«Au Kasaï, 250'000 enfants vont mourir de faim. Réagissez!»

GuerreAu centre du Congo un conflit ethnique fait des ravages, dans l’indifférence de la communauté internationale.

Plus de trois millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire grave au Kasaï, une province déchirée par le dernier-né des conflits ethniques en République démocratique du Congo.

Plus de trois millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire grave au Kasaï, une province déchirée par le dernier-né des conflits ethniques en République démocratique du Congo. Image: Keystone (archives)

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«Pas moins de 250 000 enfants pourraient mourir de faim au Kasaï dans les prochains mois s’ils ne reçoivent pas rapidement de la nourriture en suffisance. Il nous faut accéder à ces enfants et il nous faut de l’argent – vite!» C’est dans les termes les plus alarmants que David Beasley, le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, tentait de mobiliser la communauté internationale la semaine passée à Genève, au retour d’une mission de quatre jours sur le terrain. Plus de trois millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire grave dans cette province déchirée par le dernier-né des conflits ethniques en République démocratique du Congo (RDC). Dans l’indifférence générale.

«La crise du Kasaï a été complètement négligée», dénonçait lundi Gabriel Sanchez, directeur des opérations au sein de l’ONG Médecins sans frontières. Dans cette région très pauvre du centre du Congo, qui jusqu’à l’an dernier avait été relativement préservée des conflits qui font rage plutôt à l’est du pays, d’épouvantables combats ont éclaté en août 2016, faisant des milliers de morts dont les cadavres s’entremêlent indistinctement dans des dizaines de fosses communes.

Colère tribale

Selon l’ONU, les atrocités ont mis en fuite 1,4 million de personnes, nombre d’entre elles se cachant dans les forêts durant des mois. A présent, beaucoup rentrent au village profitant d’une accalmie dans les violences, mais ils manquent de tout. Les maisons ont été détruites, tout comme une partie des centres médicaux et des écoles. Quant aux champs, quand ils n’ont pas été brûlés, ils sont restés en friche. Forcément, la récolte sera maigre…

Pour ne rien arranger, la province du Kasaï est un bastion de l’opposition au président Joseph Kabila, qui s’accroche au pouvoir depuis la fin de son deuxième mandat le 20 décembre 2016, la Constitution ne l’autorisant pas à se représenter. Le chef de l’Etat a repoussé les élections en 2018. C’est dans ce contexte politique tendu qu’en août 2016 des forces de sécurité ont tué un chef traditionnel, Jean-Prince Mpandi, qui avait appelé à un soulèvement populaire contre l’Etat central. Les autorités congolaises lui avaient refusé le titre de «Kamwina Nsapu», confiant le leadership de son clan à un proche du pouvoir susceptible d’influencer le prochain scrutin présidentiel. Mais la mort du chef tribal a mis le feu aux poudres, d’autres groupes ethniques rejoignant la rébellion.

Terre d’atrocités

Sans véritable centre de commandement ni structure, le mouvement rebelle a commis nombre d’atrocités (viols, décapitations, recrutement d’enfants soldats), auxquelles les forces armées ont riposté brutalement et sans discrimination. Des villageois ont raconté comment les soldats passaient de maison en maison, tuant systématiquement tous les habitants. Par ailleurs, les «forces de l’ordre» sont débordées par une milice ethnique, Bana Mura, qui rivalise dans l’horreur face à la rébellion.

Si l’on ajoute à la crise du Kasaï celles qui ravagent les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de Tanganyika, la République démocratique du Congo compte actuellement 3,9 millions de personnes ayant fui leur foyer. Techniquement, c’est ce que l’ONU appelle des «déplacés internes», par opposition aux 620 000 réfugiés qui ont cherché asile dans onze pays de la région. Après plus de vingt ans de guerres, la gigantesque RDC (plus de six fois la superficie de l’Allemagne) demeure le terrain de crises le plus négligé de la planète. (TDG)

Créé: 09.11.2017, 11h06

David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial des Nations Unies. (Image: Keystone)

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