Le raid sur l'hôpital de MSF n'est pas un crime de guerre

AfghanistanLe Pentagone a présenté un rapport d'enquête militaire après le bombardement d'un hôpital tenu par MSF à Kunduz, l'an dernier en Afghanistan.

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Quarante-deux personnes avait été tuées et 37 autres blessées dans la destruction de l'établissement médical le 3 octobre dernier dans la ville du nord de l'Afghanistan.

Vendredi, le Pentagone a présenté un rapport d'enquête militaire.

Il s'agit d'une terrible bavure pour laquelle le président Barack Obama avait présenté ses excuses.

La Défense américaine a dévoilé un rapport très attendu de 3000 pages sur le raid contre l'hôpital de Kunduz le 3 octobre 2015 (42 morts), pour lequel l'ONG française continue de réclamer une enquête internationale et qui vaut à 16 soldats américains de simples sanctions administratives et disciplinaires, plutôt que des procès en cour martiale.

Devant la presse, le général Joseph Votel, patron du commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient et l'Afghanistan (Centcom), s'est soigneusement employé à contester tout «crime de guerre» et à mettre cette tragédie sur le compte d'une succession d'«erreurs» et de «ratés».

«L'enquête a conclu que certains membres du personnel (militaire) n'avaient pas respecté les règles de l'engagement et le droit des conflits armés. En revanche, l'enquête n'est pas parvenue à la conclusion que ces erreurs constituaient un crime de guerre», a déclaré le haut-gradé.

Combinaison d'erreurs

Pour éviter que ses hommes puissent un jour être traduits devant la justice pénale américaine, le général Votel a argué du fait que «le terme de crime de guerre (était) typiquement réservé aux actes intentionnels, au fait de prendre pour cibles de manière délibérée des civils, des lieux ou des objets protégés».

Et encore une fois, a insisté le chef du Centcom, «l'enquête a déterminé que l'incident a résulté d'une combinaison d'erreurs humaines, d'erreurs dans le processus, de ratés techniques et qu'aucun des membres du personnel (militaire) ne savait qu'ils étaient en train de frapper un hôpital».

Scandale

Le 3 octobre dernier, un avion des forces spéciales américaines avait bombardé l'hôpital de MSF alors que l'armée afghane tentait de reprendre le contrôle de Kunduz, ville stratégique à l'époque aux mains des talibans.

Le drame avait fait 42 morts, dont 14 membres de l'ONG, et des dizaines de blessés. Il avait scandalisé la communauté internationale humanitaire.

Le Pentagone avait déjà avancé en novembre que ce bombardement meurtrier résultait «avant tout (...) d'erreurs humaines». Vendredi, le général Votel a encore invoqué des erreurs de communication entre l'aéronef américain AC-130 lourdement armé et les troupes qui se battaient au sol contre les islamistes talibans, à 400 mètres de l'hôpital de MSF.

Pas confiance

Mais pour l'ONG, l'armée américaine est tout bonnement coupable de «violations du droit de la guerre». Elle a encore une fois exigé l'ouverture d'une enquête «indépendante et impartiale», qui serait conduite par une «commission internationale humanitaire» afin d'établir les faits.

Sachant que «l'hôpital fonctionnait à plein régime au moment des frappes aériennes» et que «l'enquête américaine a reconnu qu'il n'y avait pas de combattants armés dans l'hôpital, (...) il est incompréhensible que l'attaque n'ait pas été annulée», a tonné MSF dans un communiqué au vitriol publié en anglais à New York.

L'ONG n'a jamais fait confiance au Pentagone pour enquêter de manière impartiale. Pas plus qu'elle ne s'est satisfaite des sanctions administratives et disciplinaires annoncées en mars contre une dizaine de militaires américains, dont un officier général.

MSF ne semble pas non plus se contenter des excuses exceptionnelles que lui avait directement et formellement présentées le président Obama juste après le raid. Le 7 octobre, il avait en effet appelé, depuis le Bureau ovale, la présidente internationale de MSF Joanne Liu.

Six mois après la drame, «le président est persuadé que cette enquête a été menée de manière objective», a commenté le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. (ats/nxp)

Créé: 29.04.2016, 21h41

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