«Theresa May est en train de siphonner le vote UKIP»

Royaume-UniLe vote pour les Tories le 8 juin pourrait atteindre un niveau record. Mais les travaillistes pourraient résister mieux que prévu.

Theresa May pourrait attirer des conservateurs modérés ayant rejoint les rangs des libéraux-démocrates, mais aussi des électeurs de la classe ouvrière partis du côté de l’UKIP.

Theresa May pourrait attirer des conservateurs modérés ayant rejoint les rangs des libéraux-démocrates, mais aussi des électeurs de la classe ouvrière partis du côté de l’UKIP. Image: EPA/NIGEL RODDIS

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La campagne pour l’élection générale du 8 juin a enfin vraiment débuté avec la publication des programmes des trois principaux partis. Peter Catterall, professeur de sciences politiques à l’Université de Westminster, analyse les forces en présence.

Le programme de Theresa May dévoilé jeudi est qualifié de gauchiste par certains commentateurs. Qu’en pensez-vous?

C’est une analyse totalement erronée. Ils se basent pour cela sur un paragraphe du programme: «Nous ne croyons pas dans les marchés libres sans entraves. Nous rejetons le culte de l’individualisme égoïste. Nous détestons la division sociale, l’injustice et l’inégalité. Nous voyons l’idéologie et les dogmes rigides non seulement comme inutiles, mais comme dangereux.» Theresa May entend faire revenir le Parti conservateur à ses origines, avant qu’il n’ait été renversé par Margaret Thatcher.

Qu’était alors le Parti conservateur?

Jusqu’à Margaret Thatcher, il se proclamait parti du pragmatisme et condamnait la tendance idéologique du Parti travailliste. Dès leur apparition, dans les années 1830, les conservateurs, dont le nom est issu du terme français «conserver», défendaient l’Eglise et les institutions établies face aux forces du changement représentées par les libéraux. Ils étaient favorables à un Etat fort et puissant, basé sur l’idée du protectionnisme, alors que leurs adversaires voulaient un Etat réduit à son minimum. Vous le voyez, cela n’a rien à voir avec du gauchisme!

Qui Theresa May pourrait-elle attirer avec ces idées?

Des conservateurs modérés ayant rejoint les rangs des libéraux- démocrates. Et surtout de nombreux électeurs de la classe ouvrière partis du côté de l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni). Une partie importante de la classe ouvrière aspire en effet à la stabilité sociale, car elle craint le changement et perçoit toujours le passé avec nostalgie.

Cette tactique marche-t-elle?

Absolument, elle est en train de siphonner les voix de l’UKIP. Les derniers sondages montrent en effet un effondrement de l’UKIP, passé en trois mois de 14% à 4% d’intentions de vote. Ce retour vers le passé n’est pas seul responsable: l’immense majorité des électeurs de l’UKIP voulait sortir de l’Union européenne. Dès qu’il a été convenu que Theresa May appliquerait le résultat du référendum du 23 juin, ils ont commencé à rejoindre ses rangs. Même si certains éléments du programme conservateur font bondir ceux qui considèrent l’UE comme une institution totalitaire, il précise vouloir «forger un partenariat spécial et profond avec nos amis et nos alliés à travers l’Europe». En fait, le sentiment qui s’en dégage est que les Tories voudraient rester au sein de l’UE mais qu’ils ne peuvent pas le faire car 51% des Britanniques ont voté pour en sortir.

Theresa May va-t-elle conforter sa majorité?

Elle cherche clairement à rassembler plus largement, un peu comme le travailliste Tony Blair dans les années 90. Les libéraux-démocrates pourront au mieux récupérer une partie des sièges perdus il y a deux ans, grâce à leur appel à un second référendum sur le Brexit. De son côté, l’UKIP va presque disparaître. Les sondages donnent le parti au pouvoir à 48% d’intentions de vote, ce qui est considérable. Un niveau record. Cela devrait suffire pour rafler une soixantaine de sièges au Parti travailliste. Mais celui-ci pourrait mieux se maintenir que prévu.

Pourquoi?

La semaine dernière, une version préliminaire du programme travailliste a fuité dans deux quotidiens nationaux. Cet événement a totalement changé la dynamique de campagne: jusqu’alors, les conservateurs avaient réussi à présenter cette élection comme un vote sur l’élection de Theresa May au poste de premier ministre. Aucune mesure politique, pas même le Brexit, n’avait droit de cité. Pendant la semaine qui a suivi, les médias n’ont parlé que des mesures proposées par le Labour. Si leur chef, Jeremy Corbyn, n’est pas du tout crédible aux yeux des électeurs, ses idées de nationalisation des chemins de fer et de la poste et de création de fournisseurs publics d’énergie sont très populaires.

(TDG)

Créé: 21.05.2017, 21h39

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