Le Venezuela de Maduro sous pression à Genève

Amérique latineUn projet d’exclusion de la République bolivarienne du Conseil des droits de l’homme a été mis sur la table.

Le ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, a pris
la parole lundi devant le Conseil des droits de l’homme.

Le ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, a pris la parole lundi devant le Conseil des droits de l’homme. Image: Keystone

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Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, n’est pas venu à Genève. C’est son ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, qui a pris la parole lundi matin devant le Conseil des droits de l’homme. Une allocution d’une vingtaine de minutes pour rejeter en bloc toutes les accusations contenues dans le dernier rapport du haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein. Ce rapport qui détaille les crimes commis par le régime bolivarien depuis le soulèvement d’avril qui a fait plus d’une centaine de morts: «Détention arbitraire, traitements dégradants, torture…»

«Il manque de rigueur méthodologique. Il contient des accusations infondées et témoigne d’un parti pris qui outrepasse le mandat du haut-commissaire», a dénoncé Jorge Arreaza. Le mandat du Jordanien arrive à échéance en 2018 et la question de son renouvellement est en train de se poser. Caracas, qui conserve de solides appuis, fera tout pour le faire trébucher.

Une partie serrée

Mais de toute évidence, cela n’a pas eu de prise sur l’intéressé. Appelé à présenter son rapport annuel à l’ouverture des travaux du Conseil des droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein a enfoncé le clou en affirmant que son enquête «suggérait la possibilité que des crimes contre l’humanité avaient été commis» au Venezuela. A l’issue de son intervention, le haut-commissaire a eu droit à des applaudissements. Jorge Arreaza a couvert le silence pesant qui a suivi sa propre prise de parole en se faisant copieusement ovationner par la délégation qui l’accompagnait.

Une partie serrée va désormais se jouer dans les couloirs du Palais des Nations et les chancelleries. Une coalition d’ONG a mis au propre un projet de résolution demandant la création d’une commission d’enquête internationale et la suspension du Venezuela du Conseil des droits de l’homme. Les Américains et les Européens pourraient défendre ce texte ou une version aménagée. Mais compte tenu du rapport de force au sein du Conseil des droits de l’homme, les chances de voir cette résolution adoptée sont minces. Il n’y a qu’en 2011 qu’une majorité s’est dégagée. C’était pour exclure la Libye du colonel Kadhafi. Le cas du Venezuela est différent. Pour autant, rien n’est perdu.

«Nous sommes dans un monde en pleine recomposition. Les lignes bougent. Les alliances changent d’un jour à l’autre. Cette démarche va nous servir de baromètre», confie un diplomate occidental sous couvert d’anonymat. Déjà, la liste des ONG qui réclament des mesures contre le Venezuela s’étend bien au-delà des organisations traditionnellement hostiles au pouvoir bolivarien. Une grande partie de la société civile n’adhère plus au discours de victimisation du régime mis en place par Hugo Chavez. Les tiers-mondistes se prennent en pleine figure les témoignages des victimes de la répression. Difficile de nier les entraves à liberté d’expression, d’opinion ou encore à la liberté de circulation.

Rosaura Valentini est venue raconter l’arrestation le 29 août 2016 de son mari, Yon Goicoechea. Cet avocat hispano-vénézuélien, père de deux jeunes enfants, a été jeté en prison par les services de renseignements vénézuéliens et maintenu en détention malgré une décision de justice préconisant sa libération. Depuis qu’il a participé à la révolte estudiantine de 2007, il est sur la liste noire du gouvernement. «Il s’est retrouvé à l’isolement et s’est vu servir des aliments pourris à côté de soucoupes couvertes d’excréments. Les conditions de sa détention sont épouvantables», rapporte son épouse.

«J’ai osé rêver»

Depuis sa cellule, Yon Goicoechea a écrit une tribune libre publiée dans le New York Times la semaine passée. «J’ai été emprisonné parce que j’ai osé rêver d’une société démocratique, libérée du communisme et ouverte à la communauté mondiale», écrit l’opposant. Et de prévenir: «Je ne suis pas le seul qui pense de cette fa

çon. Les autres 1048 prisonniers politiques et la plupart des Vénézuéliens partagent mon rêve.»

Zair Mundaray, l’ancien directeur de l’action procédurale auprès de la procureure générale Luisa Ortega Díaz, destituée en août à la demande de Nicolas Maduro, estime que le régime a détourné la loi pour agir en toute «impunité». Le magistrat a notamment cité le cas de l’ancien commandant général de la garde nationale bolivarienne Antonio Benavides Torres, qui a été promu par le gouvernement alors qu’il est directement impliqué dans la sanglante répression de cet été.

(TDG)

Créé: 11.09.2017, 21h29

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