«Une victoire pour la politique migratoire d’Angela Merkel»

AllemagneInterview à contre-courant de Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin (FU).

La chancelière Angela Merkel

La chancelière Angela Merkel Image: Reuters

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Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin (FU), analyse les résultats des trois élections régionales de dimanche dans le Bade-Wurtemberg, le Rhénanie-Palatinat et la Saxe-Anhalt. Cette interview a été réalisée ce lundi dans le cadre d’une rencontre avec l’Association de la presse étrangère (VAP).

La politique migratoire de Merkel a-t-elle été sanctionnée?

Si vous y regardez de plus près, vous constaterez que la politique migratoire a été soutenue par la majorité des électeurs. Les deux grands vainqueurs de ces élections, un écologiste dans le Bade-Wurtemberg ou une sociale-démocrate en Rhénanie-Palatinat, ont défendu ouvertement la ligne de la chancelière tandis que les perdants, dans le camp conservateur, se sont opposés à Merkel.

Les candidats de la CDU ont-ils été punis pour avoir critiqué Merkel?

Oui. Au lieu de convaincre les électeurs de ne pas voter extrême droite en expliquant la position de la chancelière, ils les ont finalement poussés à le faire en brouillant les pistes. Merkel peut dire: «S’ils ne s’étaient pas opposés à moi, ils auraient gagné.» Je pense que les prochains candidats conservateurs éviteront ce genre de stratégie suicidaire.

La défaite du camp conservateur est donc une victoire de Merkel?

C’est une victoire de la politique migratoire de Merkel. Les résultats de l’extrême droite la laissent complètement indifférente.

Une candidature pour un quatrième mandat en 2017 est-elle remise en cause?

Je ne vois personne pour l’instant qui s’aventurerait à lancer ce débat.

Les scores de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) ont créé la surprise. L’extrême droite est désormais présente dans la moitié des parlements régionaux. Comment l’interprétez-vous?

Les conservateurs (CDU) vivent actuellement la même situation que celle des sociaux-démocrates (SPD) lorsqu’ils ont dû faire face à l’émergence des écologistes dans les années 80 puis à celle de la gauche radicale dans les années 2000. La CDU n’a pas réussi à intégrer le courant le plus radical à sa droite. Ils ont laissé un vide à l’extrême qui est maintenant occupé.

Par ailleurs, il s’agit d’un processus de normalisation dans le paysage politique allemand. Les autres pays d’Europe ont aussi des partis d’extrême droite. Enfin, les Allemands ont profité de la mondialisation grâce à leurs exportations. Ils doivent maintenant apprendre à supporter les côtés négatifs de cette évolution.

Certains font déjà des parallèles avec la république de Weimar…

La situation politique et économique est complètement différente. Dans les années 20, nous avions une majorité de partis qui rejetait la démocratie. Le président avait beaucoup plus de pouvoir et il était beaucoup plus facile de renverser un gouvernement. Aujourd’hui, la majorité des Allemands sont favorables à la démocratie et le pays est fort économiquement. Je ne vois pas de situation menaçante.

Qui sont ces électeurs de l’AfD?

Les électeurs viennent d’horizons très divers, pas seulement du camp conservateur. Ce sont des abstentionnistes qui ont vu une occasion de protester, des populistes, des xénophobes, des sceptiques mais aussi des libéraux. Ils sont unis contre la politique migratoire et contre l’Europe.

Est-ce un phénomène passager?

Peut-être. Pour l’instant, ils n’ont pas de leader charismatique. Il y a au moins cinq courants différents et un programme très confus. Ils vont aussi devoir montrer comment ils se comportent parmi les élites qu’ils critiquent. Leur implantation est loin d’être réussie.

Pourquoi l’extrême droite est-elle si forte dans l’ex-Allemagne communiste alors que la présence d’étrangers est quasi nulle?

Les gens y ont vécu les bouleversements de la Réunification avec plus d’intensité qu’à l’Ouest (chômage, chute démographique, désindustrialisation, etc.). Les inquiétudes sont d’autant plus grandes. Ils oublient néanmoins qu’ils étaient eux-mêmes des réfugiés en 1990 lorsqu’ils scandaient dans les rues: «Si le deutsche Mark ne vient pas à nous, c’est nous qui irons à lui!» Les réfugiés d’aujourd’hui parlent tous comme eux!

Créé: 14.03.2016, 22h31

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