L’ONU se penche enfin sur le fléau des superbactéries

Santé Des dirigeants du monde entier ont abordé ce mercredi le problème des bactéries résistantes aux antibiotiques. Une première

La moitié des viandes de bœuf, poulet, porc et dinde vendues dans les grandes surfaces américaines contient des germes multirésistants, selon une étude publiée dans <i>Clinical Infectious Diseases</i> en 2011.

La moitié des viandes de bœuf, poulet, porc et dinde vendues dans les grandes surfaces américaines contient des germes multirésistants, selon une étude publiée dans Clinical Infectious Diseases en 2011. Image: EPA

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Enfin! Réunis ce mercredi à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU – où les problématiques de santé sont rarement évoquées – des dirigeants du monde entier ont abordé la question des bactéries résistantes aux antibiotiques. Il y avait urgence. «Le problème est connu des professionnels de la santé depuis longtemps et pourtant il ne fait que s’aggraver», souligne le professeur Stephan Harbarth, du Service prévention et contrôle de l’infection des HUG.

10 millions de décès en 2050

Chaque année, plus de 700 000 personnes meurent après contagion par un microbe contre lequel nos traitements n’ont plus d’effet. Et si rien n’est fait, l’antibiorésistance pourrait causer 10 millions de décès par an d’ici à 2050. Dans un rapport publié en 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme: «Sans action urgente et coordonnée, le monde se dirige vers une ère post-antibiotique, dans laquelle des infections banales ou des blessures mineures pourraient à nouveau tuer.»

Comment en est-on arrivé là? «La découverte des antibiotiques dans les années 30 a permis de guérir de nombreuses maladies jusque-là incurables, comme la tuberculose ou la peste, rappelle Didier Pittet, médecin-chef du Service de prévention et contrôle de l’infection des HUG. Mais leur utilisation massive et parfois à mauvais escient a généré une pression sur les germes, qui ont développé des systèmes de défense. Ponctuelles au départ, ces résistances sont devenues massives et préoccupantes.» En Italie, par exemple, le germe Klebsiella pneumoniae, responsable d’infections pulmonaires, était insensible aux antibiotiques de dernier recours dans 26,7% des cas en 2011, contre 1,3% en 2009.

Trop des vœux pieux

La situation s’avère néanmoins très contrastée selon les pays: «En Inde, le problème des résistances est critique, poursuit Stephan Harbarth. En Suisse, il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles. Par exemple, les staphylocoques multirésistants, qui ont sévi des années à l’hôpital, sont en chute libre. En revanche, les entérobactéries multirésistantes sont en hausse. Mais, de manière générale, les superbactéries qui arrivent ici sont très rares et souvent rapportées par des personnes revenant de voyage.»

Ce n’est pas le cas partout. En Chine, en Russie et en Europe de l’Est, où l’on observe de gros foyers de résistance, le manque de médicaments efficaces constitue déjà un problème majeur. «Dans ce contexte, c’est une bonne nouvelle que l’ONU s’y intéresse, souligne Stephan Harbarth. Cela démontre une prise de conscience globale.»

Dans l’agenda politique

Les dirigeants présents à l’ONU devraient s’engager à renforcer l’encadrement des antibiotiques, à mieux diffuser la connaissance sur ce phénomène et à encourager les traitements alternatifs, selon un texte provisoire diffusé ce mercredi. Suffisant? «Ce type de réunion produit beaucoup de vœux pieux et de belles déclarations d’intention, mais sur le terrain ça ne suit pas, déplore un spécialiste du domaine. A cause des problèmes budgétaires actuels, l’OMS – qui a fait de l’antibiorésistance une priorité – n’arrive pas à financer les projets dédiés.»

«On peut se moquer de l’ONU et des grandes institutions, mais le fait qu’elles évoquent le sujet place les superbactéries au centre de l’agenda politique, rétorque Stephan Harbarth. C’est déjà très positif. Cela signifie que les choses avancent.»

Mais il faudra aller plus loin. Certains experts estiment ainsi que le marketing des «big pharmas» sur les antibiotiques devrait être limité, afin de diminuer leur utilisation. Une possibilité non évoquée par l’ONU. Par ailleurs, la moitié des antibiotiques produits dans le monde n’est pas destinée aux humains mais… aux animaux. Résultat: selon une étude publiée dans Clinical Infectious Diseases en 2011, la moitié des viandes de bœuf, poulet, porc et dinde vendues dans les grandes surfaces américaines contient des germes multirésistants. Un phénomène qui n’épargne pas la Suisse. Pour lutter contre ce fléau, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé le 14 septembre un plan d’action, afin d’aider les gouvernements à mettre en place des stratégies nationales d’ici à la mi-2017.

Créé: 21.09.2016, 20h48

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