Le gouvernement renversé par un vote de défiance

RoumanieLes autorités roumaines sociales-démocrates aux commandes du pays ont été poussées dehors par un vote du parlement.

La première ministre Viorica Dancila ce 10 octobre 2019 lors de la session parlementaire.

La première ministre Viorica Dancila ce 10 octobre 2019 lors de la session parlementaire. Image: AFP

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Le gouvernement social-démocrate roumain, sur la sellette depuis plusieurs semaines, a été renversé jeudi au parlement par un vote de l'opposition. Celle-ci est mise au défi de surmonter ses divisions pour former une nouvelle majorité dans ce pays en crise politique.

Affaiblis par la rupture de la coalition avec leur allié centriste, les sociaux-démocrates se sont retrouvés isolés au parlement, lâchés par le parti de la minorité hongroise UDMR, qui avait jusqu'ici soutenu le gouvernement de Viorica Dancila. La motion de défiance de l'opposition a été adoptée par 238 élus sur un total de 465 députés.

«Incompétence», «clientélisme», «corruption» : l'opposition reprochait à l'exécutif d'avoir «raté toutes les opportunités» offertes par la forte croissance économique enregistrée en Roumanie ces dernières années et d'avoir fait du pays «l'Etat le plus vulnérable au sein de l'UE».

Vote scruté à Bruxelles

Le parti social-démocrate (PSD) était revenu au pouvoir en fanfare fin 2016. Mais une refonte controversée du système judiciaire, vivement décriée par Bruxelles et destinée selon ses détracteurs à blanchir des hommes politiques accusés de corruption, a rapidement fait chuter leur cote de popularité. Des dizaines de milliers de Roumains sont descendus dans la rue des mois durant pour «défendre l'Etat de droit», menacé selon eux par cette réforme.

«Je pars avec la conscience du devoir accompli», a toutefois lancé Mme Dancila, 55 ans, à l'issue du vote.

Le résultat du vote était attendu avec impatience à Bruxelles où la première candidate au poste de commissaire roumain a été retoquée par les eurodéputés: la future présidente de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen, souhaitait attendre de voir si Mme Dancila restait aux commandes pour se prononcer sur un nouveau candidat roumain.

L'économie inquiète

Il revient désormais au président de centre droit Klaus Iohannis de consulter les différents partis politiques avant de désigner un nouveau Premier ministre, probablement issu des rangs de l'opposition de centre-droit. «Un nouveau gouvernement qui assurera une transition ordonnée vers les prochaines élections législatives sera formé autour de vous (les Libéraux)», avait-il lancé mercredi soir, devant plusieurs centaines de membres de cette formation dont il est issu.

La tâche s'annonce toutefois ardue: les Libéraux devront composer avec d'autres formations dont les intérêts et les priorités divergent, comme le parti anti-système USR, mais aussi avec une formation de gauche issue d'une scission avec le PSD et les centristes de l'ALDE.

Pressenti pour former le futur gouvernement, le chef des Libéraux et ancien ministre des Transports Ludovic Oorban est loin de faire l'unanimité. Pro România, le parti de l'ex-Premier ministre social-démocrate Victor Ponta, plaide pour un nouveau gouvernement de gauche dirigé par un Premier ministre sans étiquette. L'USR a quant à lui annoncé qu'il ne comptait pas entrer au gouvernement, appelant en échange à des élections anticipées, un scénario difficile à mettre en oeuvre, selon les juristes.

Instabilité politique

La motion de défiance pourrait en outre avoir un impact direct sur la présidentielle dont le premier tour est prévu le 10 novembre et auquel Mme Dancila est candidate pour les sociaux-démocrates. Sa chute réduit encore ses chances d'arriver au second tour, laissant présager d'un nouveau revers cuisant pour le PSD.

En place depuis janvier 2018, le gouvernement de Mme Dancila avait été fragilisé par l'échec aux élections européennes de mai, suivi en août par la rupture de la coalition ALDE. Mme Dancila dirigeait depuis lors un gouvernement minoritaire.

Dès leur retour au pouvoir en 2016, les sociaux-démocrates avaient fait tomber deux gouvernements en l'espace de sept mois: l'homme fort de la gauche Liviu Dragnea, aujourd'hui incarcéré pour corruption, avait estimé que les Premiers ministres qu'il avait lui-même choisis ne lui étaient plus «loyaux». (afp/nxp)

Créé: 10.10.2019, 15h28

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