«Ce procès est une grande erreur historique pour l’Espagne»

CatalogneAlfred Bosch, conseiller catalan aux Affaires extérieures, dénonce une course au nationalisme espagnol.

Alfred Bosch, conseiller catalan aux Affaires extérieures, jette un regard très critique sur la justice espagnole.

Alfred Bosch, conseiller catalan aux Affaires extérieures, jette un regard très critique sur la justice espagnole. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Alors que l’Espagne vit au rythme du procès des anciens dirigeants indépendantistes, le gouvernement catalan campe sur ses positions et continue de demander un référendum d’autodétermination. À quelques semaines de nouvelles élections nationales, qui se dérouleront le 28 avril, son conseiller aux Affaires extérieures, Alfred Bosch, est en tournée européenne. Interview.

Depuis le 12 février, douze dirigeants indépendantistes catalans sont jugés à Madrid. Comment ce procès est-il perçu en Catalogne?

Il s’agit d’un procès politique et rien de plus. La preuve, c’est que tous ceux qui ont quitté l’Espagne et se trouvent en Belgique ou à Genève ne sont pas du tout inquiétés par la justice. Ils demeurent des citoyens libres, alors qu’en Espagne ils sont en prison depuis plus d’une année.

La question centrale est de savoir si les anciens dirigeants ont usé de la force pour mener à bien le processus d’indépendance. L’accusation peut-elle le prouver?

Le gouvernement catalan n’a jamais fait usage de la force. Les accusations de sédition et rébellion sont donc totalement infondées.

En cas de condamnations lourdes, quelles seraient les conséquences?

Ce procès est une grande erreur historique pour l’Espagne. On ne peut pas mettre les gens en prison pour leurs convictions politiques ou pour avoir organisé un vote. Or, une partie de ces personnes risquent jusqu’à 25 ans de prison, c’est plus que pour un homicide. Si les sentences sont dures, la situation entre Madrid et Barcelone va encore empirer.

Vous avez tenté en vain de monnayer votre appui au budget du premier ministre Pedro Sanchez en échange d’un soutien au projet de loi pour la reconnaissance du droit à l’autodétermination et la clémence de la justice. Êtes-vous allés trop loin?

Demander que les gens puissent voter sur leur futur n’est pas un abus, c’est le minimum. Il en va de même pour le procès. C’est le gouvernement espagnol qui a décidé de cesser ces négociations. Nous, nous voulions continuer à discuter.

Reste qu’en refusant de voter le budget, vous avez poussé le premier ministre socialiste à convoquer des élections. Pourquoi avoir pris ce risque?

Il faut poser cette question à Pedro Sanchez. S’il a convoqué les élections, c’est parce qu’il avait probablement compris qu’en se montrant ferme avec le gouvernement catalan et en prouvant que les socialistes étaient également nationalistes, il servait les intérêts de son parti. En terme électoral c’est peut-être une bonne option, mais au niveau de la responsabilité historique ça n’est pas un bon calcul.

Les premiers sondages donnent le Parti socialiste gagnant, mais une coalition des trois partis de droite et d’extrême droite (Partido Popular, Ciudadanos et Vox) pourrait l’emporter. Est-ce le pire des scénarios pour vous?

Je ne dirais pas que la droite et la gauche espagnole sont identiques, mais leurs positions se rapprochent dans la mesure où Pedro Sanchez est également en train d’entrer dans la compétition du nationalisme espagnol.

Seule une alliance entre les Socialistes, Unidos Podemos et les partis indépendantistes pourrait leur faire barrage. Entrerez-vous en matière?

S’il faut une nouvelle coalition pour que Pedro Sanchez soit à nouveau premier ministre, nous devrons discuter afin de savoir jusqu’à quel point il est possible de dialoguer et d’avancer afin de trouver une solution à la question catalane.

Pourquoi continuer sur cette voie alors que les Catalans sont divisés sur la question de l’indépendance?

Selon les sondages réalisés, 80% des Catalans veulent avoir le droit de s’exprimer lors d’un référendum.

En cas de victoire de la droite, le Catalan Albert Rivera, président de Ciudadanos et unioniste déclaré, pourrait obtenir un poste clé dans le futur gouvernement. Est-ce une éventualité réjouissante?

Ce n’est pas parce qu’il est Catalan qu’il est meilleur que les autres. Nous ne voterons en tout cas pas pour lui comme président du gouvernement espagnol car notre vision est très divergente de la sienne.

Carles Puigdemont est candidat aux élections européennes. Est-ce réaliste?

C’est un candidat en exil qui se présente au côté d’Oriol Junqueras, qui lui est en prison. Ces deux candidatures ont une grande force symbolique pour nous car nous voulons porter les injustices qui se déroulent en Catalogne devant les instances européennes.

S’il est élu, il devra prêter serment sur la Constitution à Madrid. Mais en rentrant en Espagne, il risque d’être arrêté…

On verra. Cela dépendra des autorités espagnoles. Veulent-elles continuer à punir ces gens?

Comment voyez-vous l’avenir de la Catalogne?

Je suis persuadé qu’à la fin, la démocratie et le dialogue s’imposeront. Parce qu’il me paraît impossible qu’en Catalogne, en Espagne ou en Europe des gens qui prônent l’intolérance contre tous ceux qui ne partagent pas leurs idées, comme la Catalogne actuellement, puissent prospérer.

(TDG)

Créé: 13.03.2019, 21h04

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