Le «tsunami populiste» annoncé n’a pas déferlé sur l’Europe

Parlement de l'UEQuelques victoires spectaculaires dissimulent mal des résultats beaucoup moins favorables que prévu.

La percée en Italie de la Lega de Matteo Salvini (en photo) fait figure d’exception dans l’Europe populiste.

La percée en Italie de la Lega de Matteo Salvini (en photo) fait figure d’exception dans l’Europe populiste. Image: Keystone

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Un «tsunami» populiste et europhobe sur fond d’abstention record. Voilà ce que prédisaient nombre de Cassandre à l’occasion des élections européennes. Mais les résultats de dimanche dressent un tableau très différent: la participation de 51% est historique (la plus élevée depuis 1994) et la progression de ces forces politiques est qualifiée de «vaguelette», avec seulement 20 sièges de gagnés sur un total de 751 au Parlement de Strasbourg. Voilà une progression qui paraît bien modeste, après cinq années au cours desquels le Vieux-Continent a notamment vécu une crise migratoire et des attentats terroristes. Voyez plutôt.

L’exception italienne

Manifestement, la Lega de Matteo Salvini a fait une percée impressionnante en Italie, entraînant d’importants bouleversements politiques intérieurs (lire ci-dessous). Mais la Péninsule fait un peu figure d’exception.


Lire notre édito: Le divorce inquiétant sur l'Europe


La Belgique, elle, a vu le parti d’extrême droite Vlaams Belang devenir la deuxième force politique de Flandre. Mais cela ne lui donne droit qu’à 3 députés au Parlement européen.

Stabilité à la française

En France, le Rassemblement national de Marine Le Pen arrive certes en tête, devançant d’un point La République en Marche du président Macron. Mais déjà en 2014, l’ancien Front national avait remporté le scrutin européen en France, avec un score supérieur! Au final, le parti d’extrême droite enverra à Strasbourg à peu près le même nombre de députés qu’auparavant. On aurait pu s’attendre à voir le pouvoir actuel perdre davantage de plumes après les mois de contestation des gilets jaunes.

Logique britannique

Au Royaume-Uni, le Brexit Party de Nigel Farage caracole en tête, reléguant en quatrième position les Tories de la première ministre démissionnaire Theresa May. Pour autant, il est difficile d’y voir le «tsunami» populiste que promettait le leader eurosceptique. En 2014, il avait déjà mené à la victoire sa précédente formation politique, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP).

Hongrie et Pologne persistent

En Hongrie, le Fidesz du premier ministre souverainiste Viktor Orban a engrangé plus de la moitié des voix. En Pologne, la formation au pouvoir, Loi et Justice (PiS) du conservateur nationaliste Jaroslaw Kaczynski, a également fait un joli score. Ces deux États étaient déjà en délicatesse avec l’Union européenne, qui juge peu démocratiques certaines de leurs décisions politiques. Bref, rien de nouveau.

Contre-performances à gogo

Le Parti du peuple danois, qui était sorti vainqueur des élections de 2014 avec plus de 26% des voix, est arrivé deuxième cette fois-ci avec à peine 11% des suffrages. Les démocrates suédois, eux, ont fait moins bien qu’aux législatives nationales. Les Vrais Finlandais, eux non plus, n’ont pas cartonné.

Aux Pays-Bas, le Forum de la démocratie (FvD) du populiste Thierry Baudet, pourtant annoncé en tête dans les sondages, a seulement obtenu près de 11% des voix.

L’Alternative für Deutschland (AfD) a reçu 10% des voix allemandes. Un score en recul par rapport aux élections de 2017 au Bundestag (même si le parti a remporté plusieurs régions dans l’est du pays).

En Espagne, le parti d’extrême droite Vox a fait moins bien que les 10% aux législatives d’avril.

Extrême désunion

En tout, les nationalistes et les eurosceptiques d’extrême droite occuperont plus de 170 sièges dans le nouveau parlement. C’est beaucoup, mais cela ne représente qu’un quart des députés. Pas de quoi bloquer le Législatif. Ce d’autant plus que ces forces sont très désunies. Le Britannique Farage préside le groupe de l’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD), qui ne veut pas frayer avec l’Europe des nations et des libertés (ENL) de Salvini et Le Pen. Kaczynski a arrimé la Pologne au groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), tandis qu’Orban tente de ne pas être expulsé du Parti populaire européen d’Angela Merkel. Enfin, quand les Britanniques quitteront l’Union, les députés du Brexit Party quitteront l’hémicycle strasbourgeois.


Matteo Salvini veut imposer son programme au M5S

Une ligue triomphante et un mouvement 5 Étoiles KO debout: le résultat des élections européennes a bouleversé les fragiles équilibres du gouvernement populiste vert-jaune. «La victoire de Matteo Salvini est triple, explique Lorenzo Di Sio, professeur de sciences politiques à l’université Luiss. Il a complètement inversé le rapport de force au sein de l’exécutif, 17% ligue et 32% M5S en mars 2018 contre 34% ligue et 17% M5S aujourd’hui. Il a multiplié ses voix par 1,5 au Nord, par 2 au Centre et par 3 dans le Sud. Le précédent schéma qui voyait la Ligue au Nord et le M5S au Sud a sauté. Enfin Salvini est dans une position stratégique parfaite avec plusieurs cartes à jouer.»

Plutôt que perdre son temps dans un remaniement ministériel mais fort du mandat populaire du 26 mai, le Capitaine a donc donné un mois au M5S pour exécuter le programme de la Ligue: Flat tax (un impôt unique à 15%), liaison rapide ferroviaire Lyon-Turin, durcissement de la politique migratoire, augmentation des déficits.

Autant de coups de poignards dans le dos du M5S. Le rejet de la liaison Lyon-Turin est un élément identitaire du mouvement. Luigi di Maio est pour le respect des équilibres budgétaires. La politique migratoire de Salvini est désavouée par l’aile gauche du mouvement. Mais le M5S est dos au mur. «S’il accepte les diktats de Salvini, le M5S devient un appendice de la Ligue, il perd sa base et son identité», explique Giovanni Orsina, directeur de la School of Government de la Luiss. «S’il rompt, il portera la responsabilité de la crise et il perd le pouvoir. En revanche, en s’alliant avec Fratelli d’Italia qui a obtenu 6,5%, Salvini peut faire un bloc souverainiste qui pèse 40% et tenter les élections anticipées.»

Matteo Salvini joue donc gagnant-gagnant. Travailler au flanc le M5S en le vidant de son identité ou rafler la mise en provoquant les élections. La première hypothèse n’empêchant pas de porter le coup final au moment le plus opportun. Dominique Dunglas

Créé: 28.05.2019, 18h52

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