Victorieuse en Syrie, la Russie prépare la paix

Proche-OrientEn deux ans, l’armée russe aurait envoyé 2000 conseillers militaires en Syrie. Un engagement qui a sauvé Damas et renforcé Moscou.

Bachar el-Assad (au centre) lors de sa visite sur une base aérienne russe, le 27 juin.

Bachar el-Assad (au centre) lors de sa visite sur une base aérienne russe, le 27 juin. Image: Sana Sana/Reuters

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Deux ans après le début de son intervention en Syrie, Moscou met en scène son succès aux côtés du régime de Bachar el-Assad. Ses raids aériens et conseillers militaires ont empêché Damas de tomber à l’automne 2015. Une victoire célébrée, le 12 septembre, par le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, envoyé personnellement par Vladimir Poutine dans le bureau du président syrien.

A l’occasion de cette rencontre à Damas, un communiqué affirmait que, grâce au soutien de Moscou, l’armée syrienne avait chassé les islamistes armés de 85% du territoire. «L’armée syrienne est devenue professionnelle et cela ne se fait pas tout seul», s’est félicité le porte-parole de l’armée russe, Igor Konashenkov, soulignant le «travail considérable» effectué.

En plus des frappes aériennes et de l’intervention des avions de reconnaissance, Moscou a envoyé en Syrie des milliers d’hommes sur le terrain. Un effectif difficile à évaluer mais dont l’ampleur réelle va au-delà des chiffres officiels, selon Pavel Felgenhauer, expert indépendant à Moscou. Il estime ainsi le déploiement réel à plus de 2000 conseillers militaires, sans compter les forces spéciales et multiples mercenaires. L’engagement a aussi été lourd en matériel, avec des armes comme le lance-roquettes multiple TOS-1 et, au total, quelque deux millions de tonnes de matériel militaire. Du coup, la Syrie s’est révélée une belle vitrine pour le complexe militaro-industriel.

L’armée russe panse toutefois aussi ses plaies. Un de ses généraux a été récemment tué dans des bombardements du groupe Etat islamique près de Deir Ez-Zor, dernière province aux mains de l’organisation djihadiste dans l’est de la Syrie. Il avait été détaché pour commander une unité d’élite de l’armée de Damas, preuve que l’armée russe a totalement innervé le cœur du système Assad. Elle reste cependant très discrète sur le bilan humain dans ses propres rangs.

En août, le Ministère de la défense assurait que dix militaires étaient morts depuis le début de l’année. Mais, se basant sur les récits des proches et des autorités locales, l’agence Reuters a révélé que, sur cette période, le bilan serait d’au moins 40 tués, militaires et employés de sociétés privées de sécurité. «Un mensonge de bout en bout», a répliqué le ministère russe, alors que les révélations se multiplient pourtant sur des pertes à la hausse.

Les médias publics russes évitent d’aborder le sujet. Ils ne parlent que des succès militaires et restent muets sur les bombardements russo-syriens visant infrastructures et installations médicales. Des attaques qui ont pour but de contraindre les rebelles à accepter des trêves locales afin de rétablir petit à petit l’autorité du régime d’Assad. «Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’Assad est l’ami du Kremlin», commente un haut diplomate européen sous couvert d’anonymat. En intervenant en Syrie, Moscou voulait certes sauver le régime mais aussi signer sur le terrain militaire le retour de la Russie sur la scène internationale. «Une grande victoire diplomatique comme Moscou n’en a pas connu depuis longtemps», insiste Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe à Moscou, se moquant des «erreurs d’interprétation de certains diplomates occidentaux qui annonçaient l’échec de l’opération russe en Syrie».

Mais, si la Russie célèbre ses succès militaires, elle peine aujourd’hui à sortir de l’impasse politique. «Le Kremlin prépare une initiative. Dans le plus grand secret, car toute fuite menacerait de la faire échouer», assure Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de Russia in Global Affairs, expert généralement bien informé. «Graduellement, Moscou veut passer du militaire au politique. Sans plan préétabli. Mais sans improvisation non plus», précise-t-il.

Après son opération militaire, la Russie veut installer la paix. Forte de son succès, elle part du principe que seuls les pays ayant un poids militaire en Syrie participeront à la transition politique. Après les raids aériens et l’intervention au sol, qui ont sauvé le régime, Moscou est en position de force pour affirmer qu’elle n’a pas l’intention de discuter du départ immédiat de Bachar.

(TDG)

Créé: 01.10.2017, 18h05

Bilan

Trois mille morts en septembre

Au moins 3000 personnes, dont 955 civils, ont été tuées en septembre dans le conflit qui ravage la Syrie. C’est le mois le plus meurtrier depuis le début de l’année 2017, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), à Londres. Appuyées par l’aviation russe, les forces du régime de Bachar el-Assad mènent une offensive à Deir Ez-Zor, dans l’est. Elles tentent de reprendre aux djihadistes du groupe Etat islamique les territoires encore sous leur contrôle. De son côté, la coalition internationale, emmenée par les Etats-Unis, fournit un appui aérien aux Forces démocratiques syriennes. Cette alliance de combattants kurdes et arabes est engagée contre Daech dans son bastion du nord, Raqqa, mais aussi à Deir Ez-Zor. Acculé de toutes parts, Daech a toutefois pris le contrôle d’Al-Qaryatay, ville symbolique du centre du pays, après une offensive surprise.
ATS

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