Les Baltes s’alarment des exercices militaires russes

Est-OuestMoscou prépare de grandes manœuvres en Biélorussie. L’OTAN vient d’en terminer en Lituanie et a déployé son bouclier antimissile.

Sur la base aérienne de Šiauliai en Lituanie, l’exercice de défense de l’Otan baptisé «Tobrouk Legacy», avec des lanceurs «Patriot» antimissile, visait à rassurer les pays baltes.

Sur la base aérienne de Šiauliai en Lituanie, l’exercice de défense de l’Otan baptisé «Tobrouk Legacy», avec des lanceurs «Patriot» antimissile, visait à rassurer les pays baltes. Image: EPA

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Dans les pays baltes, le fond de l’air sent la poudre. Samedi, l’OTAN mettait fin à onze jours de manœuvres, déployant pour la première fois son bouclier antimissile Patriot sur la base aérienne de Šiauliai en Lituanie. Cet exercice de défense baptisé Tobrouk Legacy visait à rassurer les pays baltes (Lituanie, Estonie et Lettonie) avant les exercices militaires russes du Zapad 2017, qui vont se dérouler en Biélorussie et dans l’enclave russe de Kaliningrad du 14 au 20 septembre.

Les pays baltes s’alarment en effet de ce déploiement militaire – le plus imposant depuis 2013 – qui pourrait concentrer plus de 100 000 hommes à leurs frontières, selon l’Alliance atlantique. Minsk évoque un chiffre plus modeste de 10 000 soldats biélorusses et 3000 Russes, avec 280 blindés et 25 engins aériens. Le ministre lituanien de la Défense, Raimundas Karoblis, en doute. «Lors du Zapad 2013, rappelle-t-il, Moscou annonçait 29 000 militaires et 70 000 y ont pris part.» Au-delà de cette bataille de chiffres, les pays baltes comme la Pologne craignent que ces manœuvres ne soient un cheval de Troie. Les alliés se demandent si les troupes qui vont manœuvrer cet automne se borneront vraiment à leur terrain d’opération.

Depuis la Biélorussie, des troupes russes n’auraient qu’à franchir la trouée de Suwaki sur la frontière polono-lituanienne pour prendre en tenaille les pays baltes entre l’enclave de Kaliningrad, la Biélorussie et la Russie. En juin, plusieurs milliers de soldats originaires d’une vingtaine de pays de l’OTAN ont participé à l’opération Saber Strike dans cette bande de terre considérée comme l’une des zones les plus vulnérables d’Europe.

La prophétie de 2008

L’histoire récente peut en effet les inciter à la vigilance. Le 5 août 2008 à Tbilissi, le défunt président polonais Lech Kaczynski avait eu des propos prémonitoires: «La Géorgie aujourd’hui, demain l’Ukraine, le jour d’après les pays baltes, et ensuite, qui sait, ce sera le tour de mon pays, la Pologne.» Cette prophétie s’est en partie réalisée. Dans le cas de la Géorgie, comme pour l’annexion de la Crimée, les troupes russes sont intervenues à la suite de manœuvres. Les soldats de la 58e armée ont commencé leurs opérations en Abkhazie et en Ossétie du Sud juste après l’exercice Kavkaz 2008. En Crimée, des troupes ont aussi été déployées à la fin de février et au début de mars 2014, dans la foulée d’un exercice militaire non notifié (qui avait repris en 2013 dans l’armée russe).

Pour le Zapad 2017, la Russie a mobilisé un nombre inhabituel de wagons (400) pour déplacer ses troupes, l’équivalent de deux divisions blindées pour 30 000 hommes. Moscou dément déployer de tels effectifs et affirme que ces exercices sont uniquement défensifs. L’OTAN rappelle pour sa part qu’au-delà de 13 000 militaires, des observateurs doivent pouvoir suivre les manœuvres, en vertu du document de Vienne signé en 1990. Le président biélorusse et son ministre de la Défense ont répété ces derniers jours que cet exercice serait totalement transparent et ouvert aux observateurs.

Kaliningrad militarisée

Reste que l’inquiétude est forte chez les dirigeants voisins de la Russie. En Pologne comme dans les Etats baltes, depuis l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014 et la guerre dans l’Est ukrainien, la crainte d’une invasion s’est installée. Au point que l’OTAN a décidé, il y a un an, de déployer des bataillons dans ces quatre pays. De son côté, le Kremlin a encore intensifié son arsenal militaire dans l’enclave de Kaliningrad, déjà la zone la plus militarisée d’Europe.

(TDG)

Créé: 23.07.2017, 18h47

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