Viktor Orban et son parti Fidesz subissent leurs premiers revers

HongrieLe premier ministre et sa formation ont dû reculer devant la rue qui conteste taxes et ligne prorusse du pouvoir. Une première.

Viktor Orban, un premier ministre contesté.

Viktor Orban, un premier ministre contesté. Image: DR

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Six mois après sa victoire écrasante aux législatives, le Fidesz, parti de la droite nationaliste hongroise trustant deux-tiers des sièges du parlement, a payé son excès de confiance en devant reculer pour la première fois face à la rue, cet automne. Des milliers de manifestants, jeunes pour la plupart, se sont indignés la semaine dernière de la politique d’emprise sur la société que mène depuis 2010 le premier ministre Viktor Orban.

Un projet de taxe sur Internet, retiré depuis, a mis le feu aux poudres en octobre. Mais ce nouvel impôt d’un montant modeste n’était que le prétexte à l’expression d’un ras-le-bol plus général. Contre les impôts excessifs, contre le rapprochement avec Moscou en pleine guerre d’Ukraine, et une Hongrie qui s’écarte de plus en plus du modèle européen.

Drapeau européen mal vu

Par trois fois, en novembre, des députés d’opposition ont été empêchés d’introduire un drapeau européen au parlement. Depuis le mois de mai, le président de l’assemblée, proche d’Orban, a décrété que le drapeau bleu aux douze étoiles n’avait plus sa place aux côtés des couleurs nationales. Régulièrement rappelé à l’ordre par l’UE, le gouvernement hongrois a fait de l’Europe son meilleur ennemi et la cause de tous les maux des Hongrois.

Un changement de constitution, la mise sous tutelle politique de la justice et des médias, des mesures discriminatoires ont créé des tensions entre Bruxelles et Budapest. Et les contestataires de novembre ont du coup adopté le drapeau de l’UE comme étendard de leur combat pour les libertés.

Ce drapeau est aussi devenu celui d’une opposition au tournant prorusse pris par l’ancien dissident antisoviétique Viktor Orban. En janvier, à la surprise générale, il a signé un accord nucléaire avec la Russie. Depuis, il a critiqué les sanctions européennes prises suite à l’annexion de la Crimée et s’est rallié au projet de gazoduc South Stream porté par la Russie, se montrant peu solidaire du drame vécu par les Ukrainiens.

Mais ce qui inquiète le plus l’opposition, toujours divisée, c’est l’apologie décomplexée d’un Etat «illibéral» ou «non libéral» d’un Orban, citant la Russie et la Chine en exemple. Dans sa surenchère permanente avec le Jobbik, parti antisémite, ultranationaliste et europhobe qui a réuni 20% des voix aux législatives d’avril, le Fidesz a franchi la ligne rouge.

La diplomatie purgée

A la fin du mois d’avril, son ministre des Affaires étrangères, qui maintenait un semblant de dialogue avec Bruxelles, démissionnait. Quarante ambassadeurs étaient rappelés à Budapest, une centaine de diplomates licenciés. Cette purge diplomatique et la nouvelle ligne prorusse du chef de gouvernement provoquaient un ferme rappel à l’ordre de Berlin. Au point que mercredi dernier, Orban s’est fendu d’un serment de loyauté à ses alliés, «en tant que membre de l’OTAN et de l’UE».

La taxe sur Internet n’est pas la seule à être rejetée par la population, qui a manifesté plusieurs fois le mois dernier. Mardi dernier, le parlement a adopté une nouvelle série d’impôts indirects sur le savon ou sur les chips. Il a aussi augmenté le taux marginal d’une taxe sur les revenus publicitaires des médias, une décision perçue comme une attaque contre la chaîne privée RTL Klub.

Orban, qui a taxé les banques et les multinationales pour se sortir du déficit dès 2010, vient de décider des prélèvements sur les bénéfices des supermarchés et des titres étrangers des fonds d’investissement.

Le Fidesz est-il allé trop loin? Dans la rue, sa popularité vacille. Et sur sa droite, le Jobbik, qui vient de lui souffler une municipalité dans l’ancien bastion sidérurgique du nord, espère recueillir les fruits de cette mauvaise passe.

Créé: 23.11.2014, 20h46

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