Le référendum en Crimée n'aurait «aucune valeur juridique»

Crise en UkraineLes dirigeants des pays occidentaux du G7 sont catégoriques: le référendum sur un rattachement de la Crimée à la Russie n'aurait aucune valeur juridique.

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Un référendum en Crimée sur le rattachement à la Russie n'aurait «aucune valeur juridique», ont averti mercredi les dirigeants des pays occidentaux du G7, demandant à Moscou de cesser «immédiatement» son soutien à une telle initiative.

«Etant donné le manque de préparation adéquate et la présence intimidante des troupes russes, ce serait également un processus entaché d'irrégularités qui n'aurait aucune force morale», ajoute le G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), auquel est associée l'Union européenne

Le référendum prévu dimanche est officiellement présenté comme l'occasion pour la population de la péninsule de décider librement de son avenir. Mais dans les faits, les bulletins de vote ne prévoient pas la possibilité de voter «niet» à la mainmise de la Russie.

Les électeurs criméens, qui sont majoritairement d'origine russe, n'auront que deux possibilités lors de la consultation annoncée par le Parlement prorusse de cette république autonome de l'Ukraine le 6 mars.

Selon la présentation des bulletins de vote publiée sur le site Internet du Parlement criméen, qui s'est prononcé dès le 6 mars en faveur d'un rattachement à la Russie, les électeurs devront répondre à l'une des deux questions suivantes: «Êtes-vous pour la réunification de la Crimée avec la Russie dans le cadre de la Fédération de Russie?» et «Êtes-vous favorable au rétablissement de la constitution de 1992 et au statut de la Crimée en tant que partie intégrante de l'Ukraine?»

Plusieurs langues

Au premier abord, cette deuxième question semble offrir la possibilité de se prononcer pour le maintien de la Crimée au sein de l'Ukraine. En outre, le bulletin de vote publié sur le site web est en ukrainien, en tatar et en russe, donnant l'impression que les électeurs, y compris la minorité tatare, ont le choix.

Mais la référence au document de 1992, adopté peu après la chute de l'Union soviétique et rapidement aboli par le jeune Etat ukrainien postsoviétique, montre que non.

Rejoindre la Russie tout de suite ou plus tard

À travers cette question, la Crimée est, certes, considérée comme une entité indépendante au sein de l'Ukraine, mais avec le droit fortement affirmé de déterminer sa voie propre et de choisir ses relations, y compris avec la Russie. Cette seconde formule permettrait donc à la Crimée de rejoindre ultérieurement le giron russe, estiment les analystes.

L'option consistant à demander aux électeurs criméens s'ils souhaitent maintenir le statu quo, une région autonome partie intégrante de l'Ukraine, n'est pas prévue.

Le vote sera nul, si deux cases sont noircies ou si aucune n'est cochée. Ceux qui s'abstiendront n'auront pas d'influence sur l'issue du scrutin: le résultat ne sera calculé que sur les suffrages exprimés.

«Même s'il (le référendum) était légitime, les deux choix présentés aux électeurs criméens ne leur laissent pas la possibilité d'abandonner le contrôle russe», écrit Keir Giles, membre du cercle de réflexion londonien Chatham House.

«Le rétablissement de cette constitution (de 1992) serait une étape vers l'indépendance théorique sous contrôle russe (...) Les citoyens qui étaient satisfaits d'une Crimée faisant partie de l'Ukraine sur la même base que ces 20 dernières années n'ont pas voix au chapitre dans ce référendum. Il n'y a pas de troisième option disponible», ajoute-t-il.

Soixante ans en Ukraine

La majorité de la population de Crimée étant d'origine russe, le «da» au rattachement à la Russie a des chances de l'emporter dimanche.

Cette péninsule de la mer Noire n'est ukrainienne que depuis 60 ans. Sous domination russe pendant des siècles, elle a été cédée en 1954 à l'Ukraine par Nikita Khrouchtchev.

A Sébastopol, haut lieu de la Seconde guerre mondiale et port d'attache de la flotte russe de la mer Noire, un panneau appelle les électeurs à donner un coup d'arrêt au fascisme, laissant entendre que le référendum est un moyen d'empêcher l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite ukrainienne.

D'ailleurs à Sébastopol, Valéry Medvedev, le président d'origine russe de la commission électorale, n'a pas caché ses intentions. «Nous vivons une période historique; Sébastopol adorerait réaliser son rêve de rejoindre la Russie. Je veux faire partie de la Russie. Cela ne me gêne pas de le dire», a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Il promet que le scrutin sera honnête. Les gens n'ont à répondre qu'à une seule question, a-t-il dit, avant de se reprendre pour rappeler qu'il y avait fait en fait deux questions. «Etre avec la Russie ou être avec l'Ukraine», a-t-il précisé.

(ats/nxp)

Créé: 12.03.2014, 07h20

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