Le coronavirus, meilleur ami d’Orban, Netanyahou et tant d’autres

DérivesSous prétexte de lutter contre la pandémie, nombre de pays adoptent des règles d’exception qui mettent en péril la démocratie, le droit et les libertés.

En Hongrie, le nationaliste Viktor Orban voudrait pouvoir prolonger indéfiniment l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars.

En Hongrie, le nationaliste Viktor Orban voudrait pouvoir prolonger indéfiniment l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars. Image: Keystone

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Une aubaine, ce coronavirus? Pour beaucoup de leaders politiques, la pandémie est une occasion inespérée de faire taire l’opposition, de s’octroyer davantage de pouvoir ou simplement de se maintenir à la tête du gouvernement.

Carte blanche à Orban

En Hongrie, le nationaliste Viktor Orban compte faire adopter, mardi au parlement, une nouvelle loi l’autorisant à prolonger indéfiniment l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars. Le premier ministre s’octroie le droit de gouverner par décret... aussi longtemps qu’il le jugera nécessaire!

Dévoilé vendredi soir, le texte du projet de loi a de quoi inquiéter quiconque ose critiquer les autorités: «Si quelqu'un publie de fausses nouvelles ou des faits déformés qui peuvent causer de la confusion ou des troubles, il pourrait être puni d'une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison.» Rien que ça!

Or le pouvoir hongrois a déjà démontré sa tendance à vouloir museler l’opposition et la presse. En dix ans, les administrations publiques ont été mises au pas, personne n’ose plus dévier du discours officiel, déplore David Vig, qui dirige la branche hongroise d’Amnesty International. Les enseignants et les juges, par exemple, en ont fait les frais. Et ça risque d’empirer encore. «Quand l’association des médecins avertit qu’il manque du matériel de protection pour les docteurs et les infirmières, le gouvernement dénonce une tentative de chantage et une attaque politique!»

Netanyahou fait le vide

Le procès pour corruption du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devait s'ouvrir la semaine passée, le mardi 17 mars. Mais «Bibi» a été sauvé in extremis par le Covid-19. En effet, juste avant la date fatidique, le ministre de la Justice a intimé l’ordre aux tribunaux de fermer leurs portes. Celui de Jérusalem a ainsi décidé un (premier?) report du procès jusqu’à fin mai «au vu de la propagation du coronavirus et selon les instructions limitant le travail des tribunaux aux cas urgents uniquement».

Ce n’est pas tout. Par un décret d’urgence, le premier ministre a fait interrompre les difficiles tractations que menait son rival Benny Gantz pour former un nouveau gouvernement après les élections législatives organisées le 2 mars, les troisièmes en moins d’un an! Quant au nouveau parlement, il n’a plus le droit de se réunir, ce qui empêche les députés d’élaborer un texte de loi empêchant qu’un politicien inculpé puisse gouverner.

C’est «la première dictature par coronavirus», a dénoncé l’historien et philosophe Yuval Noah Harari, rendu célèbre par ses ouvrages «Sapiens» et «Homo Deus». D’autres, comme l’historien et journaliste Gershom Gorenberg, n’hésitent plus à parler de coup d'État sanitaire.

Trump à la manœuvre

Aux États-Unis, le Ministère de la justice a demandé au Congrès d’octroyer aux magistrats le droit, en période d’urgence, de détenir des personnes indéfiniment sans procès. Déjà, au nom de la lutte contre le coronavirus, le président Trump a pu renforcer les contrôles aux frontières et restreindre la voie pour les requérants d’asile. Certes, la demande faite au Congrès a peu de chances de passer la rampe, les démocrates étant majoritaires à la Chambre des représentants, mais les défenseurs des libertés s’inquiètent de voir la Maison-Blanche multiplier les tentatives d’introduire des règles d’exception.

La poigne de Duterte

Aux Philippines, le très controversé président Rodrigo Duterte, connu pour avoir promis de faire éliminer les trafiquants de drogue, a décrété il y a une semaine l’«état de calamité» pour une période de… six mois! Cela doit bien sûr permettre de débloquer des fonds spéciaux pour lutter contre l’épidémie. Mais le président a également ordonné à toutes les forces de sécurité ainsi qu’à l’armée philippine de «prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la paix et l'ordre dans les zones touchées». Toutes les mesures, y compris les plus musclées, redoutent les défenseurs des droits de l’homme.

Et tous les autres

La lutte contre l’épidémie a permis d’étouffer bien des révoltes. Algérie, Liban, Irak, Iran, Inde, Hong Kong, Bolivie… Un peu partout, l’interdiction de se rassembler a coupé l’élan de bien des mouvements de contestation. Mais d’autres régimes sont allés encore plus loin, comme l’Égypte où le correspondant du quotidien britannique «The Guardian» a perdu son accréditation après avoir critiqué la gestion du coronavirus. Ou encore comme la Jordanie qui a carrément fait fermer tous les journaux!

Créé: 26.03.2020, 11h45

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