La guerre entre Russie et la Géorgie a 10 ans

Les deux pays s'affrontaient quelques jours en août 2008 pour le contrôle de l'Ossétie du Sud.

Le 8 août, chars, blindés légers et transports de troupes russes entrent massivement en Ossétie du Sud pour «défendre ses citoyens», la grande majorité des Ossètes ayant un passeport russe.

Le 8 août, chars, blindés légers et transports de troupes russes entrent massivement en Ossétie du Sud pour «défendre ses citoyens», la grande majorité des Ossètes ayant un passeport russe.

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En août 2008, il y a dix ans, la Russie et la Géorgie s'affrontent brièvement pour le contrôle de l'Ossétie du Sud, une petite république séparatiste géorgienne pro-russe, dont Moscou reconnaîtra l'indépendance.

L'Ossétie du Sud est, tout comme l'Abkhazie, une région séparatiste pro-russe du Caucase. Elle s'est déclarée indépendante de la Géorgie au lendemain de la chute de l'Union soviétique au début des années 1990 et a défendu par les armes cette indépendance auto-proclamée.

En avril 2008, la Russie annonce le renforcement de ses liens avec les deux provinces rebelles, provoquant la colère de Tbilissi. Tbilissi accuse Moscou de chercher à annexer l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, tandis que les ambitions atlantistes et européennes de la Géorgie exaspèrent les Russes. La situation ne cesse de s'aggraver dans ces deux régions en proie presque quotidiennement à des violences.

Troupes russes en Géorgie

Dans la nuit du 7 au 8 août, l'armée géorgienne lance une offensive pour reprendre en main l'Ossétie du Sud dont elle bombarde la capitale Tskhinvali. La riposte de la Russie est instantanée.

Le 8 au matin, chars, blindés légers et transports de troupes russes entrent massivement en Ossétie du Sud pour, selon la Russie, «défendre ses citoyens», la grande majorité des Ossètes ayant un passeport russe. Les Russes bombardent les positions géorgiennes autour de la capitale sud-ossète mais aussi la ville de Gori, en Géorgie.

Un nouveau front s'ouvre le 9 avec une offensive des forces abkhazes pro-russes destinée à reprendre les gorges de Kodori, seule région de l'Abkhazie sous contrôlée géorgien. Le 10 août, Tskhinvali est sous contrôle de l'armée russe. La Géorgie annonce un retrait de ses forces d'Ossétie du Sud et un cessez-le-feu.

«Nettoyage ethnique»

Le lendemain, des bombardements russes ciblent Gori, le port de Poti sur la mer Noire, et la banlieue de Tbilissi. La Géorgie accuse les Russes d'occuper la «majeure partie» de son territoire. Des images de soldats russes triomphants, dressés dans la tourelle de leur char ou brandissant des drapeaux à la portière de leur camion sur le sol géorgien font le tour du monde.

Nombre de villages géorgiens dans les provinces rebelles seront vidés de leur population, les habitants s'étant enfuis ou ayant été arrêtés par les milices séparatistes, leurs maisons détruites ou brûlées. Un rapport d'enquête de 2009 commandé par l'UE parlera d'«indications sérieuses» montrant que des Géorgiens de souche ont été victimes de «nettoyage ethnique», avec l'aval tacite des forces armées russes.

Les Européens à la manoeuvre

Les pays européens, unanimes à vouloir éteindre le brasier du Caucase, condamnent l'intervention russe tout en marquant leurs distances avec l'offensive de Tbilissi. Le 12 août, le président français Nicolas Sarkozy négocie, au nom de l'Union européenne, un accord de cessez-le-feu entre Moscou et Tbilissi. Le 15, le président géorgien Mikheïl Saakachvili signe l'accord de paix avec Moscou, suivi le 16 par le président russe Dmitri Medvedev.

Le 26 août, la Russie reconnaît l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. A l'unisson des Occidentaux, le président américain George W. Bush, allié numéro un de Tbilissi face à Moscou, appelle le Kremlin à «reconsidérer cette décision irresponsable». Le 29 août, Tbilissi rompt ses relations diplomatiques avec Moscou.

En octobre, les forces russes achèvent leur retrait de Géorgie, excepté les deux régions séparatistes, représentant environ 20% de la totalité du territoire géorgien. Moscou y maintiendra jusqu'à aujourd'hui des milliers de soldats. Elle signe, en 2015, une série d'accords avec l'Ossétie du Sud lui permettant d'étendre son contrôle sur ce territoire de 50'000 habitants pour quelque 3800 km2.

Enquête de la CPI

Après le conflit, l'UE déploie une mission de surveillance, forte de 225 observateurs civils, le long des régions séparatistes. A l'été 2015, l'Otan inaugure en grande pompe un centre d'entraînement à Krtsanissi, près de Tbilissi au grand dam de Moscou qui dénonce une «provocation».

Début 2016, la Cour pénale internationale (CPI) ouvre une enquête sur ce conflit qui a fait quelque 800 morts, selon les bilans officiels établis par les différentes parties, et plus de 120'000 déplacés. La procureure de la CPI Fatou Bensouda affirme avoir des preuves que des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre avaient été commis, de chaque côté. (ats/nxp)

Créé: 06.08.2018, 09h03

Prélude à la crise ukrainienne

Six ans plus tard, dans une autre ex-république soviétique, la Russie annexe la péninsule ukrainienne de Crimée en réaction à l'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev à l'hiver 2014. Elle soutient politiquement une insurrection prorusse dans l'est du pays, qui se transformera en conflit armé ayant fait plus de 10.000 morts. S'il n'y a pas d'invasion déclarée de l'armée russe, Kiev et les Occidentaux accusent Moscou d'assister militairement et financièrement les rebelles, qui ont instauré deux républiques séparatistes dans l'Est, ce que Moscou a toujours nié farouchement.

L'Europe et les Etats-Unis, qui avaient réagi prudemment à la guerre russo-géorgienne, condamnent cette fois avec véhémence les actions de Moscou et instaurent de dures sanctions économiques à son encontre.

En Géorgie comme en Ukraine, l'objectif de Moscou était d'arrêter par tous les moyens la marche de ces pays vers l'Otan. L'éventualité est inenvisageable pour la Russie, qui n'a eu de cesse depuis la dissolution de l'URSS de dénoncer la volonté de l'Alliance atlantique de s'élargir à ses frontières.

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