Les Rohingyas sont «des terroristes» pour Aung San Suu Kyi

BirmanieLa Prix Nobel de la paix et dirigeante de facto du Myanmar qualifie de «désinformation» les accusations de génocide.

Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi Image: AP

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Le massacre et l’exode des Rohingyas de Birmanie n’avaient pas suscité jusqu’ici de déclaration de la Prix Nobel 1991 et dirigeante de facto du Myanmar, Aung San Suu Kyi. Elle est sortie de son silence, mercredi, lors d’un échange avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Quand le sultan d’Ankara dénonce le génocide en cours de cette minorité musulmane, la «Dame de Rangoun» parle d’«un énorme iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes». Depuis dix jours, son service de presse diffuse des photos de militaires assassinés dans l’Etat Rakhine. Et elle s’en prenait même au Programme alimentaire mondial, accusé de livrer des rations alimentaires aux «terroristes».

Accusés d’être des étrangers venus du Bangladesh, apatrides, privés des droits élémentaires, les Rohingyas n’étaient pas entrés en rébellion ouverte jusqu’au mois d’octobre 2016. C’est alors qu’un groupe armé, l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), menait ses premières attaques contre l’armée birmane dans l’Etat Rakhine, au nord-ouest de la Birmanie. La répression a commencé, provoquant l’exode de milliers de Rohingyas au Bangladesh.

Le 25 août dernier, l’attaque coordonnée de plusieurs postes de police par l’ARSA a accéléré le rythme des départs – 146 000 selon l’ONU à Rangoun –, portant à 400 000 le nombre des déplacés, selon le HCR à Genève.

L’ex-icône de la démocratie a justifié ce qu’elle a appelé elle-même un «nettoyage», reconnaissant implicitement que le vrai pouvoir en Birmanie reste aux mains des militaires et qu’elle devait composer avec eux, au risque de perdre son âme.

Le Bangladesh, qui doit faire face à l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés, a aussi accusé Rangoun de poser des mines à la frontière pour dissuader les civils rohingyas de revenir.

De nombreuses voix se sont élevées cet été dans le monde musulman pour exhorter Aung San Suu Kyi de faire cesser les violences. Lundi, la Pakistanaise Malala Yousafzai, Nobel de la Paix comme elle, critiquait son silence. Des manifestations de musulmans étaient organisées à Djakarta, en Indonésie, mais aussi à Groznyï, en Tchétchénie, et à Moscou, où le dirigeant tchétchène, Ramsan Kadyrov, mobilisait ses soutiens, dans un coup de menton inhabituel à l’égard de la politique étrangère du Kremlin.

De son côté, Amnesty International estimait dans un communiqué que la région était au bord de la catastrophe humanitaire et dénonçait l’interdiction d’accès signifiée aux humanitaires. Le Haut-Commissariat aux réfugiés soulignait, lui, la saturation des camps de toile et l’état de santé inquiétant des populations accueillies, en pleine saison des pluies.

(TDG)

Créé: 06.09.2017, 19h11

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