Les Etats-Unis et la guerre de la vaccination

SantéLes prétendants à la succession d’Obama se déchirent autour d’une épidémie de rougeole.

Le débat sur les vaccins contamine jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat.

Le débat sur les vaccins contamine jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat. Image: AFP/Joe Raedle

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«La science est claire: la terre est ronde, le ciel est bleu et les vaccins marchent. Protégeons nos enfants.» Avec ce tweet apparemment anodin, le 2 février dernier, Hillary Clinton a mis un pied dans la campagne pour la Maison-Blanche en 2016. Très discrète depuis le début de l’année, l’ancienne First Lady, qui n’a pas officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle, s’est immiscée dans le débat sur la vaccination contre la rougeole qui fait rage aux Etats-Unis et déchire les prétendants à la succession de Barack Obama.

Cette dispute a pris de l’ampleur lorsque le sénateur républicain Rand Paul, un médecin, a tenu des propos critiques sur la vaccination, le 2 février sur la chaîne CNBC: «J’ai entendu parler de cas d’enfants qui marchaient et parlaient normalement et qui ont eu de profondes séquelles mentales après des vaccins.» Rand Paul, un parlementaire issu de l’aile libertarienne du parti républicain qui place la défense des libertés individuelles au cœur de son programme politique, a également affirmé: «Je ne suis pas contre les vaccins, mais la plupart d’entre eux devraient être volontaires.»

Ces déclarations placent Rand Paul en porte-à-faux avec la plupart de ses confrères médecins aux Etats-Unis et avec le président Barack Obama, qui a recommandé aux Américains de faire vacciner leurs enfants. La vaccination est obligatoire dans les cinquante Etats américains, mais quarante-huit d’entre eux autorisent des exemptions de vaccinations pour des raisons philosophiques ou religieuses.


Des affirmations «irresponsables»

Lors de la précédente campagne pour la Maison-Blanche en 2012, Michele Bachmann, la candidate de l’ultra-droite, avait affirmé sur la chaîne Fox News que les vaccins contre le papillomavirus humain, préconisé pour faire baisser le risque de cancer du col de l’utérus, pouvaient provoquer des retards mentaux chez les jeunes femmes. «Ces politiciens parlent à une frange de leur parti qui ne veut rien imposer aux citoyens en matière de vaccination», réagit Art Reingold, professeur d’épidémiologie à la Berkeley School of Public Health en Californie et expert des maladies virales à l’Organisation mondiale de la santé. «Ces affirmations sur les risques de séquelles mentales des vaccins sont irresponsables.»


Guerre des chiffres

En 2012, Rick Perry, ancien gouverneur républicain du Texas, avait été sévèrement critiqué par ses adversaires conservateurs pour avoir signé un décret ordonnant à toutes les filles de 11 et 12 ans de se faire vacciner contre les maladies sexuellement transmissibles qui causent le cancer du col de l’utérus. Cette décision avait déconcerté l’ultra-droite religieuse qui prône l’abstinence sexuelle, forçant Rick Perry à admettre qu’il avait fait une «erreur».

Ce mois-ci, l’ancien gouverneur texan, qui rêve de nouveau de la Maison-Blanche en 2016, a tenté de se positionner comme un pionnier en matière de vaccination. Il a affirmé que le taux de vaccination chez les enfants avait augmenté de 50% pendant qu’il dirigeait le Texas entre 2000 et 2015. Une affirmation rapidement contredite par le Washington Post, qui a démontré que la croissance du taux de vaccination dans l’Etat d’origine de George Bush était de 14%.

Pour tenter d’atténuer la tempête médiatique provoquée par ses propos sur le vaccin contre la rougeole, le sénateur Rand Paul a, pour sa part, invité le New York Times à assister à son vaccin pour le rappel contre l’hépatite A. «Cela m’énerve d’être présenté comme quelqu’un qui est contre les vaccins», a affirmé l’ancien ophtalmologue au quotidien new-yorkais. Mais comme le rappelle le New York Times, Rand Paul avait insisté en 2009 sur sa proximité idéologique avec l’Association of American Physicians and Surgeons (AAPS), un groupe de médecins très sceptiques vis-à-vis de la vaccination.

«Nous devrions demander pourquoi des parents rejettent le vaccin contre la rougeole», affirme Jane Orient, le médecin qui dirige l’AAPS à Tucson, dans l’Arizona. «La première raison est morale. Le vaccin est développé par Merck (ndlr: le groupe pharmaceutique) à partir de matériel provenant de bébés avortés. L’autre souci est l’autisme. Même si la plupart des enfants tolèrent bien le vaccin, il y a des centaines de cas d’enfants qui ont cessé de chercher le contact visuel et ont perdu la faculté de parler peu après avoir été vaccinés.»


