Rejet d'un recours contre l'acquittement d'Asia Bibi

PakistanLa Cour suprême du Pakistan a rejeté un dernier recours contre acquittement d'Asia Bibi déposé par les islamistes. Accusée à tort de blasphème, la jeune chrétienne va pouvoir quitter le pays.

Les islamistes pakistanais ont tenté de faire un exemple d'Asia Bibi.

Les islamistes pakistanais ont tenté de faire un exemple d'Asia Bibi. Image: Keystone

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La Cour suprême du Pakistan a ouvert mardi la voie au départ du pays de la chrétienne Asia Bibi. Elle a rejeté un dernier recours contre son acquittement, à l'issue d'une longue saga judiciaire au retentissement international.

La plus haute instance judiciaire pakistanaise avait acquitté Asia Bibi le 31 octobre 2018. A l'issue d'une audience qui a duré un peu plus d'une heure, elle s'est opposée à l'ouverture d'une procédure en appel contre cette décision, réclamée par Qari Saalam, l'imam du village où Asia Bibi avait été accusée de blasphème.

Plus rien n'empêche désormais Asia Bibi de quitter ce pays musulman très conservateur où elle vit sous haute protection, étant de longue date une cible pour les extrémistes. On ignorait dans l'immédiat si Mme Bibi entendait le faire immédiatement mais son avocat a laissé entendre mardi que cette option était sur la table.

«Fin d'une épreuve»

«Je crois que pour le moment elle est ici (au Pakistan), mais qu'en sera-t-il ce soir, je ne sais pas», a dit Saif-ul-Mulook à des journalistes. «Elle est libre de quitter le Pakistan, de vivre où elle veut et de profiter de la vie», a souligné l'avocat.

«Asia Bibi doit enfin obtenir sa liberté et la fin de son épreuve. (...) Elle doit être libre de retrouver sa famille et d'être en sécurité dans le pays de son choix», a renchéri Amnesty International (AI).

La France a déclaré accepter d'accueillir Mme Bibi et le Premier ministre canadien Justin Trudeau a affirmé en novembre que son pays était «en discussion» avec Islamabad à ce sujet.

Fureur des islamistes

La Cour suprême avait décidé le 31 octobre d'acquitter Mme Bibi et de la libérer après huit années dans le couloir de la mort. Ce verdict avait provoqué la fureur des milieux islamistes radicaux.

Des milliers d'entre eux, notamment des sympathisants du parti islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), étaient descendus dans les rues pour exiger sa pendaison, bloquant le pays trois jours durant et poussant le gouvernement du Premier ministre Imran Khan à signer un accord controversé avec eux.

L'exécutif s'était alors engagé à lancer une procédure visant à interdire à Asia Bibi de quitter le territoire et à ne pas bloquer la requête en révision du jugement examinée mardi. Le verdict rendu mardi pourrait à nouveau attiser leur colère.

«Nous n'accepterons en aucun cas un jugement contre le Coran», a averti le TLP mardi matin, promettant «un mouvement qui sera vu par le monde entier» si la justice rendait une décision favorable à «la blasphématrice». Mais le TLP apparaît très affaibli après l'arrestation à l'automne de son chef Khadim Hussain Rizvi et de centaines de ses partisans. Ils étaient peu nombreux mardi à manifester devant la Cour suprême, a constaté l'AFP.

Dérives de la loi

Pour les experts en droit, la décision de la Cour suprême était largement attendue. Le recours de l'imam Saalam était «frivole», «ni en accord avec les précédents verdicts de la Cour suprême, ni en accord avec la loi», avait estimé l'avocat Saif-Ul-Mulook avant la décision.

La décision d'acquittement initiale avait par ailleurs été rédigée par le juge Asif Saeed Khosa lui-même. Cet expert en justice criminelle est devenu entretemps magistrat en chef de la Cour suprême. «Dans une autre affaire, j'aurais accusé les témoins de parjure et je les aurais envoyés en prison», a-t-il tonné en rendant sa décision mardi.

Le cas de Mme Bibi, ouvrière agricole chrétienne âgée d'une cinquantaine d'années, a eu ces dernières années un retentissement international, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. L'une de ses filles a rencontré ce dernier à deux reprises.

Lynchages

Les défenseurs des droits de l'homme voient en Asia Bibi un symbole des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels. Des accusations suffisent à provoquer des lynchages meurtriers, l'affaire divise profondément l'opinion. (ats/nxp)

Créé: 29.01.2019, 12h19

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