Les Etats-Unis, terre de peur pour les illégaux

ExpulsionAlors que Trump promet une nouvelle fois de lutter contre l’immigration illégale, les sans-papiers plongent dans la clandestinité. Reportage.

Image: Reuters

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Trois ans avant la prochaine présidentielle, Donald Trump a repris mardi à Phoenix sa campagne électorale. Et ce, malgré la requête du maire de la ville de l’Arizona qui lui avait demandé de repousser son meeting pour cause de tensions raciales aux Etats-Unis. Le président américain l’a ignoré et n’a pas reculé. Il a rencontré des gardes-frontière dans la journée de mardi avant de s’offrir un bain de foule avec ses supporters dans la soirée. Son message est clair: l’immigration illégale est toujours au cœur de ses préoccupations. Alors que la Maison-Blanche se félicite de la baisse des interpellations d’immigrés illégaux à la frontière des Etats-Unis avec le Mexique, les sans-papiers vivant dans les villes américaines se terrent dans la clandestinité dans la crainte d’être expulsés.

Réfugiée dans une église

Les trois enfants d’Amanda Morales Guerra sont allongés sur un matelas gonflable installé dans un coin de la bibliothèque de l’église Santa Cruz à New York. Les yeux rivés sur une tablette, ils ne semblent plus voir les visiteurs qui défilent en ce vendredi matin pour apporter leur soutien à leur mère ou pour lui poser des questions sur sa décision de se réfugier dans le lieu de culte afin de tenter d’échapper à une expulsion vers son pays d’origine. Mais lorsque l’on demande à Dulce, la fille aînée âgée de 10 ans, comment elle se sent, la réponse qu’elle chuchote, traduit sa terreur: «J’ai peur», glisse-t-elle en pliant un drap. «Je dors mal».

Amanda Morales Guerra devait se présenter le 17 août aux autorités américaines pour être renvoyée vers le Guatemala. Au lieu de cela, la sans-papiers s’est rendue à l’église Santa Cruz. «J’ai souffert pour venir aux Etats-Unis», raconte-t-elle. «J’ai payé beaucoup d’argent. Mes trois enfants sont nés ici et sont américains. Je veux rester dans ce pays». Elle poursuit: «Les autorités ne m’ont pas donné d’autre option. C’était dur de savoir que je devais partir au Guatemala et ôter à mes enfants la possibilité d’avoir un avenir».

Menace d’expulsion

Amanda Morales Guerra est entrée illégalement aux Etats-Unis en 2004. Elle a été arrêtée par les gardes frontière au Texas, mais libérée peu après dans l’attente d’une décision de justice. Elle fait l’objet d’un ordre de renvoi depuis juillet 2004, mais n’a jamais demandé l’asile politique. Elle vit sous la menace d’une expulsion depuis un accident de la route en 2012. Le 18 août, une délégation emmenée par le révérend Luis Barrios qui l’a accueillie dans son église, s’est rendue aux services d’immigration munie d’une pétition pour demander à l’administration Trump de suspendre l’ordre de renvoi.

Selon des chiffres communiqués par les autorités fédérales américaines, l’administration Trump expulse les sans-papiers à un rythme moins élevé que le gouvernement Obama. Entre le 1er janvier et 30 juin de cette année, 84 473 personnes ont été renvoyées soit une moyenne de 16 900 personnes par mois. L’année dernière, l’administration Obama avait un rythme de 20 000 renvois par mois.

La peur au ventre

Chez les sans-papiers, la crainte d’une expulsion a pourtant nettement crû depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Car malgré l’intention affichée par le président des Etats-Unis d’expulser les criminels, les immigrés illégaux comme Amanda Morales Guerra vivent dans la peur de renvois beaucoup plus aléatoires. «Pendant la présidence d’Obama, j’avais pu obtenir un permis de travail et de conduire», raconte la mère de famille qui n’a pas de casier judiciaire. «Avec Donald Trump, ça a changé. Lors de mon rendez-vous le 3 août, l’agent d’immigration m’a dit de revenir le 17 août avec mon billet pour le Guatemala».

