Hollande sacrifie sans tarder Cahuzac

FranceFrançois Hollande a dû trancher dans le vif le cas Jérôme Cahuzac, contraint de quitter le gouvernement à cause de soupçons de blanchiment de fraude fiscale. Bernard Cazeneuve le remplacera.

La position du ministre du Budget, sur le perron de l'Elysée avec François Hollande, était devenue intenable.

La position du ministre du Budget, sur le perron de l'Elysée avec François Hollande, était devenue intenable. Image: Keystone

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Il n'a fallu que trois heures entre l'annonce par le parquet de Paris de l'ouverture d'une information judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale visant Jérôme Cahuzac et l'annonce par l'Elysée de son départ.

Sans attendre une éventuelle mise en examen du ministre, l'Elysée a choisi de se séparer d'un des piliers du gouvernement, respecté, y compris dans l'opposition, pour sa maîtrise des dossiers.

C'est le fabiusien Bernard Cazeneuve, ancien porte-parole de la campagne de François Hollande, qui le remplacera à Bercy. Pas réputé pour être un spécialiste des questions budgétaires, Bernard Cazeneuve aura la lourde tâche de trouver dans les prochains mois les économies pour permettre d'atteindre les objectifs de réduction du déficit. Thierry Repentin, un fidèle de François Hollande jusqu'ici chargé de la Formation professionnelle, est nommé aux Affaires européennes.

«Talent et compétence»

Dans un communiqué distinct de l'annonce de ce mini-remaniement, le chef de l'Etat a tenu à «remercier» Jérôme Cahuzac, craint par nombre de ses collègues lorsqu'ils devaient négocier avec lui le maintien de leur budget, pour son action conduite avec «talent et compétence».

Selon Matignon, c'est Jérôme Cahuzac lui-même qui a fait part à Jean-Marc Ayrault de sa décision de quitter le gouvernement «pour assurer pleinement sa défense et ne pas gêner l'action du gouvernement».

«Le Premier ministre a dit regretter mais comprendre sa décision», a précisé l'entourage de Jean-Marc Ayrault. Début février, Jérôme Cahuzac, réputé pour son caractère de puncheur, assurait à l'AFP: «L'affaire? C'est fini».

«Politiquement, toute cette histoire n'a posé aucun problème. L'opposition a été très correcte et n'a pas fourni de relais politique à Mediapart», le site d'information en ligne qui avait mis en cause le ministre, se réjouissait l'ex-député du Lot-et-Garonne, qui reconnaissait toutefois que «médiatiquement, ça (avait) été pénible».

Présumé innocent

Les investigations menées par le parquet de Paris ont depuis validé les informations du site Mediapart, notamment un enregistrement de Jérôme Cahuzac dans lequel il mentionnerait un compte en Suisse non déclaré.

Durant sa campagne, François Hollande avait assuré qu'il «n'aurait pas autour de (lui) à l'Elysée des personnes jugées et condamnées». Jérôme Cahuzac n'est pas encore mis en examen et reste présumé innocent.

Mais dans un contexte marqué par une chute continue dans les sondages et des indicateurs économiques très dégradés, François Hollande, qui doit s'exprimer devant les Français dans les toutes prochaines semaines, ne pouvait prendre le risque d'une action gouvernementale parasitée par le cas Cahuzac.

Jusqu'ici plutôt respectueuse de la présomption d'innocence, l'opposition s'en serait sans doute donné à coeur joie contre le gouvernement, à quelques heures de l'examen d'une motion de censure UMP.

«Soupçons de collusion et de conflits d'intérêt»

L'ancien ministre UMP Laurent Wauquiez a ainsi déclaré que Jérôme Cahuzac «aurait dû démissionner plus tôt», en raison des «soupçons de collusion et de conflits d'intérêt» qui pèsent sur lui.

Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a affirmé que la démission de Jérôme Cahuzac ne changeait rien au débat sur la motion de censure prévu mercredi car «la politique menée par le gouvernement est tout autant condamnable aujourd'hui qu'hier».

«Il ne pouvait pas faire autrement. Je pense aussi que c'est plus facile pour lui d'organiser sa défense en étant en dehors du gouvernement qu'en étant en responsabilité», a-t-il estimé.

Mercredi, c'est Jean-François Copé qui mènera la charge dans l'hémicycle contre le gouvernement, avant que Jean-Marc Ayrault ne lui réponde et que les présidents de groupe s'expriment. La motion, soumise au vote en fin de journée, n'a aucune chance d'être adoptée, le PS disposant à lui seul de la majorité absolue à l'Assemblée nationale. (afp/nxp)

Créé: 19.03.2013, 19h09

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