Le 70e anniversaire des Conventions de Genève laisse un goût amer

DiplomatieLes règles liées aux conflits armés n’ont jamais été aussi bafouées depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les Archives fédérales à Berne conservent cet exemplaire.

Les Archives fédérales à Berne conservent cet exemplaire. Image: Keystone

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Le 12 août 1949, l’adoption des Conventions de Genève, avec leurs quatre traités internationaux, marque une avancée considérable en fixant des limites à la barbarie. Ces textes protègent les personnes qui ne participent pas aux hostilités: les civils, les membres du personnel sanitaire ou d’organisations humanitaires (quatrième convention), ainsi que celles qui ne prennent plus part aux combats: les blessés, les malades et les naufragés, les prisonniers de guerre (première, deuxième et troisième conventions). Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les États s’engagent ainsi à limiter la violence en temps de guerre.

Septante ans plus tard, ce qui semblait être une avancée pour l’humanité a un goût amer. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, n’a de cesse de dénoncer «les violations tragiques du droit international humanitaire (DIH)». «Si le cadre normatif s’est renforcé, sa mise en œuvre a suivi une trajectoire inverse», déplore-t-il.

«Guerre totale»

Sur le papier, le DIH a bel et bien progressé avec des protocoles additionnels. Mais sur le terrain, c’est une autre affaire. Le conflit syrien offre un exemple extrême de ce que les civils endurent. Philippe Ryfman, spécialiste des questions humanitaires, parle «de guerre totale vouée à l’anéantissement de l’ennemi par tous les moyens, y compris celui de ne plus distinguer les populations civiles des combattants». «On ne respecte ni la dignité humaine ni la loi, et l’aide humanitaire est politisée, voire prise en otage pour des gains politiques et le contrôle des populations», constate le président du CICR, Peter Maurer.

Aujourd’hui, ceux qui portent secours aux civils sont aussi devenus des cibles. En 2018, 317 attaques contre des travailleurs humanitaires ont fait plus de 113 morts. Des convois d’aide mais aussi des hôpitaux ont été attaqués en Syrie. Totalement impuissant, le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura, a d’ailleurs fini par jeter l’éponge. Les cas de tortures, de viols et de disparitions se sont multipliés aux quatre coins de la planète, là où des conflits s’enlisent. Aux États qui bafouent les règles qu’ils ont parfois eux-mêmes portées s’ajoute l’action des groupes armés non étatiques qui agissent hors de tout cadre.

À la recherche de solutions

Et pourtant, remettre définitivement en cause les Conventions de Genève «consisterait à renoncer à ce minimum d’humanité et à tolérer un usage illimité de la violence», prévient Peter Maurer. Cette année, un collectif de 22 ONG a exhorté les membres du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU et tous les États membres de l’ONU «à prendre des mesures fermes pour renforcer la protection des civils et pour défendre les normes et les lois essentielles, afin d’assurer la protection des civils dans les conflits».

L’avenir du droit international humanitaire va faire l’objet d’un débat devant le Conseil de sécurité le 13 août, au lendemain de la date anniversaire des Conventions de Genève. La société civile pousse pour qu’on donne un coup de jeune à ces conventions et qu’on les rende ainsi «plus pertinentes». Avant de quitter ses fonctions, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait proposé que le Conseil de sécurité des Nations Unies devienne le référent de l’application du droit humanitaire pour en garantir un meilleur contrôle. Une idée à laquelle souscrit notamment la France, qui souhaite que le Conseil se mobilise «pour la préservation de ce qu’on appelle l’espace humanitaire».

S’il y a peu de chances que Donald Trump redonne force et vigueur aux textes applicables aux conflits, deux sénateurs américains – le démocrate Cory Booker et le républicain Todd Young, coprésidents du groupe de travail sur l’accès humanitaire dirigé par le Center for Strategic International Studies (CSIS) – ont présenté dernièrement une résolution stipulant que «le respect du droit international humanitaire (DIH) reste essentiel pour défendre l’humanité en guerre, protéger les personnes touchées par la guerre et éviter les souffrances». «Le pouvoir exécutif et le Congrès doivent veiller à ce que le gouvernement des États-Unis, principal donateur d’aide humanitaire susceptible de sauver des vies, n’emploie pas de mesures antiterroristes mettant en péril l’accès des personnes vulnérables aux ressources indispensables à leur survie», ont affirmé les deux auteurs du texte.

L’initiative a été saluée par le CICR, lui qui mettra le sujet sur la table en décembre prochain à Genève. La XXXIIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge aura pour thème central «le respect et l’application du droit international humanitaire».

Créé: 11.08.2019, 18h38

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