Les zones d'ombre autour de la fuite des pilotes

Air cocaïneL'exfiltration des deux pilotes, condamnés à 20 ans de prison en République dominicaine pour trafic de cocaïne, soulève de nombreuses questions.

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Une fuite rocambolesque, de mystérieuses complicités et une enquête française sur un vaste trafic de cocaïne: de nombreuses zones d'ombre entourent le retour en France des deux pilotes condamnés à 20 ans de prison en République dominicaine.

Pascal Fauret et son copilote Bruno Odos, laissés libres après leur condamnation mi-août en attendant leur procès en appel, avaient interdiction de quitter le pays et leurs passeports étaient confisqués.

Pas une infraction

Tout en parlant d'«évasion», leur avocat Eric Dupond-Moretti assure que cela «ne constitue absolument pas une infraction» en France. Il martèle que ses clients ne sont «pas en fuite» car ils s'en remettent à la justice française qui enquête aussi sur ce trafic de drogue.

Les juges devraient «certainement les questionner sur les conditions de leur départ» sans pour autant «les poursuivre pour ce fait précis», estime l'avocat de droit international Fabian Hincker.

Selon des sources proches du dossiers, ils ont rejoint en bateau l'île franco-néerlandaise de Saint-Martin, avant d'embarquer vendredi sur un vol d'Air Caraïbes pour la Martinique. Ils ont ensuite regagné Paris samedi avec Corsair.

Des agents de la DGSE?

Plusieurs scénarios circulent dans les médias, faisant intervenir des anciens des services français, des marins, voire des agents de la DGSE ou des services dominicains. L'eurodéputé FN Aymeric Chauprade, qui a dîné avec les pilotes juste avant leur fuite dont il connaissait le projet, est décrit comme étant au coeur du dispositif: il a notamment loué un hélicoptère. Pour les exfiltrer ou faire diversion ? «Coïncidence d'agenda», balaye-t-il sur Radio classique, il voulait «aller à Porto Rico».

La police dominicaine bloque sur le tarmac un Falcon 50 qui s'apprête à décoller vers Saint-Tropez. A son bord les 4 Français

Les pilotes restent discrets sur leurs complicités. «Des gens se sont impliqués pour nous aider», a admis Pascal Fauret, mais Me Dupond-Moretti a écarté l'idée «d'une équipe barbouzarde (...) payée par l'Etat français». Les autorités ont catégoriquement nié toute implication.

Le réseau de l'Aéronavale

Ex-pilotes de chasse, Pascal Fauret et Bruno Odos sont soutenus par le réseau de l'Aéronavale. Dès leur arrestation, un comité de soutien s'est constitué autour de Philippe Heneman, un ancien militaire.

Selon Europe 1, Christophe Naudin, criminologue et spécialiste de la sûreté aérienne qui a témoigné en leur faveur au procès, a accompagné les deux pilotes dans leur fuite.

Côté politique, plusieurs élus ont affiché leur soutien aux condamnés. Ainsi le sénateur UDI des Français de l'étranger, Olivier Cadic, accuse les autorités françaises de ne pas les avoir suffisamment défendus.

Pas d'extradition

La République dominicaine entend lancer un mandat d'arrêt international: les pilotes risquent donc gros en cas de déplacement à l'étranger. Mais la France n'extrade pas ses ressortissants, hors Union européenne. Dans ce contexte, une convention d'extradition de 2000 entre les deux pays prévoit que la République dominicaine dénonce les faits à la justice française pour qu'elle prenne le relais.

La situation est compliquée par le fait que les Français ont déjà été condamnés à Saint-Domingue mais un procès en appel est prévu début 2016. Pour l'heure, le ministère de la Justice préfère ne pas se prononcer sur cet imbroglio.

D'autant que la justice française a lancé ses propres investigations avant même l'interception, en mars 2013 à l'aéroport de Punta Cana, du Falcon 50 bourré de cocaïne piloté par Pascal Fauret et Bruno Odos. Une information judiciaire a été ouverte à Marseille dès février 2013.

Entendus par la juge marseillaise

Cette enquête, dans laquelle une dizaine de personnes dont Pascal Fauret et Bruno Odos sont mises en examen pour importation de stupéfiants en bande organisée et association de malfaiteurs, porte sur une dizaine de vols transatlantiques suspects et est donc plus large que les faits jugés à Saint-Domingue. Cela pourrait permettre à la justice française de contourner le principe «non bis in idem», au nom duquel on ne peut pas juger quelqu'un deux fois pour les mêmes faits.

Les pilotes devraient être entendus prochainement par la juge marseillaise.

Le passager Nicolas Pisapia et l'apporteur d'affaires Alain Castany, également condamnés à 20 ans de prison, sont restés à Saint-Domingue. Ce dernier, victime d'un accident de la route et qui dit risquer une amputation, réclame son rapatriement sanitaire.

Mais après la fuite des pilotes, ils redoutent, comme plusieurs élus, que la justice dominicaine se montre plus sévère à leur égard.

(afp/nxp)

Créé: 28.10.2015, 14h46

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