux étages, souvent en bois, parfois en brique, s’accrochent et grimpent de manière désordonnée sur les flancs des collines poussiéreuses qui forment déjà les contreforts des Andes. Sur la dizaine de millions d’habitants que compte la capitale péruvienne, plus d’un million d’entre eux vivent dans les trois districts défavorisés du sud de l’agglomération: San Juan de Miraflores, Villa El Salvador et Villa María del Triunfo.

Ce sont des Liméniennes et des Liméniens, mais aussi des Péruviennes et des Péruviens venus de régions rurales défavorisées, des hauts plateaux andins et de la forêt amazonienne, où les conditions de vie sont éprouvantes et les emplois rares. S’y sont ajoutées des familles arrivées à Lima dans les années 90 pour fuir les conflits liés aux activités du Sentier lumineux. Ces banlieues continuent à croître au gré des migrations internes. Sur le haut des collines de sable et de pierre, les zones récemment occupées tiennent du bidonville: les habitants n’ont accès ni à l’eau courante ni à d’autres services publics, comme le ramassage des déchets.

Un terrain à exploiter

«Lorsque je suis arrivée à Lima, il y a vingt ans de cela, je n’avais pas de quoi nourrir ma famille. Et c’était la même chose pour de nombreuses femmes qui travaillent aujourd’hui avec moi. Plusieurs d’entre nous ont à peine terminé l’école primaire, c’était très dur de trouver un travail dans la capitale. En revanche, nous savions cultiver la terre et dans ce domaine, nous avions de belles compétences à faire valoir!» raconte Gregoria Flores. Portée par une énergie communicative, cette mère de quatre enfants a entraîné un groupe de femmes dans une aventure: développer des jardins potagers urbains et familiaux à Villa María del Triunfo. «Nous avons fait le pari de transformer une montagne de sable en poumon vert», lance-t-elle. Gregoria Flores a repéré un terrain. Situé sous une ligne à haute tension récemment érigée par une société privée, il sert de déchetterie sauvage pour des matériaux de construction. «Nous avons approché l’entreprise d’électricité et elle nous a laissés nous installer sur la parcelle, sans doute parce que personne ne pensait que nous réussirions à y faire pousser quoi que ce soit!» se souvient-elle. Aujourd’hui, sur le demi-hectare du potager Paracas, asperges, aubergines, côtes de bettes, pommes de terre et tomates côtoient avocatiers, bananiers et arbustes chargés de fruits de la passion. Une arrivée d’eau a pu être installée: elle permet d’irriguer les cultures à l’aide d’un système construit avec des tuyaux récupérés, sans plus devoir monter jusqu’au château d’eau voisin pour remplir des seaux. À Villa María del Triunfo, une centaine de productrices et producteurs sont désormais rassemblés dans une dizaine de comités et autant de jardins potagers urbains: le Renard, le Machu Pichu, le Mont-Vert ou l’Enfant Jésus.

Pour développer durablement la production, Gregoria Flores et son comité ont reçu le soutien de l’Association nationale des producteurs écologiques du Pérou (ANPE). Ce réseau représente plus de 30 000 petits agriculteurs, il est le partenaire local de l’association genevoise SeCoDév (Service coopération développement). Membre de la FGC, SeCoDév porte des projets qui améliorent les conditions de vie de populations pauvres en milieu rural ou de personnes ayant migré en milieu périurbain; l’association soutient des projets agroécologiques et cherche à renforcer la souveraineté alimentaire de ces populations.

«Longtemps, nous soutenions essentiellement les agriculteurs des zones rurales. Actuellement, nous appuyons de plus en plus de projets d’agriculture écologique au cœur des villes, que ce soit des potagers urbains ou des jardins potagers dans les écoles, par exemple», explique Felimón Mechato Ipanaque, le président d’ANPE. Ce projet permet aussi de soutenir des femmes qui sont souvent cheffes de famille, dont le travail représente un moteur du développement.

Nouveaux défis

Dans un premier temps, la production de fruits et légumes a permis d’améliorer les conditions de vie des familles des cultivatrices. «Nos enfants vont tous à l’école. Les miens, par exemple, finissent l’école secondaire», se félicite Gregoria Flores. Mais au fil du temps et des formations suivies sur les semences, les greffes, la taille des arbres fruitiers ou les engrais bios, la production a dépassé les besoins et peut être en partie vendue.

«Les défis aujourd’hui sont essentiellement liés à la commercialisation, qui permettra d’améliorer les revenus des agricultrices», explique Gladis Vila Pihue, coordinatrice du projet pour ANPE. «Nous avons commencé à livrer des tartes de légumes ou de fruits à des entreprises du district; la Ligue contre le cancer nous achète des légumes. Nous aimerions aussi pouvoir vendre davantage de produits sur les marchés et dans des épiceries bios», explique l’une des agricultrices. Pour ce volet de l’accès au marché et de la distribution des produits, le projet bénéficie également du soutien de SeCoDév.

Créé: 18.05.2019, 20h37

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