Des espions russes chargés d'assassinats ciblés sont passés par Genève

RévélationsLe quotidien français «Le Monde» publie l'identité de quinze officiers du renseignement militaire russe. La Haute-Savoie leur a servi de camp de base pour des opérations clandestines en Europe.

Ruslan Boshirov (à gauche) et Alexander Petrov, les deux espions impliqués dans la tentative d'empoisonnement de l'ex-agent russe Skripal à Londres.

Ruslan Boshirov (à gauche) et Alexander Petrov, les deux espions impliqués dans la tentative d'empoisonnement de l'ex-agent russe Skripal à Londres. Image: Metropolitan Police Service

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Une quinzaine d'officiers du renseignement militaire russe spécialisés dans les assassinats ont atterri plusieurs fois à Genève pour rejoindre leur camp de base en Haute-Savoie entre 2014 et 2018. Ces tueurs, tous membres de l'unité 29115 du 161e centre de formation spéciale du GRU (les services de renseignement de l'armée) ont été identifiés par les services de contre-espionnage français, suisse et britannique avec l'aide des Américains, révèle le quotidien français «Le Monde» dans son édition datée du jeudi 5 décembre.

Ces espions ont souvent transité par Genève afin de rejoindre des planques à Annemasse, Évian, Chamonix et des bourgs haut-savoyards qui ont servi, suivant un haut responsable du renseignement français cité par le journal, «de base arrière pour l'ensemble des opérations clandestines de l'unité 29115 en Europe». Selon «Le Monde», cette unité a effectué des «opérations homo» selon le jargon des espions, en clair des assassinats, et a aussi commis des sabotages ou fait le travail de liaison en relevant des «boîtes aux lettres mortes», le moyen de communication des espions.

La tentative d'empoisonnement de Serguëi Skripal avec un agent chimique dangereux, le novitchok, dans un parc public à Salisbury, près de Londres avait alerté le contre-espionnage britannique qui est parvenu à identifier les auteurs présumés et à les pister à travers le Vieux-Continent. Le site de journalisme citoyen Bellingcat et son partenaire russe The Insider avaient, eux, révélé l'identité de deux puis trois agents impliqués. «Le Monde» publie aujourd'hui quinze noms d'agents russes. Le quotidien lie ces officiers chargés des opérations clandestines à l'étranger à plusieurs tentatives d'empoisonnement, de déstabilisation et de sabotage dans plusieurs pays européens. Le coordinateur de la tentative d'élimination de l'espion Skripal à Londres aurait aussi dirigé la tentative d'empoisonnement à Sofia, en Bulgarie, d'un fabricant d'armes jugé hostile aux intérêts russes en 2015.

Fin novembre, les deux médias électroniques et le magazine allemand «Der Spiegel», qui avaient levé les premiers lièvres, ont révélé les noms et alias de six autres membres de cette unité du GRU. Ils livraient aussi des détails sur d'autres missions de ces commandos lors de l'annexion de la Crimée, d'une campagne de déstabilisation en Moldavie ou encore au Monténégro qui souhaitait se rapprocher de l'Alliance atlantique (OTAN) perçue au Kremlin comme une organisation militaire hostile à Moscou et qu'il faut tenir à distance du territoire russe. «Le Monde» a à son tour identifié cinq autres officiers du GRU qui ont tous séjourné en Haute-Savoie, comme les empoisonneurs de Skripal qui ont rejoint Moscou depuis Genève en octobre, novembre et décembre 2017 ou en janvier 2018.

En juillet dernier, la cellule enquête de Tamedia parvenait avec l'aide de Bellingcat à tracer tous les trajets de trois membres du commando Skipal en Suisse et en France voisine. Un des points de chute d'un de ces espions du GRU était l'Appart'City de Gaillard.

Le contre-espionnage français a également repéré des lieux de résidences, des commerces fréquentés par les Russes en France voisine. Mais aucune cache ou complicité locale n'auraient encore été découvertes. Ils n'auraient pas non plus eu de contact avec des espions russes agissant sous couverture diplomatique. Cependant des membres d'une cellule de cyberespionnage auraient aussi transité par la Suisse et en Haute-Savoie, à Annemasse et Évian, écrit le journaliste du «Monde». Cette autre cellule du GRU aurait notamment mené le piratage informatique visant l'Agence mondiale antidopage en Suisse.

Créé: 05.12.2019, 12h17

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