L’Allemagne plongée dans une crise politique majeure

MondeSuite à l’échec des négociations pour former un gouvernement, le pays se dirige vers de nouvelles élections. Angela Merkel est fragilisée.

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Une confusion totale régnait lundi à Berlin. Suite à l’échec de la coalition de Merkel avec les libéraux et les écologistes, personne n’était en mesure d’imaginer une sortie de crise. Après un mois de longues négociations, tous les politologues ont été surpris par la rupture brutale des négociations. «Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de scénario», reconnaît Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin.


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Alors qu’on pensait que les conservateurs et les écologistes allaient trouver un terrain d’entente dimanche soir sur la politique de l’asile, les libéraux (FDP) ont brutalement mis fin à la réunion. On soupçonne le chef du FDP, Christian Lindner, d’avoir préparé ce «coup» politique dès le départ pour des raisons électoralistes. «Son communiqué de presse était déjà imprimé dans sa mallette avant la réunion», assure Jürgen Trittin, négociateur des écologistes. «À chaque fois qu’un accord se dessinait, on sentait les libéraux paniquer de peur que la coalition ne réussisse», a ajouté Anton Hofreiter, président du groupe parlementaire des Verts.

«Nous étions sur la dernière ligne droite», a insisté Angela Merkel qui fait porter toute la responsabilité de cet échec à son ancien allié (2009-2013). Dans les derniers jours, Christian Lindner n’avait cessé de surenchérir contre l’asile et le regroupement familial comme s’il voulait faire échouer l’accord. «Le FDP a dévoilé cette fois son vrai visage: celui d’un parti d’extrême droite «light», estime Gero Neugebauer.

Pour former un gouvernement, Merkel ne peut plus compter sur le Parti social-démocrate (SPD). Bien qu’ils se soient très bien entendus avec elle lors de la législature précédente (2013-2017), les sociaux-démocrates n’imaginent pas un retour au pouvoir après leur débâcle électorale du 24 septembre. «Le SPD veut garder sa crédibilité», insiste Gero Neugebauer. Les électeurs ont sanctionné la «grande coalition», estime la direction du parti. «Une telle option est exclue», a répété hier Martin Schulz, le président du SPD. «Nous ne sommes pas la roue de secours du carrosse branlant de Mme Merkel», a ajouté Thorsten Schäfer-Gümbel, le vice-président du parti.

L’extrême droite jubile

Angela Merkel pourrait éventuellement se fait réélire chancelière dans un gouvernement minoritaire à l’Assemblée fédérale (Bundestag). Mais elle a rejeté ce scénario. On se dirige donc vers de nouvelles élections au début de l’année prochaine avec un gouvernement qui ne devrait pas voir le jour avant Pâques.

«Il est difficile de savoir aujourd’hui quel parti politique sera sanctionné dans les urnes après cet échec», concède le politologue Gero Neugebauer. Selon les sondages, le rapport des forces ne devrait pas changer. «L’extrême droite est sortie gagnante de cette crise», estime la politologue Andrea Römmele, de Hertie School of Governance de Berlin. L’AfD (Alternative pour l’Allemagne) se voit confirmer dans ses attaques contre «l’inertie des partis établis». «Il est temps que Merkel s’en aille», a répété Alexander Gauland, chef du groupe parlementaire de l’AfD. Le parti anti-islam espère profiter des nouvelles élections pour améliorer son score de septembre (12,6%). Malgré cette crise politique majeure, unique dans l’histoire du pays depuis 1949, l’Allemagne restera gouvernée par la chancelière malgré des pouvoirs réduits.

Merkel menacée

«Je ferai tout pour que ce pays soit dirigé correctement au cours de ces semaines difficiles qui s’annoncent», a assuré Angela Merkel. «Certes, le gouvernement est limité dans son action. Mais l’économie tourne à plein régime et nous n’avons pas de conflit intérieur grave. D’autres pays ont été dirigés durant des mois sans gouvernement. L’Allemagne arrivera à surmonter cette crise jusqu’à Pâques», rassure Gero Neugebauer. Aucun mouvement de panique n’était d’ailleurs observé sur les marchés financiers.

Tout le monde s’accorde néanmoins à dire que la carrière politique de la chancelière touche à sa fin. La question étant désormais de savoir qui va la remplacer à la tête du Parti chrétien-démocrate (CDU)? Aucun prétendant ne semble à la hauteur pour le moment. Lundi soir, elle a assuré être prête à représenter. (TDG)

Créé: 20.11.2017, 20h55

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