Les privatisations, remède ou poison pour la Grèce?

Crise de la detteClé de voûte du troisième plan de rigueur imposé au pays, elles ne font pas l’unanimité.

L'île de Stroggilo, dans le Dodécanèse, a été vendue à Johnny Depp.

L'île de Stroggilo, dans le Dodécanèse, a été vendue à Johnny Depp. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Il ne faut pas que l’Europe laisse tomber la Grèce», déclarait récemment à un journal italien le résident suisse Alessandro Proto. «Parce que ce serait dommage, il y a tant d’opportunités dans ce pays.» Justement, depuis l’accord du 13 juillet, cet agent immobilier haut de gamme a déjà vendu Stroggilo, dans le Dodécanèse à Johnny Depp, négocié l’îlot Gaia dans les îles Ioniennes pour Angelina Jolie et Brad Pitt et investi l’île d’Aghios Thomas près d’Egine avec le milliardaire Warren Buffett. Et la liste hollywoodienne de ses futurs clients ne cesse de s’allonger.

En Grèce, tout est à vendre désormais. Côté glamour, îles, plages, hôtels, châteaux, sources thermales et belles demeures d’Athènes. Côté infrastructures, plus de 7000 biens immobiliers: ports, aéroports, autoroutes, chemins de fer, marinas, sites olympiques… Et tous les services publics: eau, électricité, gaz, télécommunications. Fini les écueils juridiques, administratifs et politiques qui décourageaient les investisseurs et surtout, les recours systématiques à la justice, les oppositions ou les grèves des employés en colère.

Sous la menace d’une sortie forcée de la zone euro, Athènes a tout accepté de ce qu’elle refusait depuis des mois. Un fonds «indépendant» devrait collecter 50 milliards de recettes, dont une partie sera utilisée pour payer les créanciers, une autre pour recapitaliser les banques grecques et le montant restant sera consacré à des investissements non déterminés pour l’instant.

Condamné à l’échec

Sous le titre The great Greece fire sale (La grande braderie grecque), le journal The Guardian a interrogé de nombreux experts. Les avis sont unanimes, le plan de privatisations en cours en Grèce est condamné à échouer. «Cette braderie est une erreur: faute de consensus politique, qui l’appliquera?» se demande l’économiste Jens Bastian, responsable de la privatisation de la task force de la Commission européenne pour la Grèce. Peter Doyle, ancien économiste du FMI, craint, lui, que la Grèce prenne la route suivie par la Russie dans les années?90, lorsque les actifs précieux de l’Etat ont été vendus à des prix très bas par besoin urgent de trésorerie, créant une nouvelle classe d’oligarques. Le Fonds monétaire international, lui-même, dans un rapport-choc de juillet sur la dette grecque, a déclaré qu’il faudrait cent?ans pour atteindre ces 50 milliards d’euros.

Christos Spirtzis, ministre des Infrastructures et des Transports, s’interroge, lui, sur la finalité de l’opération: «Le gouvernement grec va vendre les 14 aéroports rentables à des entreprises étrangères et garder les 30 autres déficitaires et les subventionner. On n’est plus dans un modèle européen, on est dans un système colonial.»

Aéroport très rentable

Kostas Nikolouzos, maire de Corfou, va plus loin: «Notre île de 120?000 habitants reçoit plus d’un million de touristes par an, un chiffre qui croît chaque année. Notre aéroport est donc extrêmement rentable. Dites-moi, s’il vous plaît, pourquoi le livrer maintenant à des mains étrangères?» Et de s’interroger sur la nature de cette privatisation, en faisant remarquer que la société Fraport AG, qui doit prendre la concession de ces 14 aéroports grecs pendant au moins 40?ans, est une entreprise publique allemande, dont la majorité des actions appartiennent à la Ville de Francfort et au Land de Hesse.

Yanis Varoufakis, le ministre des Finances lâché par Alexis Tsipras, avait proposé le 19 juin une solution alternative: une entreprise centrale, avec l’Etat pour unique actionnaire, mais contrôlée comme une entité privée par le parlement, dans le but de maximiser la valeur des actifs. L’idée avait été accueillie par un silence assourdissant à l’Eurogroupe. Depuis, l’ex-ministre ne cesse de dénoncer cette «Greek Treuhand*, toxique politiquement et économiquement nuisible, que la troïka vengeresse a jugé bon d’imposer à la Grèce».

* Treuhand, organisme chargé de la privatisation en RDA après la chute du mur de Berlin.

(TDG)

Créé: 27.07.2015, 22h37

Articles en relation

Le plan B fou qui devait sauver la Grèce

Crise de la dette L'ancien ministre des Finances grec raconte avoir été chargé de préparer un système bancaire parallèle si la Banque centrale européenne stoppait son aide d'urgence. Plus...

La Grèce s’enfonce dans la misère

Crise Le gouvernement a dû émettre des tickets d’approvisionnement alors que l’Eglise et les ONG amplifient leurs efforts Plus...

Athènes demande officiellement une nouvelle aide au FMI

Crise grecque Le ministre des Finances grec a officiellement demandé l'aide du Fonds monétaire international (FMI). Il s'agit d'un pas de plus dans les négociations pour un nouveau sauvetage de la Grèce. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...