Hervé Falciani: «J’ai confiance en la justice espagnole, pas en la Suisse!»

SwissleaksL’auteur des SwissLeaks, reconnu coupable en Suisse, craint la justice helvétique. Il est actuellement en liberté sous contrôle judiciaire. Interview.

La Suisse demande l'extradition d'Hervé Falciani. «Nous sommes en guerre économique. La Suisse cherche à défendre ses intérêts», affirme l'ex informaticien de la banque HSBC.

La Suisse demande l'extradition d'Hervé Falciani. «Nous sommes en guerre économique. La Suisse cherche à défendre ses intérêts», affirme l'ex informaticien de la banque HSBC.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Condamné en Suisse – en son absence – à cinq ans de prison pour «espionnage économique», Hervé Falciani est désormais aux mains de la justice espagnole. Il a été arrêté à Madrid le 4 avril dernier à la demande de la Suisse, qui exige son extradition. Pour l’heure, l’informaticien de 46 ans a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Selon la presse espagnole, Hervé Falciani pourrait servir de monnaie d’échange entre les deux pays. En effet, il y aurait une concomitance entre son arrestation et la probable présence en Suisse d’une dirigeante indépendantiste catalane, Marta Rovira, réclamée par l’Espagne.

Le scandale SwissLeaks ou HSBC avait été déclenché par la divulgation de dizaines de milliers de documents bancaires secrets. Il avait révélé l’existence de comptes non déclarés dans la filiale genevoise de la banque HSBC, appartenant à des milliers de clients pratiquant l’évasion fiscale dans le monde. «El País» a rencontré Hervé Falciani samedi dernier. Interview.

L’ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont dit que la justice espagnole est répressive; deux leaders séparatistes ont fui vers la Suisse en accusant les juges d’être franquistes. Qu’en pensez-vous?

L’Espagne est totalement un État de droit. Ma position est claire. Ce qui a eu lieu en Catalogne est une attaque contre l’Espagne, une tentative de diviser notre pays. C’est indéniable. Je me sens Italien, Français et aussi Espagnol. J’aime l’Espagne. J’ai confiance en la justice espagnole, pas en la Suisse.

Vous déteniez 130 000 fichiers en Suisse que vous avez ensuite tenté de vendre en Jordanie?

Je ne me suis emparé de rien. J’ai aidé à révéler ce qu’on ne savait pas et facilité le constat de faits qui étaient inconnus… La Suisse m’a condamné à 5 ans pour espionnage industriel et non pour avoir révélé des données bancaires. Elle n’a pu prouver cette accusation. Je n’ai jamais eu accès à des données sensibles de personnes. La Suisse a tout inventé. J’ai favorisé ma détention en Jordanie pour pouvoir alerter d’autres pays, j’ai été incarcéré en France, ensuite en Espagne, et j’ai ainsi pu mettre en mains de la justice toute cette affaire. J’ai eu toute l’expertise des données d’une banque et je l’ai mise à disposition des enquêteurs de 28 pays.

Pourquoi la Suisse est-elle obsédée par vous?

Nous sommes en guerre économique. La Suisse cherche à défendre ses intérêts, et les autres pays sont exposés dans cette lutte.

Vous êtes sous protection permanente. Avez-vous l’impression que quelque chose pourrait vous arriver?

J’ai la chance de ne pas avoir peur. Mais je suis conscient qu’il y a un risque. Ce qui explique ma protection. Je vais continuer à lutter contre la fraude. Ma détention a eu des influences positives sur moi. Mais les ennemis vont tout tenter contre moi, dont les «fake news» qui me salissent. Le juge Falcone disait que la mafia tente toujours de vous tuer deux fois: physiquement et en salissant votre réputation. La lutte inclut la propagande négative.

Combien d’argent caché est réapparu suite à votre aide dans ces 28 pays?

Des milliards d’euros.

Comment aidez-vous l’Espagne?

Je collabore avec les services anticorruption. De nombreuses enquêtes ont pu être ouvertes. Je leur fournis mon expertise en matière bancaire. Cela représente des mois de travail au quotidien.

Que se passait-il avec la banque?

De l’évasion fiscale. Nous avons pu mettre des noms, désigner les intermédiaires, les financiers et les sociétés commerciales. J’ai aidé à relier ensemble tous ces éléments. Nous sommes en train de parler de mafieux, d’organisations mafieuses qui agissent avec des prête-noms et des sociétés off shore.

Comment fraudent-ils?

C’est très simple. Nous sommes face à des acteurs privilégiés de l’évasion fiscale. Il ne faut pas oublier que ce sont les fondements d’une guerre économique. Nous sommes face à des États qui agissent de manière agressive en faisant négoce de l’opacité fiscale. Les véritables victimes sont les citoyens, les écoles… Certains États protègent l’évasion fiscale.

José A. Hernandez, «El País» Adaptation: Xavier Alonso (TDG)

Créé: 16.04.2018, 19h07

Paid Post

Le casual dating est-il fait pour vous?
L’idée d’une rencontre purement sexuelle sans aucun engagement peut paraître séduisante, mais une petite mise au point s’impose.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...