L'anesthésiste saura mercredi s'il reste libre

BesançonLe médecin anesthésiste P. est actuellement en liberté alors qu'il est soupçonné de 24 empoisonnements. La cour d'appel de Besançon décidera cette semaine si il peut rester libre ou mis en détention.

Le parquet de Besançon veut voir l'anesthésiste (photo) «empoisonneur» derrière les barreaux.

Le parquet de Besançon veut voir l'anesthésiste (photo) «empoisonneur» derrière les barreaux. Image: AFP

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Le Docteur P. peut-il rester libre en dépit des 24 empoisonnements dont il est soupçonné? C'est la question sur laquelle se penchera mercredi la cour d'appel de Besançon, alors que le parquet veut voir l'anesthésiste de 47 ans derrière les barreaux.

De nouveau mis en examen à la mi-mai pour 17 empoisonnements, portant à 24 le nombre de cas suspects, dont neuf mortels, Frédéric P. était une nouvelle fois ressorti libre du palais de justice bisontin, soumis à un strict contrôle judiciaire.

Comme depuis 2017 et sa première mise en examen pour sept premiers cas d'empoisonnement, le médecin, auparavant très réputé localement, reste interdit d'exercer sa profession. Mais il a aussi interdiction de se rendre à Besançon ou dans la commune proche où il résidait et habitent désormais chez ses parents, près de Poitiers.

«Emballement judiciaire»

Une dérogation lui sera accordée pour mercredi puisque, convoqué par la justice, il sera «en principe» présent à l'audience, selon l'un de ses avocats, Me Randall Schwerdorffer.

L'audience, qui se tiendra probablement à huis clos, portera sur la seule question de la liberté ou de la détention et non sur le fond du dossier.

D'un côté, les avocats de la défense, qui n'ont cessé de mettre en garde contre un «emballement judiciaire» dans cette affaire très médiatique et de faire valoir le manque de preuves, réclameront le maintien en liberté de leur client qui clame son innocence et dénonce un coup monté.

De l'autre, le ministère public, qui considère que le Dr P. est «le dénominateur commun» des 24 cas d'empoisonnements survenus entre 2008 et 2017 et a relevé un «faisceau d'éléments concordants», demandera son placement sous mandat de dépot, invoquant le trouble à l'ordre public.

Présence de victimes supposées

Les victimes présumées, âgées de 4 à 80 ans, ont toutes fait des arrêts cardiaques, fatals dans neuf cas, à l'occasion d'opérations chirurgicales sans difficultés particulières.

Selon l'enquête, ces «événements indésirables graves» (EIG), comme les désigne le milieu médical, auraient été causés par la pollution volontaire «de poches de soluté de réhydratation ou (...) de paracétamol avec des anesthésiques locaux ou du potassium».

Les enquêteurs estiment que le Dr P. cherchait à provoquer des complications chez les patients de ses collègues pour les réanimer ensuite et apparaître en sauveur.

Les avocats du médecin ne manqueront pas de souligner que depuis 2017, Frédéric P., est resté à la disposition de la justice.

Mais pour le parquet de Besançon, il ne fait aucun doute que le médecin doit désormais être placé en détention provisoire le temps de l'instruction qui se prolongera encore pendant des mois, voire des années, et pourrait aboutir à un procès aux assises.

Les victimes présumées de l'anesthésiste n'ont plus guère de doutes aussi. «On ne souhaite pas qu'il reste libre», explique Sandra Simard, vice-présidente d'Avapolvi, une association qui regroupe la plupart d'entre elles ou leurs proches. Cette femme de 38 ans a passé cinq jours dans le coma début 2017 à l'occasion d'une opération du dos et en conserve des séquelles cognitives.

«Violations du contrôle judiciaire»

«Il demande à garder sa liberté, mais au vu de tous les cas ajoutés aux sept premiers cas, on estime qu'il n'y a plus beaucoup de doutes sur sa culpabilité», explique Mme Simard, pour qui il sera «important» d'être présente à l'audience mercredi, aux côtés d'autres victimes.

«Le Docteur P. profite de la liberté pour nuire au bon déroulé de l'instruction», argumente l'un des avocats des parties civiles, Me Frédéric Berna, qui entend mettre en exergue des «violations du contrôle judiciaire». Pour l'avocat, «P., c'est un mensonge et une manipulation permanents».

Également partie civile, la clinique Saint-Vincent, où pratiquait l'anesthésiste, devrait aussi être représentée par son avocat. En revanche, le Syndicat national des anesthésistes-réanimateurs de France (Snarf), qui vient de se constituer partie civile, ne sera pas représenté mercredi. (afp/nxp)

Créé: 10.06.2019, 07h29

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