Le quotidien de Maria, une sans-papiers mexicaine vivant depuis 18 ans au Texas, a aussi brutalement changé cette année. Au début du mois d’août, elle a cru qu’elle allait être expulsée après avoir été stoppée à un contrôle routier. «Un agent m’a arrêtée à un feu rouge sous prétexte que j’allais trop vite», explique-t-elle. «Je suis sûre qu’il m’a stoppée à cause de ma couleur de peau. Il m’a demandé mon permis de conduire et mon numéro de sécurité sociale. Je me suis tue. Je savais que si je disais que je n’en avais pas, il préviendrait l’immigration. Mon fils de 18 ans qui est citoyen américain était terrorisé à côté de moi».

Maria a finalement écopé d’une amende pour n’avoir pas présenté son permis de conduire. Elle doit encore attendre 3 ans avant que son fils de 18 ans ne puisse entamer une procédure de naturalisation pour elle. D’ici là, elle compte limiter ses déplacements en voiture. «Cela fait 18 ans que je vis dans la peur de me faire arrêter quand je conduis», glisse-t-elle. «Avec Monsieur Trump, je vais devoir faire encore plus attention».


Le cauchemar de la famille Estrada

Christopher dessine sur son lit. Sur sa feuille, le garçon de 10 ans a inscrit le nom de son père José et a utilisé la lettre «j» pour écrire le mot «joie». Mais en ce matin du 11 août, l’ambiance dans l’appartement au rez-de-chaussée d’une petite maison de Fairview, dans la banlieue de New York, est tout sauf joyeuse. Christopher, son frère Joseph, 9 ans, et sa sœur Katherine, 8 ans, se raccrochent à un ultime espoir de voir leur père ne pas être expulsé le lendemain vers le Guatemala. «Mon rêve était que nous puissions être une famille unie», glisse Christopher, un enfant né aux Etats-Unis. «Mais mon rêve s’est transformé en cauchemar.»

Dans la pièce contiguë, José Estrada range ses affaires dans une valise pleine à craquer. Le sans-papiers guatémaltèque est arrivé aux Etats-Unis il y a vingt ans, mais est apparu sur le radar des autorités américaines en 2013, après un accident de circulation avec un agent d’immigration. Il a passé une année dans un centre de détention du New Jersey avant d’être libéré à l’époque où l’administration Obama tentait de régulariser la situation d’immigrés illégaux comme lui qui n’ont pas de casier judiciaire et ont des enfants américains. «Pendant la présidence de Barack Obama, j’avais un rendez-vous par an avec l’immigration», raconte José. «Mais l’administration Trump a tout changé. Depuis janvier, les autorités m’ont dit de venir chaque mois, puis chaque semaine. Aujourd’hui, un agent d’immigration m’a dit: «C’est le dernier contrôle, je te vois demain à l’aéroport.»

Après avoir longuement hésité, José Estrada a décidé de ne pas chercher refuge dans une église. Il espère pouvoir revenir aux Etats-Unis dans onze ans quand son fils Christopher fêtera ses 21 ans et pourra demander la citoyenneté américaine pour lui. Au Guatemala, José sait aussi qu’il verra pour la première fois son fils aîné, Jonathan, né il y a près de vingt ans au moment où il avait émigré vers les Etats-Unis. «Je ne l’ai pas vu grandir, car quand mon épouse m’a rejointe ici, elle l’a laissé avec mes beaux-parents», glisse-t-il en sanglotant. «Il est tellement heureux. Il m’a dit: «Mon rêve est de te voir.» Demain il réalisera son rêve.»

Le lendemain de cette conversation, 12 août, José Estrada s’est rendu aux autorités au petit matin et a embarqué à bord d’un avion vers le Guatemala. A Fairview, dans le New Jersey, Gloria Chocoj, son épouse qui est elle aussi sans papiers, a travaillé toute la journée dans une onglerie pour tenter de payer un loyer qu’elle devra désormais assumer seule. Et Christopher a gardé son frère et sa sœur.


Les déportés de l'administration Trump

(TDG)

Créé: 22.08.2017, 20h43

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