Tatiana Valovaya, première femme promue à la tête de l’ONU

GenèveL’économiste et diplomate russe va prendre les rênes du siège européen à un moment où le multilatéralisme n’est plus en vogue.

La nomination de Tatiana Valovaya ne devrait pas déplaire à Pékin. La Suisse aurait sans doute préféré un autre profil.

La nomination de Tatiana Valovaya ne devrait pas déplaire à Pékin. La Suisse aurait sans doute préféré un autre profil. Image: AFP

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C’est une petite révolution de palais. Une diplomate russe va succéder au Danois Michael Møller à la tête de l’ONU à Genève. Tatiana Valovaya, 61 ans, va poser ses bagages dans quelques jours pour prendre les rênes du bureau européen des Nations Unies. C’est la première fois qu’une femme accède à ce poste. Le Kremlin, qui avait envisagé un temps de pousser la candidature de Gennady Gatilov, ex-vice ministre des Affaires étrangères et actuel représentant de la Russie auprès de l’ONU, s’est ravisé. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait exigé que ce soit une femme pour être en cohérence avec les objectifs du développement durable (ODD) qui préconisent l’égalité des sexes dans la répartition des responsabilités. Il en avait fait une question de principe.

Un temps pressentie pour occuper le poste, Eleonora Mitrofanova, ex-représentante permanente de la Russie auprès de l’Unesco, a donc été coiffée sur le poteau par une diplomate chevronnée réputée proche de Vladimir Poutine. Il ne faut pas se tromper, cet apparent retour en force de la Russie au sein du bureau européen des Nations Unies n’en est pas un. Le jeu de chaises musicales devait profiter à Moscou, qui a traditionnellement la haute main sur les nominations à Genève. Michael Møller a fait figure d’exception. Auparavant, le Kazakh Kassym Tokaïev ainsi que les Russes Sergueï Ordjonikidze et Vladimir Petrovsky ont tous reçu l’adoubement du Kremlin. Retour à la normale donc.

Ce qui a changé, c’est le désengagement américain des enceintes multilatérales et la montée en puissance de la Chine. De ce point de vue, la nomination de Tatiana Valovaya ne devrait pas déplaire à Pékin. Depuis 2012, cette économiste de formation avait rang de ministre au sein de la Commission économique eurasienne. Chargée de l’intégration et de la macroéconomie, elle a œuvré au rapprochement avec la Chine en défendant la formation d’un partenariat économique transeurasien.

Contingences d’équilibre

C’est une diplomate aguerrie qui a occupé des postes de haut niveau depuis 1989 auprès des instances européennes à Bruxelles, mais aussi dans différents ministères. Sera-t-elle prête à mouiller sa chemise pour défendre la Genève internationale, comme le faisait Michael Møller? La diplomatie suisse aurait sans doute préféré un autre profil. À un moment où le multilatéralisme est victime du désamour américain et des recentrages régionaux, le choix d’António Guterres, dicté par les contingences d’équilibre entre hommes et femmes et entre Est et Ouest, suscite beaucoup d’attente. «Est-ce bien le bon moment pour nommer une femme russe à la tête de l’ONU à Genève?» interroge le politologue américano-suisse Daniel Warner. Ce dernier pense à la Conférence du désarmement, dont les travaux restent au point mort. En prenant la tête de l’ONU, Tatiana Valovaya hérite de la présidence de cet organe. À elle de redonner une impulsion dans un contexte encore plus tendu qu’auparavant. Ses prédécesseurs s’y sont tous cassé les dents.

Pour ce qui intéresse directement la Suisse, à savoir le rayonnement de la Genève internationale et les relations avec l’administration onusienne du Palais des Nations, peu importe que Tatiana Valovaya soit russe ou pas. Les exemples passés ont montré que la personnalité des directeurs généraux successifs avait pesé bien plus lourd que les contingences de diplomatie internationale dans la gestion des affaires courantes. Ancienne journaliste, rompue aux exercices de communication, la nouvelle directrice générale de l’ONU a les compétences pour s’insérer très vite dans la place. «C’est une femme qui travaille beaucoup. Elle est très exigeante avec elle-même et avec ceux qui travaillent avec elle. Et quand elle a quelque chose à dire, elle est assez directe», confie un diplomate qui a eu l’occasion de croiser sa route. Après Michael Møller, il faut s’attendre à un changement de style. Il n’est pas dit que Genève ne s’y retrouve pas. Avant qu’elle ne soit appelée par António Guterres, Tatiana Valovaya a travaillé au déploiement d’une cryptomonnaie dans la zone Eurasie. Un sujet hautement sensible qui oppose Russes et Américains. Son expertise dans ce domaine ne devrait laisser personne indifférent. Et pour l’égalité des sexes, c’est gagné. Au Palais des Nations, son arrivée prochaine interpelle autant les hommes que les femmes.

Créé: 04.06.2019, 19h38

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