Une épidémie à Disneyland

En Californie, la récente épidémie de rougeole qui s’est propagée à la suite de la découverte de cas dans le parc d’attractions de Disneyland a incité les autorités sanitaires à lancer une vaste campagne de sensibilisation de la population. Jeffrey Gunzenhauser, responsable du Département de Santé à Los Angeles, a tenu une conférence de presse la semaine dernière. «La rougeole est un virus très contagieux qui se transmet par la toux ou un éternuement, explique-t-il dans un communiqué de presse. Pour empêcher la propagation du virus, nous incitons fortement la population à se faire vacciner. Les vaccins sont très efficaces contre la rougeole.»


Le risque des «fêtes de la rougeole»

Michelle, mère d’un petit garçon de 6 mois à Los Angeles, aimerait faire vacciner son bébé mais doit attendre encore 6 mois, selon les recommandations des autorités sanitaires américaines. Dans l’immédiat, sa priorité est d’éviter d’exposer son fils au virus. La Californie a d’ailleurs «vivement» recommandé lundi aux parents d’éviter d’amener les enfants aux «fêtes de la rougeole», des rassemblements ayant pour but d’exposer les enfants au virus de la rougeole pour renforcer leurs défenses immunitaires. Cette pratique était courante dans les années 1950 et 1960, avant la généralisation du vaccin contre la rougeole et la rubéole. Les autorités sanitaires californiennes insistent sur le fait que cette pratique mettrait «gravement en danger» les enfants et contribuerait à la propagation de l’épidémie.

A Atlanta, le Centers for Diseases Control et Prevention, qui coordonne la politique du gouvernement américain en matière de santé, a aussi déconseillé aux parents d’exposer leurs enfants au virus de la rougeole et de la rubéole. Depuis le début de l’année, 121 cas de rougeole ont été recensés dans dix-sept Etats américains. «Au début des années 1990, il y avait une grosse épidémie de rougeole en Californie qui avait causé une centaine de morts, conclut le professeur Art Reingold. J’ai bon espoir que l’épidémie actuelle n’atteindra pas de telles proportions, même s’il y aura encore des gens qui seront contaminés. Mais on ne répétera jamais assez que les vaccins sont très efficaces.» (TDG)

Créé: 11.02.2015, 10h19

Les conservateurs rêvent d’abroger l’«Obamacare»

La santé reste au cœur de la course pour la Maison-Blanche en 2016. Et la nouvelle majorité républicaine au Congrès rêve toujours d’abroger la réforme de l’assurance-maladie, surnommée «Obamacare» aux Etats-Unis. Les conservateurs abhorrent cette loi, entrée en vigueur en 2010, qui oblige les Américains à avoir une assurance-maladie et leur garantit des subventions pour pouvoir s’offrir une couverture. Les républicains affirment que la réforme a fait croître les coûts de la santé et les franchises.

La semaine dernière, la Chambre des représentants a voté un nouveau texte pour démanteler l’Obamacare. Il s’agit de la 56e tentative des conservateurs pour annuler cette réforme ou l’affaiblir. Cette démarche n’a guère plus de chances que les autres d’aboutir, car Barack Obama a promis d’y mettre son veto au cas où le texte passait aussi devant le Sénat, où la majorité républicaine est moins nette qu’à la Chambre des représentants.

Cela n’a pas découragé Ted Cruz. Le sénateur texan, issu du Tea Party et l’un des candidats potentiels à la Maison-Blanche en 2016, a introduit la semaine dernière son projet de loi pour abroger l’«Obamacare». Il affirme que son texte défend la croissance, l’emploi et la liberté. Les républicains restent néanmoins divisés sur les alternatives à proposer à l’«Obamacare», comme l’a reconnu la semaine dernière Tom Cole, un représentant républicain de l’Oklahoma. De son côté, Barack Obama a une nouvelle fois défendu sa politique en recevant à la Maison-Blanche des Américains qui ont bénéficié de la réforme de la santé.

Dans l’immédiat, la principale menace pour le texte de loi, du point de vue des supporters de l’«Obamacare», est plus juridique que politique. Au début du mois prochain, la Cour suprême examinera une plainte déposée par David King, vétéran du Vietnam, avec le soutien de groupes conservateurs. Cette plainte remet en question l’accès aux subsides étatiques pour l’achat d’une assurance-maladie. En cas de verdict de la Cour suprême en faveur des plaignants, des millions d’Américains perdraient leurs subventions en matière de santé et le système d’assurance-maladie mis sur pied dans le cadre de cette réforme serait profondément affaibli.

Articles en relation

Le Super Bowl est menacé par une épidémie de rougeole

Etats-Unis Un million de personnes sont attendues dans la région de Phoenix où aura lieu la finale du Super Bowl dimanche, alors qu'une épidémie de rougeole sévit dans la région. Plus...

La rougeole tue de moins en moins dans le monde

Etude La mortalité due à la rougeole a diminué de 74% entre 2000 et 2010 dans le monde, sans pour autant atteindre l'objectif fixé de 90%. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La révolte des gilets jaunes
Plus...