L’Inde ébranlée suite au meurtre d’un intellectuel

ViolenceHaï par les extrémistes de sa propre secte hindoue, Malleshappa Kalburgi critiquait le culte des idoles.

Dharwad, le 31 août 2015. Procession funéraire pour le Dr Malleshappa Kalburgi.

Dharwad, le 31 août 2015. Procession funéraire pour le Dr Malleshappa Kalburgi. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’Inde est sous le choc. Dans la démocratie la plus peuplée du monde, les milieux académiques s’insurgent après l’assassinat d’un intellectuel particulièrement remuant, le Dr. Malleshappa Kalburgi, 77 ans, célébrissime professeur et écrivain de la ville de Dharwad, qui est le centre de la vie intellectuelle de l’Etat du Karnataka, dans le sud-ouest du pays.

Dimanche déjà, des manifestations ont éclaté pour dénoncer le meurtre, le matin même à son domicile, de celui qui dénonçait le culte des idoles dans l’hindouisme et la superstition en général. Mais ce lundi, alors que des universitaires ébranlés et angoissés assistaient à ses funérailles, des mouvements d’extrême droite se réjouissaient sur les réseaux sociaux de cette mise à mort.

Assassins à moto

Les assassins du professeur Kalburgi sont, semble-t-il, arrivés à moto devant chez lui. L’un des deux hommes a frappé à la porte et s’est fait passer pour un étudiant. A l’intérieur, après une brève conversation avec l’ancien vice-recteur de l’Université Kannada du Karnataka, il l’a abattu par balles puis s’est enfui sur la moto qui l’attendait.

Le professeur était un expert du vachana, sorte de poésie rituelle en langue kannada liée à la communauté Lingayats, dont il était lui-même issu. Il avait le don de provoquer l’ire de ses coreligionnaires par son interprétation libérale des textes sacrés et ses sarcasmes contre l’orthodoxie. Avec des implications politiques aussi, puisque cette communauté qui ne représente que 12 à 14% de la population de cet Etat, forme une caste dominant le pouvoir.

Protection policière levée

Dans le passé, le Dr. Kalburgi avait été placé sous protection policière après des menaces de mort de la part d’extrémistes hindous. Mais cette mesure a été levée à sa demande, afin de ne pas se couper de ses confrères et du public.

Son meurtre en rappelle un autre: il y a deux ans, Narendra Dabholkar, un intellectuel du même courant de pensée, a été abattu durant sa promenade matinale à Pune, dans l’ouest. Personne n’a jamais été condamné. Plus tôt cette année, l’auteur tamoul Perumal Murugan a, lui, annoncé sur Facebook qu’il n’écrirait plus une ligne de sa vie, suite aux menaces proférées après la publication de son roman Madhorubhagan.

Autant dire que les Indiens commencent à trembler pour leur liberté d’expression.

(TDG)

Créé: 31.08.2015, 20h27

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Harcèlement: la parole des femmes se libère
Plus...