Les groupes de la terreur

TerrorismeLes djihadistes: Boko Haram, la barbarie en Afrique de l'Ouest.

Textes: Yannick Van der Schueren/Frise: Frédéric Thomasset


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Mode d’action

Boko Haram privilégie trois modes d’action: attentats suicides – de plus en plus violents et sophistiqués – contre les autorités et les civils, offensives armées avec des massacres à la clé et enlèvements. Les attentats font à chaque fois des dizaines de morts. Les islamistes n’hésitant pas à barder des jeunes femmes et des enfants d’explosifs pour les faire exploser sur des marchés. Les offensives armées visent des localités et des écoles et se terminent régulièrement dans un bain de sang.

Effectifs

Cette nébuleuse est formée de plusieurs entités distinctes et autonomes. Le recrutement de ses membres évoluant constamment, il est difficile de donner un chiffre précis. Les estimations vont de 6000 à 30'000 combattants. L’islamologue français Mathieu Guidère estime que Boko Haram dispose de près de 30'000 hommes. Un rapport du Royal Institute of International Affairs de Londres évalue de son côté à 8000 hommes le nombre de combattants du mouvement, tandis que le spécialiste du Nigeria Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime leur nombre entre 6000 et 8000.

Sources de financement

Les spéculations vont bon train quant à l’origine des armes et de l’argent qui se trouvent aux mains de Boko Haram. Certains affirment que le groupe entretient des liens avec des responsables politiques nigérians et des groupes djihadistes internationaux qui lui fournissent armes et financement. La majorité de ses fonds proviendrait toutefois des pillages des villes, des cambriolages de banques et des rançons. Selon les spécialistes de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Boko Haram, comme l’ensemble des groupes terroristes de la bande sahélo-saharienne, a également profité du chaos en Libye et de la porosité des frontières, qui ont contribué à la dispersion des vastes arsenaux de Kadhafi. Il bénéficierait également de financement de la branche armée d’Al-Qaida au Soudan et de fonds issus de riches particuliers étrangers, notamment saoudiens.

Risque de régionalisation du conflit

Aujourd’hui les pays voisins redoutent une invasion de la violence sur leur territoire. Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun et Bénin se sont donc mis d'accord le 7 février dernier pour mobiliser 8700 hommes dans la force multinationale de lutte contre Boko Haram. Leur mandat sera de «créer un environnement sûr et sécurisé dans les régions affectées par les activités de Boko Haram et d’autres groupes terroristes». Le Tchad a déjà envoyé ses soldats au Nigeria, au Cameroun et au Niger. Les organisations internationales (Union africaine et ONU) doivent encore approuver ces propositions, mais il est d’ores et déjà acquis que le quartier général de cette force sera basé à N’Djamena, la capitale tchadienne.

Sur le plan stratégique, l’objectif est de prendre en étau les combattants de Boko Haram avec des soldats tchadiens descendant progressivement vers le sud pendant que l’armée nigériane remontera vers le nord de l’Etat de Borno. Les autres forces seront quant à elles chargées de bloquer les frontières pour empêcher les djihadistes de se disséminer dans les pays voisins.

Du côté de la communauté internationale, rien n’est engagé pour lutter efficacement contre ce groupe terroriste. Pour l’heure, elle se contente de s’émouvoir des massacres et des enlèvements les plus spectaculaires.

Quels liens entre Boko Haram et Daech?

Du point de vue du mode opératoire, des visées, de la sauvagerie des crimes, de leur rapport aux femmes et aux enfants, Boko Haram et Daech ont de nombreuses similitudes. Les massacres commis par Daech à l'encontre des communautés chrétienne et yézidie en Irak et en Syrie n'ont d'égal que les violences commises à l'encontre des chrétiens et des musulmans dans les Etats du nord du Nigeria où Boko Haram est implanté. Sur le plan idéologique, les deux groupes souhaitent l’instauration de la charia (la loi islamique) et d'un califat.

L’annonce officielle du rapprochement entre les deux entités terroristes, le 7 mars, n’a donc pas surpris les observateurs qui en avaient vu les signes avant-coureurs. L’été dernier déjà, les djihadistes africains avaient adressé des messages de soutien à Abou Bakr el-Baghdadi, le chef de Daech, alors qu’il annonçait la création d’un califat. Et depuis quelques semaines, les méthodes de communication de Boko Haram et son mode d’action sur le terrain avaient évolué, laissant deviner que le groupe nigérian était conseillé par l’organisation Etat islamique. Selon le renseignement américain, les contacts entre ces deux mouvances islamistes se sont développés ces derniers mois.

Sur le plan de la lutte antidjihadiste internationale, le ralliement «officiel» de Boko Haram au groupe Etat islamique pourraient avoir des implications sur un projet de loi américain qui demande l'autorisation de l'utilisation de la force militaire contre Daech. Dans une version de ce texte soumis par la Maison-Blanche, le président Obama a demandé à pouvoir utiliser la force militaire contre le groupe Etat islamique et «ses alliés», «sans limitations géographiques». Théoriquement, la reconnaissance par l'administration américaine des relations entre les deux groupes terroristes et l’annonce du 7 mars pourraient donc ouvrir la porte à l’usage de la force militaire contre Boko Haram en Afrique de l'Ouest. (TDG)

Créé: 09.03.2015, 17h27

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