Benoît XVI lie 1968 à la pédophilie dans l'Eglise

ReligionL'ex-pape a publié une analyse où il accuse la révolution sexuelle de 1968 d'être une des causes de la pédophilie au sein de l'Eglise. Un acte critiqué.

Benoît XVI fêtera ses 92 ans la semaine prochaine.

Benoît XVI fêtera ses 92 ans la semaine prochaine. Image: Archives/Photo d'illustration/Keystone

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Une analyse de Benoît XVI pointant la révolution sexuelle de 1968 comme une cause des scandales de pédophilie de l'Eglise, était vendredi torpillée par des experts rappelant que le phénomène remonte aux premiers siècles du christianisme.

«Identifier dans les années 1960 le début du phénomène des abus sexuels est totalement contredit par toutes les études scientifiques disponibles», assène Massimo Faggioli, professeur d'histoire du christianisme à l'université américaine de Villanova, en évoquant «les écrits des pères de l'Eglise des premiers siècles». «Il existe une vaste littérature historique et juridique sur le phénomène», insiste-t-il dans un blog.

Le vaticaniste italien Marco Politi se montre également perplexe sur les propos du théologien allemand Joseph Ratzinger (Benoît XVI), admiré pour son érudition. «Il sait que la pédophilie a accompagné toute l'histoire de l'institution ecclésiastique, c'est juste que cela a été obstinément caché siècle après siècle. Ratzinger sait bien que le concile des évêques espagnols d'Elvire en 306 a condamné les violeurs de jeunes garçons », relève-t-il.

La théologienne française Marie-Jo Thiel, qui vient de publier un volumineux ouvrage intitulé «l'Eglise catholique face aux abus sexuels sur mineurs», mentionne aussi un texte de 1741 du pape Benoît XIV (1740-1758) contre les abus sexuels.

Révolution de 1968 pour expliquer la crise

Dans 18 pages de surprenantes réflexions publiées dans Klerusblatt, un mensuel bavarois destiné au clergé, le pape démissionnaire voici six ans souligne que «la révolution de 1968 s'est battue pour une complète liberté sexuelle, qui n'admettait plus de normes» et que la pédophilie a alors été «diagnostiquée comme permise et appropriée» par certains. Il met également en avant des idées théologiques nouvelles et l'effondrement de la foi en Occident pour expliquer les énormes scandales liés aux prêtres pédophiles.

«C'est vrai que la société des années 1960 est caractérisée par une crise de l'autorité et une permissivité sexuelle. Mais ce contexte n'est pas suffisant à expliquer cette crise», souligne Marie-Jo Thiel, dans les colonnes du quotidien français La Croix. Et «si la pédophilie est due à un manque de foi, pourquoi, alors, autant de prêtres parmi les abuseurs ?».

Pape manipulé ?

Benoît XVI, qui fêtera la semaine prochaine ses 92 ans, serait-il sous influence, voire manipulé, s'interrogent certains spécialistes. Il s'était en effet engagé à rester discret pour ne pas donner l'impression d'être une autorité parallèle à celle du pape François. Pour Marco Politi, «quelque chose ne colle pas dans le pamphlet» de Benoît XVI, y compris le moment choisi pour le publier, même s'il a reçu le feu vert du Saint-Siège, quelques semaines après un sommet historique d'évêques consacré aux abus sexuels sur mineurs.

«Le pape émérite aurait dû choisir le silence», estime-t-il, «dans les moments les plus graves, une seule voix doit être entendue au sommet, sinon on sème la confusion».

Il soupçonne Benoît XVI d'être sous l'influence des cardinaux allemands ultra-conservateurs Walter Brandmüller et Gerhard Müller, ex-gardien du dogme au Vatican non renouvelé par le pape argentin, «engagés dans une vaste opération de diversion pour faire endosser les péchés de pédophilie au sein de l'Eglise à la culture gay et à la perte de la foi». Ces prélats font partie d'une frange traditionaliste, nostalgique de Benoît XVI.

Pour illustrer une certaine «dissolution de l'enseignement de l'Eglise», Benoît XVI mentionne aussi, comme un cheveu sur la soupe, que «des cliques homosexuelles se sont développées dans différents séminaires» dans les années 1960.

Avis divergents

Le pape François préfère fustiger le pouvoir exercé en vase clos du clergé («cléricalisme»), une culture qu'il veut éradiquer, et il met désormais au premier plan la souffrance des victimes d'abus sexuels, quasiment pas évoquée par Benoît XVI.

Massimo Faggioli s'interroge aussi sur la mystérieuse transmission du texte en avant-première à quelques médias américains proches des milieux anti-François, d'autres experts se demandant même si le pape émérite vieillissant en est bien l'auteur.

Le très traditionaliste cardinal guinéen Robert Sarah n'a pas de doutes. «Nous devons remercier le pape émérite Benoît XVI d'avoir eu le courage de prendre la parole. Sa dernière analyse de la crise de l'Eglise me semble d'importance capitale. L'effacement de Dieu en Occident est terrible», a tweeté ce membre de la Curie romaine. (afp/nxp)

Créé: 12.04.2019, 18h47

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