Juan Guaidó est reconnu par une quarantaine de pays, mais pas la Suisse

VenezuelaBerne est prêt à offrir ses bons offices, pas à reconnaître officiellement Juan Guaidó comme président par intérim.

Juan Guaidó.

Juan Guaidó. Image: EPA

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Le chef du Département fédéral des affaires étrangères, Ignazio Cassis, est à Washington ce jeudi. Après avoir rencontré le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, le magistrat libéral-radical tessinois s’entretiendra avec son homologue américain, le secrétaire d’État Mike Pompeo. Au menu des discussions: la question du libre-échange et les grands dossiers de politique étrangère comme la situation au Venezuela. Alors qu’une quarantaine de pays, emmenés par les États-Unis, reconnaissent désormais le jeune politicien de 35 ans Juan Guaidó comme «président par intérim» du Venezuela, Berne joue la retenue. «La Suisse ne reconnaît en principe que des États, pas des gouvernements», a précisé Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole au DFAE.

Un gazouillis sème le trouble

Un tweet de l’ambassadeur suisse Bénédict de Cerjat, chef de la division Amériques du Département fédéral des affaires étrangères à Berne, a toutefois semé le trouble: «La Suisse considère l’Assemblée nationale comme légitime à la suite des élections démocratiques de 2015, ainsi que son président nouvellement élu Juan Guaidó (ndlr: Juan Guaidó a été élu le 5 janvier dernier à la tête du parlement vénézuélien). Leurs libertés et leurs pouvoirs doivent être respectés et leur sécurité garantie», a-t-il écrit sur son compte le 24 janvier dernier. En 2016, Bénédict de Cerjat était l’ambassadeur de Suisse au Venezuela. Caracas l’avait déclaré «persona non grata», pour avoir relayé un article critique sur le régime sur son compte Twitter. Le diplomate avait dû quitter le pays dans les vingt-quatre heures.

Pour Pierino Lardi, le représentant des Suisses de l’étranger au Venezuela interviewé par Swissinfo.ch à propos de cette déclaration de Bénédict de Cerjat: «La question de savoir s’il s’agit ou non d’une reconnaissance officielle du nouveau gouvernement peut être discutée, mais l’ambassadeur ne l’a certainement pas fait sans consulter le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis. La Suisse s’inscrit donc dans la lignée des réactions des États-Unis, du Canada et de la quasi-totalité des pays voisins du Venezuela.»

Reconnaissance en cascade

Washington a reconnu Juan Guaidó le 23 janvier, le jour où le jeune opposant s’est proclamé «président en exercice». Le Canada, l’Australie, Israël, la Géorgie et l’Islande lui ont aussitôt emboîté le pas, ainsi qu’une dizaine de pays d’Amérique latine: Brésil, Colombie, Argentine, Chili, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panama, Paraguay et Pérou. L’Uruguay et le Mexique ont adopté une «position neutre vis-à-vis du Venezuela».

L’Europe divisée

Le 31 janvier, le Parlement européen l’a à son tour reconnu, appelant tous les pays de l’UE à faire de même. C’est ce qu’ont fait 21 nations après le refus de Nicolas Maduro de céder à un ultimatum le sommant de convoquer une présidentielle anticipée: l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Suède. L’Italie, la Slovaquie, la Grèce et la Norvège ne reconnaissent pas officiellement Juan Guaidó, mais appellent à de nouvelles élections.

«Ingérences étrangères»

Pour l’heure, «la Suisse suit attentivement et avec inquiétude les événements au Venezuela», a précisé Pierre-Alain Eltschinger, tout en soulignant que ce pays latino-américain accusait depuis plusieurs années «de sérieuses lacunes en matière de démocratie, d’État de droit, de séparation des pouvoirs et de droits de l’homme». Le DFAE appelle «les parties en présence à faire preuve de retenue et à résoudre la crise politique dans le respect de la Constitution». Un appel également destiné au gouvernement du dirigeant chaviste Nicolas Maduro, soutenu par la Russie, la Chine, Cuba, la Bolivie, la Corée du Nord, l’Iran et la Turquie, qui dénoncent les «ingérences étrangères» et accusent les États-Unis d’orchestrer un coup d’État. (TDG)

Créé: 07.02.2019, 16h26

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