«Sur le climat et sur l’Iran Trump peut être contré»

InterviewInvité à Genève pour une conférence à la Maison de la paix, l’ancien secrétaire d’Etat américain John Kerry s’est confié à quatre journalistes suisses.

John Kerry (au centre), l’ancien diplomate en chef de Barack Obama était ce jeudi à Genève, invité par le conseiller administratif Guillaume Barazzone (à gauche).

John Kerry (au centre), l’ancien diplomate en chef de Barack Obama était ce jeudi à Genève, invité par le conseiller administratif Guillaume Barazzone (à gauche). Image: Laurent Guiraud

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John Kerry, l’ancien diplomate en chef de Barack Obama était ce jeudi à Genève, invité par le conseiller administratif Guillaume Barazzone à l’Institut universitaire de Hautes études internationales et du développement, avec le soutien de la banque Lombard Odier, pour une conférence privée devant une salle archicomble. Il s’est prêté à une rapide session de questions-réponses avec quatre journalistes suisses.

– Donald Trump veut détruire les deux principaux deals que vous avez négociés: l’accord nucléaire avec l’Iran et l’Accord de Paris sur le climat. Qu’allez-vous faire?

– Ce qu’il faut comprendre, c’est que le président Trump a décidé de se retirer de l’accord sur le climat en se basant sur “sa réalité” qui n’est en rien fondée sur des faits réels. Mais le lendemain de son annonce, nous avons obtenu que plus de 38 États (ndlr: parmi les 50 formant les Etats-Unis) s’engagent à inscrire dans leurs lois des mesures assurant le respect de l’accord de Paris. Or, ces États réunissent 80% de la population de notre pays. Donc la bonne nouvelle, c’est que nous allons bel et bien atteindre la cible prévue. La mauvaise nouvelle, c’est que l’Accord de Paris ne suffira pas. Il faut aller plus loin.

– Et sur l’Iran nucléaire? Êtes-vous sûr que le Congrès des Etats-Unis ne va pas voter la sortie du deal?

– Le deal avec l’Iran, c’est le plus dur, le plus vaste et le plus vérifiable de tous les accords nucléaires dans le monde. Aujourd’hui, Téhéran ne peut plus tenter de faire produire une bombe atomique sans que le monde entier ne le remarque à temps. Quand nous avons commencé à négocier, l’Iran détenait 12'000 kg d’uranium enrichi, un réacteur à plutonium, 19'000 centrifugeuses et le pays était à deux mois de pouvoir fabriquer l’arme nucléaire. Depuis, l’Iran a détruit son réacteur de plutonium à Arak, il n’a plus que 200 kg de matière enrichie, 5000 centrifugeuses… et 130 inspecteurs supplémentaires surveillant qu’il n’y a pas de reprise de l’enrichissement. Il faudrait au moins un an à l’Iran pour relancer un programme militaire et cela ne passerait pas inaperçu. J’ose espérer que le Congrès des Etats-Unis, malgré ses jeux politiques, sera raisonnable et ne laissera pas tomber un accord qui fonctionne bien et assure notre sécurité. En tout cas, le deal a été signé en tout par sept pays et je sais que la plupart tenteront de sauver l’accord.

– La Corée du Nord a réussi à développer l’arme nucléaire. Auriez-vous pu faire davantage pour l’arrêter?

– Non. Nous n’avons pas cessé de demander à la Chine de mettre plus de pression sur la Corée du Nord. Au fond, Donald Trump ne fait que continuer sur la même lancée. Ce qui est frustrant, c’est que Pékin ne bouge pas plus vite...

– Faut-il craindre la montée en puissance de la Chine?

– Ce n’est pas une surprise: la Chine sera bientôt la première économie mondiale, avec une population de 1,5 milliard. Ça ne me choque pas. Elle a bien sûr ses problèmes internes. Mais il me semble que nous pouvons faire beaucoup avec la Chine. L’Accord sur le climat était un bel exemple: c’est en négociant avec Pékin que nous avons réussi à aller de l’avant.

– En Syrie, la situation évolue rapidement sur le terrain. Voyez-vous une issue possible?

– Vous voyez des pourparlers sur la Syrie, vous? Moi pas. Pourtant, les problèmes à résoudre restent les mêmes. Ce qui a changé, c’est la force et les soutiens des uns et des autres.

– Comment définiriez-vous la diplomatie actuelle des Etats-Unis?

– Mais quelle diplomatie? Il manque des ambassadeurs, toutes les nominations n’ont pas encore été faites! Il manque même des assistants au secrétaire d’Etat. La diplomatie, c’est avant tout une affaire de relations, il faut pouvoir aller à la rencontre des autres... (TDG)

Créé: 19.10.2017, 19h02

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