Ils paient parfois le prix du sang pour leurs terres

Droits humainsUn rapport dénonce la lourde répression dont sont victimes les défenseurs du droit à la terre dans le monde.

Manifestation contre des expulsions au Cambodge.

Manifestation contre des expulsions au Cambodge. Image: Reuters

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Le 25 novembre, le Vénérable Luon Sovath, moine cambodgien luttant contre les expropriations forcées, a été inculpé pour incitation à une manifestation antigouvernementale par la justice de son pays. Il encourt une peine de deux ans de prison, s’il est reconnu coupable. Ce défenseur du droit à la terre recevait des mains de Micheline Calmy-Rey le Prix Martin Ennals des droits de l’homme à Genève en 2012. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme s’est saisi de ce récent cas de harcèlement judiciaire. Cette forme de répression est un des chapitres de son dernier rapport consacré aux défenseurs du droit à la terre.

«Parmi toutes les catégories de militants des droits de l’homme, ceux qui luttent contre l’accaparement des terres sont les plus nombreux à être victimes d’assassinat et d’exécution extrajudiciaire», souligne Alexandra Poméon O’Neill, coauteur du rapport 2014 de l’Observatoire, qui associe la Fédération internationale des droits de l’homme et l’Organisation mondiale contre la torture.

Depuis janvier 2011, l’Observatoire a documenté 43 meurtres de personnes luttant pour conserver leurs terres et 106 cas de harcèlement à l’encontre de 282 personnes et 19 ONG, engagées dans ce combat inégal. Pour 32 autres groupes, ce harcèlement a pris un tour judiciaire.

«Depuis 2007, on assiste dans le monde entier à une accélération sans précédent de la concurrence pour s’accaparer des terres afin d’y réaliser d’importants investissements», écrivent les auteurs du rapport. «Chaque année, des milliers de petits paysans sont victimes d’expropriations, d’expulsions ou de déplacements forcés. La récente intensification de la demande de terres arables a porté sur plus de 50 millions d’hectares, loués ou vendus à des investisseurs du monde entier, privés ou étatiques», explique l’Observatoire. Pour deux tiers, ces transactions concernent des projets agroalimentaires (huile de palme, canne à sucre, maïs, etc.). En raison de l’épuisement des ressources naturelles, les industries d’extraction d’énergie fossile vont également chercher de nouveaux gisements dans des régions de plus en plus reculées. Autre cause d’accaparement: les programmes de conservation de la nature qui ne prévoient pas toujours le maintien sur place des populations autochtones. Enfin, ces dix dernières années, de nombreuses infrastructures gigantesques comme le barrage des Trois Gorges en Chine ou celui de Belo Monte au Brésil, ont conduit à des expulsions en masse.

«Ce sont les victimes oubliées du développement forcé, conclut Alexandra Poméon O’Neill, ils gênent des intérêts financiers énormes. Mais ils sont souvent pauvres, membres de minorités ethniques et ils vivent dans des régions reculées d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, pour l’essentiel. C’est pourquoi leurs causes sont si peu médiatisées.»

Créé: 01.12.2014, 23h03

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