La course des septuagénaires démocrates à la Maison Blanche

USAL’ex-maire de New York, Bloomberg, est entré lundi dans une campagne présidentielle qui s’est muée en bataille de septuagénaires.

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Michael Bloomberg a entamé lundi en Virginie sa campagne présidentielle pour la Maison-Blanche en position de dauphin. À 77 ans, le milliardaire new-yorkais est le deuxième candidat le plus âgé derrière Bernie Sanders, le sénateur du Vermont, qui vient de fêter son 78e anniversaire en septembre. Les deux hommes sont talonnés de près par l’ancien vice-président Joe Biden, qui a soufflé ses 77 bougies le 20 novembre. Elizabeth Warren, 70 ans, vient compléter ce groupe de septuagénaires démocrates qui rêvent de défier Donald Trump, lui-même âgé de 73 ans, en novembre 2020 pour la présidence.

Pete Buttigieg, 37 ans, est le seul à pouvoir s’inviter dans cette bataille de vétérans de la politique américaine. Le maire homosexuel de South Bend, dans l’Indiana (centre des États-Unis), a pris la tête des sondages dans l’Iowa, le premier État à se prononcer pour l’investiture démocrate à la présidentielle en février prochain. Meeting électoral après meeting électoral, Buttigieg aime rappeler aux électeurs de l’Iowa qu’il n’était au début de sa campagne qu’un «jeune candidat avec un drôle de nom».

«Sleepy Joe»

Ironie de cette course à la Maison-Blanche, un sondage publié cette semaine dans le New Hampshire, le second État à se prononcer après l’Iowa, révèle que Buttigieg a la cote chez les 65 ans et plus qui commencent à lâcher Joe Biden. L’ancien vice-président a projeté une image de candidat hésitant et gaffeur lors des débats démocrates. Ses prestations ont suscité des questions sur son âge et sur sa capacité à défier Donald Trump. Ce dernier, qui veille à projeter l’image d’un homme viril et débordant de vitalité malgré ses 73 ans et une récente visite à l’hôpital, ne cesse d’ailleurs d’affubler Joe Biden du sobriquet «Sleepy Joe» (Joe l’endormi).

Un article publié ce mois-ci dans le magazine «The Atlantic» offre une autre version des problèmes de Joe Biden en campagne. L’ancien vice-président lutte contre le bégaiement depuis qu’il est enfant. Dans l’article, il parle de son adolescence et de sa hantise de lire à haute voix en classe. «Je mémorisais, car je trouvais plus simple de mémoriser que de regarder la page et de lire le mot», explique-t-il. «Je faisais semblant de lire.»

Ce handicap nourrit les doutes des électeurs démocrates sur son âge à l’approche des premiers caucus de l’Iowa. Pour lutter contre cette image, Joe Biden monte sur la scène de ses meetings au pas de course et roule des mécaniques face à Donald Trump. «Nous devons battre cet homme», avait lancé Joe Biden aux militants démocrates réunis au début du mois à Des Moines pour un traditionnel gala du parti qui sert de répétition générale avant les élections. «Je vais l’écraser. Et il le sait.»

Battre Trump

Les supporters de Joe Biden affirment ne pas se préoccuper de son âge. «Nous avons besoin d’un retour à la normalité, et il est le seul qui serait prêt à gouverner dès le premier jour», assure Sara Riley, une électrice de Cedar Rapids, dans l’Iowa. «Ma priorité numéro un est de battre Donald Trump, et Joe et le candidat le plus fort.»

Les adversaires septuagénaires de Joe Biden ne cessent eux aussi de projeter leur vitalité. Elizabeth Warren a annoncé sa candidature en buvant une bière et conclut ses meetings en prenant des selfies avec ses supporters. Victime d’une récente attaque cardiaque, Bernie Sanders fait une campagne soutenue. Il s’affiche régulièrement avec des superstars comme Ariana Grande, la chanteuse pop de 26 ans, ainsi que les rappeurs Killer Mike et Cardi B. Il a aussi reçu le soutien d’Alexandria Ocasio-Cortez, l’élue de 30 ans qui incarne la relève du Parti démocrate.

«À 77 ans, Joe Biden est le troisième plus vieux candidat pour les primaires démocrates», explique Brian Klaas, un professeur assistant de politique à l’University College de Londres et un éditorialiste au «Washington Post». «Pete Buttigieg a quarante ans de moins que Biden. Cette différence entre les deux montre que l’âge n’est pour l’instant pas un facteur déterminant dans cette campagne. Ce qui unit les démocrates, c’est leur volonté de battre Donald Trump. À terme, il se pourrait que l’âge devienne un fardeau si des doutes persistent. Mais c’est aussi valable pour l’inexpérience d’un candidat comme Pete Buttigieg. Au final, les électeurs opteront pour le candidat ou la candidate qui a le plus d’endurance pour battre Donald Trump. Et ce n’est pas forcément le plus jeune.»


«Difficile d’incarner la jeunesse après Barack Obama»

Comment expliquer la domination des septuagénaires dans cette campagne?

Pendant longtemps, les présidents américains étaient âgés, car cette fonction était l’aboutissement d’une carrière. Mais historiquement, les démocrates ont souvent privilégié de jeunes candidats, contrairement aux républicains. Surtout depuis John F. Kennedy, devenu un mythe. Sa jeunesse correspondait au progressisme social que défendait le parti. Les deux étaient liés. Et après JFK, chaque candidat démocrate s’est présenté en nouveau Kennedy. Jimmy Carter, Bill Clinton et Barack Obama étaient tous des quadras. Ils tendaient un miroir flatteur aux Américains. Leur modernité passait par leur jeunesse physique. Or aujourd’hui, les candidats démocrates les plus progressistes sont aussi parmi les plus âgés.

Est-ce dû à l’âge de leur adversaire, Donald Trump?

Non, cela tient davantage au fait que les campagnes présidentielles sont de plus en plus coûteuses. Il faut des réseaux solides pour gagner une campagne. Une autre raison tient à la personnalité de Barack Obama. Il a créé une sorte de trou d’air chez les démocrates. Difficile après lui d’incarner une telle jeunesse. Il y a des élus prometteurs, comme Alexandria Ocasio-Cortez (30 ans), mais elle est encore trop jeune.

Vu d’Europe, l’âge avancé des principaux candidats peut surprendre!

Il ne faut pas oublier qu’à part Joe Biden, la plupart de ces candidats sont perçus comme des outsiders, comme l’était Trump lorsqu’il s’est présenté pour la première fois. Ce ne sont pas de «vieux politicards» en bout de course.

Le jeune âge de Pete Buttigieg est-il un handicap dans cette primaire?

Son problème majeur n’est pas son âge mais son inexpérience. La difficulté est de réunir la jeunesse de corps, la modernité et l’expérience. L’élection présidentielle est un rapport de force. Donald Trump l’a bien compris, il attaque ses adversaires sur leur corps, leur taille, leur énergie. Le président est persuadé d’incarner la perfection du corps, de la vitalité, de la virilité et de l’expérience. Malika Nedir

Créé: 26.11.2019, 23h05

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